‹ Maison rustique, pour servir a l'éducation de la jeunesse (volume 2)Chapitre 25 sur 33 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

Commerce sur mer.

Ceux qui sont près de la mer ont la ûicilité d'un autre dëboucliement très-lucraliX de toutes leurs denre'es et effets ;, df; quelque nature qu'ils soient j car on conj merce de tout sur mer , grains , eaiix-de-vie , vins , cidres, bières^ fruits, toiles^ cordages gros et fins , Lois , chardons, chairs et provisions de toute espèce. On peut non -seulement les vendre pour le compte de ceux qui en ont besoin pour l'entretien de leur e'quipage ou pour leur cargaison, miais on peut encore charger soi-même sur mer pour son propre compte, ou bien mettre à la grosse aventure ou à la prime.

La grosse aventure est de prendre ou donner des effets que l'on transporte d'un endroit à l'autre, et qui courent les hasards du voyage pour le compte du donneur^ sans aucun recours contre celui à qui il les a donne's. On prend des marchandises pour les porter à Bordeaux, à la Rochelle ou à Nantes, à Lisbonne, à Cadix, à Barcelone, à Londres ou à Amsterdam -, si elles arrivent à bon port, on paie le prix convenu en les prenant, et si elles se perdent, on ne paie rien. La convention arrêtée, et les marchandises livrées , le preneur les embarque j ensuite il fournit un contrat de ijroose ,

espèce de lettre-de-cliange du montant, suivant les conventions , sur un particulier de l'endroit où l'envoi est fait, payable ordinairement quinze jours après l'arrivée. Celui qui met à la grosse peut se faire donner ce billet pour le lieu même où il met, en cas qu'il n'ait pas de correspondances au lieu de l'envoi,' mais cela est rare entre ceux qui se mêlent de mettre à la grosse j ce à quoi ils prennent garde pour re'ussir , c'est d'abord à la fortune ordinaire de celui sur qui roule l'embarquement, et ils règlent assez souvent leurs espérances sur la re'putation qu'a le maître du vaisseau d'être heureux ou malheureux : outre cela on prend garde si les mesures de l'embarquement sont bien prises ; s'il y a de la prudence dans la projet et dans le choix des marchandises qui composent la cargaison; et pour avoir lieu d'es" pérer de plusieurs côte's, ou pour qu'un bon voyage en récompense un mauvais, on partage sur plusieurs vaisseaux ce qu'on veut mettre sur mer ; il est rare qu'on n'y réussisse pas, surtout quand on est un peu entendu à profiter des saisons et des occasions qui font renchérir les marchandises , et des endroits où elles valent beaucoup plus.

Si celui qui a mis à la grosse aventure ne veut pas courir tout le risque, il j^eut faire assurer ses effets en payant la prime aux assureurs.

La prime est l'intérêt que l'assuré donne à l'assureur pour l'assurance, et cet intérêt se

nomme prime, parce qu'il se paie d'avance. On envoie de la marchandise ou de l'argent, ou bien on a donné de l'argent ou envoyé des marchandises à la grosse aventure : pour n en pas courir le risque, on s'adresse à la chambre des assurances, où sont plusieurs associés nommés assureurs, à qui on donne un certain profit qu'ils appellent prime, moyennant lequel ils promettent, par un contrat que l'on nomme police d'assurance, qu'en cas que le vaisseau fasse naufrage, ou soit pris par les corsaires ou par les ennemis, ils paieront une somme dont on convient.

S'il n'y a point de chambre d'assurance, on peut contracter, pour le même effet, avec des particuliers; et la prime, avec les uns et les autres, est de quatre, cinq, huit et dix pour cent, plus ou moins, selon que le voyage est long et dangereux; car c'est l'assureur qui court risque , jusqu'à ce que le vaisseau soit arrivé au llèti où les marchandises doivent être débarquées.

On assure c|Lielquefois sur bonnes et mauvaises nouvelles, comme quand on craint qu'un vaisseau ne soit perdu , parce qu'on n^en a eu aucune nouvelle ; en ce cas , la prime est considérable , comme de trente , quarante, quatre-vingts pour cent, suivant la convention ; et si l'on se fait assurer de tout événement prévu et non prévu, les assureurs sont tenus du feu ou du naufrage arrivé par la faute du patron.

Ils ont sur les côtes de la ci- devant Nor-

ICjS NOUVELLE

inandie une autre sorte de prêt à la grosse aventure , qu'ils appellent bodinerie^ ce prêt est assigné sur la quille ou bodine du vaisseau , et l'on hypothèque non -seulement le corps du vaisseau, mais encore les marchandises qui y sont chargées. La bodinerie diffère du contrat d'assurance, en ce qu'on ne paie point de prime, et qu'il n'est rien dû en cas de naufrage ou prise j mais seidement, quand le vaisseau arrive à bon port y on paie la somme principale , avec l'intérêt ou profit maritime stipulé dans le contrat. C'est aux créanciers à prouver devant les juges que le navire est arrivé à bon port, pour rendre le contrat de la bodinerie exécutoire et établir son droit de créance, ce qui n'est point dans les polices d'assurance ; ou c'est à l'assuré à justifier la perte ou prise du navire pour son remboursement de la chose assurée.

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