IV
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treprendre d'en conslruire un , si elles suffiront , pendant les grandes se'clieresses , à la conservation du poisson.
Lorsqu'on' veut établir un e'tang alimenté par des sources , il faut donc évaluer d'un côté combien d'eau ces sources lui fourniront par an, en calculant leur niasse et leur vitesse à quatre époques différentes , c'està-dire, par exemple, aux équinoxcs et aux solstices ', et ensuite cherclier combien il s'en évapore, année commune, d'une telle surface. 11 convient de reconnoître, par des nivellemens, quelle étendue de terrain sera couverte d'eau , la chaussée ayant telle hauteur , ou de savoir quelle sera la hauteur de la chaussée , pour que l'eau couvre telle étendue de terrain , supposant qu'elle n'est pas dans le cas de couvrir des propriétés voisines , ou seulement de leur nuire par suite de son infiltration ; car cela donneroit lieu à des procès dont les résultats pourroient être fort onéreux. 11 faut aussi s'assurer si on a une pente su (h santé pour donner aux eaux un écoulement facile de la mise à sec de l'étang , cet écoulement devant toujours partir d'un point plus bas que la surface du sol.
Enfin , ces premières observations en supposent d'autres , telles que de savoir si le poisson s'y plaît , y sera bon , se vendra bien ; s'il sera ou non avantageux de tirer parti du local , alternativement en nature d'étang et en nature de terre à blé , ou de prairie.
La chaussée est la partie sur laquelle repose le succès de l'entreprise ; on ne peut trop y mettre de soin ; en la construisant , il ne faut pas regarder à la dépense.
Lorsqu on a arrêté la place, la direction et la hauteur de la chaussée, il faut faire un fossé plus large qu'elle, qu'on approlondira jusqu'à ce qu'on rencontre le banc solide d'argile j puis, dans l'endroit le plus bas, c'est-à-dire où se rendent les eaux actuelles, on bâtira la porte de l'écluse, si on veut faire sortir l'eau au moyen d'une pale ou d'une vanne; ou on creusera un fossé de douze à quinze pieds de long et de même profondeur , mais qui n'aura que six pieds de large , si on préfère faire servir une bonde à la sortie de l'eau.
Par une écluse, ou une pale, ou une vanne, elle sort horizontalement.
Par une bonde , l'eau sort perpendiculairement , et tombe sous une voûte.
La bonde a l'avantage d'une moins grande perte d'eau et d'une plus grande solidité ; c'est ce qui fait qu'on la préfère partout où cela est possible ; mais pour en établir une , il faut une cliute au moins de quatre pieds , et on ne la trouve pas partout.
Une haie de toutes les variétés d'arbres et d'arbustes qui ne craignent pas l'eau sera utilement plantée sur la berge de ce fossé , ainsi qu'une ligne de peupliers, de saules, de frênes , etc. , ététés ou non ; mais il ne faut jamais souffrir le plus petit buisson sur
la chaussée, à cause des Irons , qui peuvent re'sulter de la pourriture de leurs racines. Si on a à craindre les e'manations de'le'tcres de l'e'tang , on plantera , comme je l'ai indiqué plus haut , une ceinture de bois plus ou moins large , en dehors du fossé.
Il est cependant nécessaire que l'eau de l'étang ne soit pas partout prolbnde sur ses hords , car cela nuiroit beaucoup à la reproduction du poisson , et à la multiplication des plantes et des insectes aquatiques qui servent à sa nourriture. Il faut qu'au moins sa partie supérieure aille en pente douce , de manière qu'il y ait tous les degrés de profondeur.
Comme les eaux pluviales amènent continuellement dans les étangs les dépouilles des montagnes voisines , et qu'il est à désirer qu'ils conservent toujours la même profondeur, les propriétaires éclairés creusent un petit étang à l'aflluve des ruisseaux qui l'alimentent, afm d'arrêter ces dépouilles: tous les ans, tous les deux ans ou tous les trois ans , selon les localités , on cure ces petits étangs , et la terre qu'on en tire est portée sur les terres arabes qu'elles améliorent.
C'est en automne qu'on doit fermer les étangs , afin de profiter de la surabondance des eaux de l'hiver et du printemps pour les remplir. Cependant , on peut le faire en toute saison , dans certaines localités.
Il arrive souvent que , quelque bien faite que soit une chaussée, il s'y trouve des trous
par lesquels l'eau s'inliltre ; la première chose à faire est de les feraier, non pas seulement avec un simple tampon d'argile, mais en ouvrant des tranchées phis ou moins profondes , et en les remplissant ensuite de cette terre bien choisie et bien corroyée. Il en est de même des issues que peut se faire l'eau à travers les terres du fond même de l'ëtang , issues qui ont souvent pour cause un trou de taupe, de campagnol, des racines d'arbre pourries , etc.
Ordinairement on empoissonne les e'tangs au printemps, parce que c'est l'époque où on les pêche.
On empoissonne les étangs ou avec des petits poissons d'un , deux , et même quelquefois trois ans , ou avec des pères et mères de plus de trois ans.
Dans le premier cas, l'empoissonnement au printemps est sans inconvénient ; dans le second, il retarde la production d'une année , parce que les pères et mères ont jeté leur frai , c'est-à-dire ont pondu.
On appelle feuilles, alvin, menulsaille ou fretin, les petits poissons de toute espèce qu'on emploie à repeupler les étangs. Le mot ydM^//(?paroît cependant s'appliquer plus communément aux individus d'un an , et le mot frétui à ceux qui appartiennent à des espèces de petite stature, et qui ont peu de valeur.
On calcule ordinairement sur un millier d'alvins ^ ou sur vingt-cinq pères et mères ,
pour empoissonner chaque arpent d'un e'tang^ quelque grand qu'il soit. Cependant , d'un côté^ le nombre d'individus qui peuvent être place's dans une quantité quelconque d'eau doit être proportionne' a la nourriture qu'ils y trouveront -, de l'autre , la nature des espèces , et surtout la quantité de celles qui sont voraces , doit y puissamment influer. J'ajouterai, pour l'éclaircissement de la première de ces considérations, que les eaux pures, celles qui sortent immédiatement de la terre , et reposent dans l'étang , sur l'argile ou le saLle , fournissent beaucoup moins d'insectes et de plantes que celles qui ont longuement coulé , et qui s'arrêtent sur un sol vaseux.
On transporte le poisson dmis des tonneaux , sur des charrettes , ou mieux dans des demi-tonneaux et à dos de cheval. L'important , pour éviter une trop grande mortalité^ c'est de ne le faire voyager que de nuit et lentement , ainsi que de changer l'eau tous les jours, même plusieurs fois par jour, s'il surabonde dans le tonneau et s'il fait chaud. Les brochets , les truites , sont les phis difliciles à conduire à bien j il n'en faut mettre que fort peu d'individus dans le même tonneau. Je n'ai pas besoin de dire que , si on peut effectuer totalité ou partie du transport par eau , il faut préférer cette voie. Il y a des bateaux qui sont disposés pour cet objet ; mais rarement les propriétaires d'étangs en ont à leur disposition.
La carpe, la tanche , le gardon , l'anguille ,
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le cobilc , la lotie et la perche aiment , ou mieux s'accommodent des e'tangs vaseux j la truite , le brochet , le ])ar])eau , la vandoise , la brème , demandent une eau vive ; on doit en conse'quence les placer selon leur goût , si on veut les voir prospérer.
C'est principalement pour la carpe qu'on construit les étangs , parce que c'est elle qui réunit et la meilleure chair, et la plus rapide croissance, et la plus grande multiplication , et le plus facile transport ; elle doit toujours y dominer : après elle vient la tanche , et ensuite la perche. Le brochet , à raison de sa grande valeur dans les villes , peut être mis dans ceux qui n'en sont pas trop éloignés ; mais l'immensité de la consommation de poisson qu'il fait le rend toujours beaucoup plus nuisible qu'utile aux intérêts du propriétaire. Ce n'est c^ue dans de très-grands étangs , et lorsqu'il est en petit nombre , qu'on ne s'aperçoit pas de ses ravages. Lorsqu'on en veut , il faut lui donner pour pâture des gardons,, des ables, des goujons et autres petites espèces très-fécondes.
Quant à la truite , il y a si peu d'étangs qui lui conviennent , qu'on ne doit la mettre au nombre des poissons qui leur sont propres que dans les pays de montagnes.
On est dans l'usaijc de pécher les étangs de trois a six ans , parce qu on a remarque que c'étoit dans cet intervalle que le poisson, acquéroit la grosseur la plus convenable à son débit -, plus tôt il n'a pas la chair faite ,
comme on dit vulgairement ; plus lard , la progression de son accroissement ne dédommage plus du retard de la rentre'e de l'inte'rét du fonds. Aussi n'est-ce que dans les grands lacs qu'on peut actuellement pêcher des poissons monstrueux. Il est des étangs qui peuvent être pèclie's plus souvent que d'autres ^ ce sont ceux qui contiennent uniquement des carpes , et qui sont très-abondans en nourriture.
En péchant un e'tang , on sépare chaque espèce de poissons , et on dispose , pour cet eflct , au-dessous de la honde, plusieurs réservoirs remplis d'eau , réservoirs qu'on peut mettre à sec à volonté j dans l'un , on jette les brochetons et autres poissons voraces invendables • dans l'autre , les carpes audessous de la grosseur requise pour la vente , l'alvin et la feuille j dans le troisième, toute espèce de roussailles, c'est-à-dire de poissons qui n'arrivent jamais à une grosseur considérable. Il est essentiel de maintenir toujours un petit courant d'eau dans ces réservoirs , parce que la multitude des poissons les auroient bientôt viciés , et qu'ils périroient tous. On connoît que l'eau commence à être viciée, c'est-à-dire privée de l'air propre à la respiration , lorsque le poisson monte à sa surface , et sort le museau hors de l'eau.
Des propriétaires, lors de la vente de leurs poissons , mettent pour clause qu'on rejettera à l'eau tant de pièces de gros échantillons j cette méthode est digne d'approbation.
Il est des e'tangs qu'on ne peut mettre complètement à sec , et qu'il faut par conséquent pécher avec des fdets : ceux-là n'ont pas besoin d'être rempoisonués • cependant , il est d'usage de leur rendre toutl'alvin qu'on prend. Leur grand inconve'nient , c'est qu'on ne connoit jamais la quantité de poissons qu'ils contiennent , et qu'on en vend la pèche bon marché, à raison de l'incertitude qu'ils offrent aux acquéreurs. Dans ces sortes d'étangs , il doit toujours y avoir du brochet, pour parer aux suites d'une trop forte population.
Les propriétaires riches, qui demeurent sur leurs terres , font pécher dans leurs étangs avec des fdets , à toutes les époques de l'année , le poisson nécessaire à leur consommation ; souvent ceux qui demeurent à la proximité des grandes villes trouvent un immense avantage à les imiter pour la vente ; mais alors il faut que les étangs renferment de belles pièces de luxe.
Lorsqu'on a rendu l'eau à l'étang , par la fermeture de la bonde ou de la vanne , et qu'il commence à se remplir , on y jette l'alvin.
C'est toujours au coté de l'étang exposé au midi , et le plus éloigné des sources , que se trouve le frai , parce que c'est là où la chaleur est la plus forte. Les étangs ombragés , alimentés par des eaux froides , dont le fond est argileux , dont les bords sont à pic , c'està-dire offrent plus d'un demi -pied d'eau , sont très-peu favorables à la production et
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au développement du frai. J'en ai entendu citer dans lesquels il n'e'loit pas possible d'obtenir des petits. Gomme les grosses pierres sont très-utiles aux poissons^ pour comprimer leur ventre et favoriser la sortie des œufs et de la laite, les propriétaires doivent en mettre quelques-unes , de distance en distance , sur les bords méridionaux de l'extrémité de leurs étangs, et disposées de manière qu'elles ne soient couvertes, à l'époque du frai, que de deux ou trois pouces d'eau.
Le frai est une matière gélatineuse parsemée de points blancs ou bruns : beaucoup de poissons vivent à, ses dépens , pendant le peu de jours qu'il subsiste.
L'observation que le frai est toujours sur les bords de l'étang doit engager à tenir l'eau de l'étang constamment à la même hauteur , à empêcher les bestiaux d'en approcher pendant tout l'espace de temps qu'il a lieu, c'est-à-dire depuis janvier jusqu'en juin, plus ou moins tôt , ou plus ou moins tard , selon le climat et l'année. C'est alors aussi qu'il faut faire la chasse la plus rigoureuse à tous les quadrupèdes et les oiseaux qui vivent de poissons , parce qu'ils en détruisent plus alors en huit jours, que pendant le reste de l'année, le poisson étant souvent à moitié hors de l'eau, et ne faisant aucune attention au danger pendant qu'il s'occupe de jeter son frai.
Les grands étangs ne sont pas seulement productifs par leurs poissons ^ ils fournissent
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aussi un revenu par les oiseaux d'eau qui y abordent , pendant presque toute l'année , et principalement pendant l'hiver ; ces le'gions de canards , de liarlcs , qui couvrent , de foulques, de poules d'eau , qui peuplent leurs bords, lorsqu'ils sont garnis de roseaux , qui tous vivent aux de'pens de la feuille , de la menuisaille et morne de l'alvin , sont ge'ne'ralemcnt d'un bon de'bit, surtout dans les grandes villes.
La plupart des e'tangs sont remplis par des plantes aquatiques d'un grand nombre d espèces , les unes très - hautes , les autres ne s'élevant pas au-dessus de leur surface : ces plantes ont l'inconve'nient de servir de repaires aux quadrupèdes et aux oiseaux qui vivent aux dépens des poissons ; de combler annuellement l'étang avec leurs restes ; et même quelquefois , pendant l'été , en corrompant leau, et pendant l'hiver, en portant sous la glace des gaz délétères , de faire périr le poisson : mais elles fournissent immédiatement , par leurs feuilles et par leurs graines, de la nourriture aux carpes et autres poissons qui mangent des végétaux , et médiatement en nourrissant des milliards d'insectes , qui servent de pâture à toutes les espèces de poissons ; elles ont de plus futilité de garantir le poisson des rayons d'un soleil trop ardent , do faciliter la sortie et d'assurer la conservation de son frai , et de le défendre des voleurs .; ainsi , leurs avantaires et leurs désavantages se compensent. On peut donc
croire qu'il est bon qu'il y en ait , et qu'il est mal qu'il y en ait beaucoup.
Un grand ëtang doit avoir un garde spécialement charge' de de'truire les loutres , les rats d'eau, les he'rons, les cormorans et animaux pécheurs autres que ceux dont il vient d'être parlé, et de veiller sur les voleurs, sur les pertes d'eau, qu'on nomme larrons , et de plus , pendant l'été' , sur les assecs , et pendant Pliiver sur les grandes eaux ou sur les effets des fortes gelées.
Les assecs produits j^ar la chaleur ne peuvent pas être empêchés. Le garde doit seulement avertir du moment où le poisson e&t dans le danger de périr faute d'eau, afin qu'on le pèche en tout ou en partie avec la seine ou autres filets. Ceux de ces étangs dont l'eau est stagnante , et où se trouvent une grande quantité de plantes, sont plus exposés à la mort du poisson, parce que cette eau se corrompt facilement par l'effet de l'action combinée de la mort de ces plantes et de la chaleur.
Les effets des grandes eaux sont peu à craindre lorsque l'étang est solidement construit , et que le canal de décharge est proportionné à sa largeur; cependant il est des cas extraordinaires où les eaux surabondent tellement que ces précautions ne suffu^ont pas,- alors il faut ouvrir la bonde ou la vanne , et risquer de perdre beaucoup de poisson , plutôt que voir détruire la chaussée et perdre tout le poisson.
L'aflluve des eaux qui sont apportées dans ks e'tangs y dépose presque toujours, ainsi que je l'ai dit plus haut , un terreau extrêmement fertile : ce terreau est encore ame'lioré par la de'composition des animaux et . des plantes qui vivent dans l'eau , par les déjections des poissons , etc. ; aussi le sol des e'tangs est -il regardé, dans certains lieux, comme un excellent engrais, et employé comme tel. Partout où on peut les mettre complètement à sec, c'est une excellente opération que de les cultiver pendant quelques années. Une fois desséchés , la culture des étangs ne diffère pas de celle des autres terres , mais elle demande cependant quelques modifications. Le plus souvent la trop grande fertilité dont ils sont pourvus ne permet pas d'y semer d'abord du blé, qui monteroit tout en herbe ; l'avoine lui est préférable , et encore plus les fèves de marais, les vesces, les pois gris et autres fourrages annuels, pour couper en vert. Souvent on est obligé de perdre une année entière , tant pour effectuer le complet dessèchement , que pour donner le temps de pourrir aux racines des roseaux et autres plantes , attendu que lorsqu'il y en a beaucoup il est impossible à la charrue de les arracher.
Les prairies naturelles et artificielles réussissent presque toujours sur le sol des étangs desséchés ; cependant ce n'est pas immédiatement ; il faut qu'ils aient été cultivés en
céréales pendant deux ou trois ans, afin de diviser la terre et de de'truire les herbes nuisibles , dont les graines avoient été entraînées par l'eau.
Pêche des écrevisses et des grenouilles.
Les manières les plus simples et les plus usitées de les pécher, c'est de les aller chercher avec la main, pendant le jour, dans les trous ou sous les pierres où elles sont cachées, ou pendant la nuit, avec des flambeaux, sur le sol des eaux, qu'elles parcourent alors pour chercher leur nourriture. Dans ces deux cas il faut que l'eau soit peu profonde , mais cela est fréquent -, les écrevisses réussissant mieux dans les petits ruisseaux qu'ailleurs , la manière la plus agréable , la plus sûre , et qui fournit de plus belles pièces, est celle dans laquelle on emploie des appâts pour les attirer. Cette manière consiste à placer au milieu d'un fagot d'épines, ou mieux au centre d'un fer garni d'un filet et attaché par trois cordes à l'ex- Irémité d'un long bâton, un morceau de viande pourrie , une grenouille écorchée. Ce fagot ou ce cercle mis au fond de l'eau dans le lieu qu'on sait le plus peuplé d'écrcvisses, en est bientôt garni ; et lorsqu'on voit ou qu'on suppose quelles sont foitement occupées à manger , on les relire de l'eau , et on s'en empare. C'est principalement pendant l'été et le commencement de l'automne que cette pcclie est fructueuse.
On peut conserver les écrevisses en masse pendant quelque temps, dans des vases sans eau , places dans un lieu frais ou garnis d'herbes fraîches, ou dans des vases qui ne contiennent que quelques lignes d'eau. Lorsqu'on les accumule dans une petite quantité a'eau qui les recouvre, elles ne tardent pas à mourir d'aspliyxie, parce qu'elles consomment une' quantité prodii,'icuse d'air pour leur respiration, et que l'eau en contient peu. Comme leur décomposition est trèsrapide après leur mort, et qu'elle est accompagnée d'une odeur et d'une saveur trèsrepoussante , on ne mange jamais celles qui sont mortes nalurellement. On les fait pour ainsi dire cuire en vie. On prend les grenouilles pendant l'hiver avec une trouble , dans les eaux où elles se sont retirées ^ souvent alors d'un seul coup on en amène un cent et plus, quand on sait les lieux où elles se sont réfugiées , lieux toujours les plus profonds des étangs ou des rivières.
C'est en automne , au momejit où elles retournent à l'eau, que les grenouilles sont les plus grasses.
Le frai des grenouilles est un excellent engrais.
De la cluisse au fusil.
Les accidens sans nombre occasionnés par les armes à feu exigent beaucoup de prudence : 1^ éviter la rouille qui mange le fer et fait crever les canons j 2° visiter la noix
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souvent, afin que le fusil ne parte jamais au repos ; 3° tenir le canon propre , ne pas tirer avec un fusil gras et anciennement charge ; 4*^ se défier quand un fusil a rate', tenir le bout du canon en haut , craindre pour soi et pour tout ce qui entoure le chasseur, hommes et animaux; car si c'est un long feu , le coup part un instant après ; 5° avoir le plus souvent possible l'arme au repos, et le bout du canon en haut, quand on l'y met; tenir le canon de même, quand on court les bois et la campagne, et que l'on escalade des haies , buissons , murs et fossés; le fusil bandé part par des secousses quand on saute , et dans les bois et les haies, la gâchette s'accroche à des branches, ce qui fait partir l'arme , même au repos , si la noix est usée ; trop charger , trop bourrer, et du vide entre la poudre et la bourre, fait crever les canons, surtout quand ils sont sales.
Un canon de fusil est suffisant, à l'égard de la portée , quand il a vingt-huit pouces de longueur ; un canon de trente - trois à trente- quatre pouces est moins dangereux à charerer à cause de sa hauteur. Un canon doit peser trois livres et demie , pour n être point en danger de crever, comme feroit un plus léger ; un gros de bonne poudre suffit pour la charge d'un fusil de chasse : la plus estimée est celle de l'arsenal de Paris. On doit préférer celle qui se fait en été, et la garder dans un baril de bois de chêne
bien cerclé , en lieu sec et hors de tout danger de l'humidité et du feu.
Le papier brouillard dont on fait des papilloUes fait de meilleures bourres , plus rondes, plus unies que tous les autres papiers. Les étoupes font encore de bonnes bourres. Appuyer la bourre ferme sur la "pô»dre , la battre peu , et le plomb encore moins.
Après avoir tiré , recharger tout de suite , pendant que le canon est chaud et sec ; devenu ensuite humide , la poudre s'y attacheroit ; passer auparavant une plume de perdrix du coté de la barbe dans la lumière.
Amorcer avant de charger , à moins que le fusil ne soit gras , en faisant entrer quelques grains de poudre dans la lumière , en frappant doucement avec le talon de la main gauche du coté opposé au bassinet.
La main qui porte le fusil doit être posée près du dernier porte-baguette.
La couche du fusil courbée et non trop droite , longue suivant la largeur du cou et des bras du tireur.
Une prudence indispensable prescrit encore de n'acheter un fusil qu'après avoir fait éprouver le canon par les procédés connus, et enfin , de ne jamais garder de fusils et de pistolets chargés , surtout dans les chambres où l'on entre fréquemment.
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Coiinoissance du pied de cerf.
Celte connoissaiîce est ne'cessaire pour bien chasser le cerf : c'est l'ordinaire des vieux cerfs d'avoir la sole du pied grande et de bonne largeur^ le talon gros et large, la comhlette ouverte , la jaml^e large, les os gros, courts et non tranchans, la pince ronde et grosse ; et ce que les vieux cerfs ont de particulier, c'est qu'ils ne font jamais une fausse démarche, ce qui arrive souvent aux jaunes : de plus on distingue les vieux cerfs des jeunes par leurs allures ; les premiers n'avancent jamais le pied de derrière plus avant que celui de devant, s'en ftdlant toujours plus de quatre doigts, au lieu que les jeunes le passent toujours.
La biche a le pied fort long , étroit et creux , et le talon si petit qu'il n'y a point de cerf d'un an qui ne l'ait plus gros ; c'est par ces marques qu'on distingue son allure de celle des cerfs : de plus on reconnoît la biche au viandis j car le long des broussailles qu'elle a broutées on voit les coupures rondes , au lieu que le cerf ne fait que mâchiiler le bout et le sucer. Il est bon encore d'observer , pour ne point se tromper aux pieds des vieux cerfs, q«i-e dans les pays montueux et pleins de pierres ils ont les pinces et les tranchans du pied fort usés, ne marchant dans ces endroits que du bout de la pince ; au lieu que, dans les pays de
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sable, leurs pieds paroissont davantage; parce qu'ils s'appuient plus du talon.
Connoissance des fumées.
Les fumées sont les fientes des Letes lauves , et l'on en remarque de trois sortes : fume'es forme'es , fumées en torche , fumées en plateau.
Lorsque le cerf est aux abois, on crie allali : on n'a jamais pu m'expliquer la cause ni l'origine de ce mot ; je crois en avoir découvert i'étymologie : je ne sais point le grec , mais j'ai quelquefois jeté les yeux sur le livre intitulé Les Racines grecques , et j'ai vu que le mot allalê signifie victoire ; il me paroît évident que le cri de triomphe ( alLali), à la mort du cerf, vient de ce mot grec. J'imagine qu'il aura été introduit sous le règne de Charles IX, qui aimoit passionnément la chasse, et qui prolégeoit d'une manière si particulière le poète Ronsard. On sait que ce poète introduisit dans ses vers, et môme à la cour , une grande quantité de mots grecs , et l'on aura employé, dans le moment le plus brillant de la chasse, ce mot sonore qui s'entend si facilement de loin , et que , par corruption , on prononce aujourd'hui allali.