‹ Maison rustique, pour servir a l'éducation de la jeunesse (volume 2)Chapitre 8 sur 33 · IV. n · texte numérisé non relu

IV. n

OU ondoyantes sur quatre rangs d'arbres ^ il faut les y disposer en forme de quinconce j les arbres se trouvent alors plus éloignes les uns des autres que lorsqu'ils sont placés transversalement sur la même ligne 5 ils végètent avec plus de vigueur, et môme leur ombrage, dans l'allée principale , devient plus épais.

Formation des tiges des arbres dans ces plantations.

Lorsque les arbres végètent eu massifs , leur tiffe s'élève naturellement et sans aucun secours de l'art -, alors ils donnent a leur maturité tous les genres de produit dont leur essence est susceptible ; mais il n en est pas de même lorsqu'ils sont plantés isolément. A quelques exceptions près , les arbres deviendroient tous pommiers, si on les abandonnoit à la nature , et dans cet état les plantations d'arbres isolés ne seroient pas aussi avantageuses que nous l'avons annonce.

Il est donc important de connoître les moyens qu'il faut employer pour procurer de belles tiges à ces arbres.

Dans la première année de leur plantation , les arbres poussent beaucoup de bourgeons le long de leur tige , et cet effet est particulièrement occasionné par la soustraction de leur tête. La sève ascendante , ne trouvant plus au point de section de la tête les canaux inférieurs de la tige , en perce l'écorce, et y produit un grand nombre de bourgeons.

Si on les laissoit croître tous , ils se partageroient toute la sève de l'arbre , et avec le temps ils ne pre'sentcroieut plus qu'un buisson. Il faut donc les ébouri^eonner très-souvent ;, depuis le pied jusqu'à un demi-mètre environ de l'extrémité siipe'rieure de la tige, afin de forcer la sève à s'élever en abondance dans les bourgeons de cette partie , et de leur procurer la végétation la plus vigoureuse.

Au mois d'août de la première année, on. choisit, parmi ces bourgeons supérieurs, trois ou quatre branches des plus fortes , et l'on rabat entièrement toutes les autres.

Après ce premier choix , on en fait un second pour déterminer la branche qui doit former la nouvelle tige , ou plutôt la continuation de la tige de l'arbre. A cet effet , ce n'est pas toujours la branche la plus vigoureuse qu'il faut choisir, mais celle qui se trouvera la plus verticale et la mieux placée.

Pour en activer la végétation , on la laisse intacte , et l'on écourte un peu les autres branches.

Pendant la seconde année on continue rébourgeonnement de la tige , on rabat avec un croissant ou avec une serpette les branches écouriées l'année précédente , mais seulement à un tiers de mètre de la tige ; et si la branchelige avoit poussé des branches latérales trop vigoureuses , on les écouiteroit un peu en éventail , comme nous l'avons prescrit pour la formation des arbres de haute tige dans les pépinières.

Pendant la troisième année, on supprime le plus promptement possible, et à rez-tige, les chicots des branches écourtées la première anne'e , et l'on e'courte un peu , et toujours en éventail, les branches inférieures de la branche-tige.

Pendant la quatrième année , même conduite • mais on ne supprime qu'un tiers des branches écourtées les années précédentes, afin que l'arbre puisse acquérir une grosseur proportionnée à sa hauteur.

Pendant la cinquième année , on laisse reposer l'arbre j pendant la sixième année , on supprime les chicots les plus anciens et la moitié des autres , et l'on continue d'écourter en éventail les branches latérales de la branche-tige. Enfui , on répète les mêmes opérations tous les deux ans.

Nous devons faire observer que le bourgeon qui a été choisi pour faire la continuation de la tige peut n'être pas toujours placé assez près de sa section pour qu'il ne reste pas un chicot au-dessus de la branchetige : dans ce cas , on rabat le chicot le plus près possible de cette branche aussitôt qu'elle a acquis assez de grosseur pour en recouvrir la plaie avec son écorce ; et lorsque l'opération a été bien faite , au bout de deux ou trois ans on ne reconnoît plus la place où elle existoit.

Depuis six jusqu'à quinze ans de plantation, il faut laisser aux arbres isolés,^ en les émondant , autant de hauteur de tête que

de longueur de tronc ; c'est le ve'ritable moyen de procurer de belles proportions à leurs tiges. Au-delà de cet âge, on peut les e'monder jusqu'aux deux tiers de leur hauteur totale, mais jamais plus haut, parce qu'alors l'abondance de la sève tourmente la tige et lui fait prendre des formes bizarres qui en diminuent beaucoup la valeur.

Les nœuds des branches et des chicots que l'on supprime en émondant les arbres doivent être rasés bien uniment sur la tige , sans aucun éclat ni protubérance ; les plaies en seront plus larges , mais elles seront plus aisément et plus promptement recouvertes par l'écorce que lorsque l'opération n'est pas faite avec ce soin particulier.

L'émondage des arbres isolés peut se faire sans inconvénient sur les bois durs comme sur les bois blancs ,• cependant il faut convenir qu'à l'exception de l'orme , qui , à tout âge , a la propriété particulière de recouvrir les plaies qu'on lui fait , lorsqu'elles sont parées , les autres essences de bois dur ne se prêtent pas aussi bien aux émondages périodiques • et même , que si les époques des émondages sont trop reculées , ils deviennent funestes à ces arbres. Mais lorsque leur tige a été bien formée dans le principe , et qu'on les émonde au plus tard tous les quatre ou cinq ans , on peut sans inconvénient en continuer l'émondage périodique jusqu'à l'âge de trente ou quarante ansj alors ils ont déjà acquis une tige beaucoup plus élevée que

ceux de même essence que l'on auroit abandonnes à la nature.

Quant aux arbres en massifs , tels que les futaies sur taillis, on ne doit jamais se permettre de \gs ëjuonder, parce que les brancbcs en sont trop anciennes et l'ecorce trop dure pour que les plaies de l'ëmondage puissent jamais se cicatriser et se recouvrir.

Lieux dans lesquels on peut planter des arbres , et précautions à prendre pour le succès ultérieur de ces plantations.

1° Le long des chemins vicinaux et de déblave. Les arbres doivent y être places sur les revers d'un fossé d'au moins un mètre de largeur , afin d'y être préservés du choc des voitures , et même des premières atteintes des bestiaux.

Jusqu'à l'âge d'environ trente ans , les racines et l'ombrage de ces arbres n'occasionneront encore aucun tort sensible aux récoltes voisines j mais, à compter de cette époque, il augmente dans une progression rapide- on parvient à le diminuer beaucoup, en isolant aussi les arbres du côté des terres en culture, par un contre-fossé de deux tiers de mctre de largeur, que l'on rafraîchit exactement tous les trois et quatre ans, et en émondant les arbres aux mêmes époques.

Dans quelques localités, au lieu d'e contrefossés, on sème, le long des plantations , des

fourrages artificiels , qui produisent à peu près le même effet, celui d'arrêter rallongement des racines des arbres.

2° Sur le bord des rivières et des ruisseaux non navigalîles. Pour que les plantations d'arbres puissent prospérer dans ces lieux , il faut que les rives des cours d'eau soient dispose'es de manière que, dans les de'bucles^ les glaces ne puissent point les endommager.

3"^ Autour des mares, des étangs, sur les bords des marais tourbeux, sur les marais non tourbeux, et ge'ne'raiement sur toutes les places fraîclies et humides qui n'oftrent aucun produit.

4° iVutour des prairies encloses^ lorsqu'elles ont une certaine e'tendue.

Si les clôtures sont en haies vives de'jà anciennes, il ilmt en e'ioigner les plantations à un ou deux mètres de distance, et tenir les haies basses et rapprochées pendant les cinq ou six premières années : sans cette précaution, les arbres ne réussiroient pas. Si l'on plante la haie en même temps que les arbres il faut en éloigner encore ceux-ci à un mètre au moins de distance de son pied , afm de pouvoir les abattre à leur maturité sans endommager la haie. Même précaution pour les plantations à faire le long des haies de clôture des autres cîiamps.

5'^ Sur les grandes routes.

Mêmes observations que pour la plantation des chemins vicinaux.

8o NOUVELLE

Plantations des bois résineux en massifs.

Dans tous les terrains et sous les températures qui sont favorables à la vége'tation des arbres feuillus, il est avantageux d'en cultiver les essences de pre'fe'rence aux arbres re'sineux, et il est convenable de cboisir ces derniers pour les terrains et sous la tempe' rature qui ne peuvent admettre la culture d'aucune autre essence de bois durs.

Ainsi, dans nos climats, c'est sur les montagnes éleve'es et dans leurs terrains stériles, et sur ceux qui, jusqu'ici, se sont refusés à la végétation des arbres feuillus, que les propriétaires doivent essayer des plantations d'arbres résineux.

Les départemens de la Marne et de la Gironde leur offrent en ce genre des exemples dont l'imitation seroit un bienfait public et leur procureroit aussi de très -grands avantages.

C'est à M. de Pinteville-Cernon, c'est à l'exemple lieureux qu'il en a donné, que les

taires à toute espèce de végétation- et leur accroissement annuel fait espérer qu'Hun jour les localités crayeuses de ce département deviendront aussi célèbres par leur mâture, qu'elles l'ont été jusqu'à présent par leur stérilité : on les appeloit Cliampagne et Brie pouilleuses.

MAISON RUSTIQUE. 8l

Dans celui de la Gironde , i" en semis. Il est très-difficile, il seroit même trop dispendieux de faire de grands semis d'arbres résineux. Il ne seroit pas toujours possible de se procurer assez de bonnes graines pour en semer une grande superficie^ 2° toutes les parties du sol à planter n'auroient ge'ne'ralement pas la qualité requise pour le succès du semis • 5° les soins qu'il faut prendre des jeunes plants, jusqu'à ce qu'ils aient acquis une certaine force pour les garantir de la gelée, de la trop grande ardeur du soleil, du gaspillage des oiseaux, et de la fréquentation des bestiaux, exigeroient nécessairement beaucoup de dépenses j 4° lors même que l'on consentiroit à faire ces dépenses, il ne seroit souvent pas possible de trouver assez de bras pour faire ces différens travaux en temps opportun ; 5^ toutes les précautions qu'il faudroit négliger, à raison de ces différentes circonstances, nuiroient évidemment au succès du semis, ou du moins en retarderoient beaucoup la végétation.

Mais on peut choisir, sur le terrain même , un emplacement pour y faire le semis dont les jeunes plants doivent ensuite couvrir toute sa surface ; et la circonscription de cet emplacement permettra de donner alors au semis tous les soins que sou succès peut exiger.

D abord, on se procure des arbres déjà naturalisés sur le lieu même; en second lieu, tout le terrain, occupé par le semis, se trouve

plante, parce qu'en enlevant les jeunes plants de cette pépinière on a l'attention d'y en laisser autant qu'il est nécessaire pour qu'elle soit suffisamment garnie^ enfin on évite des frais de transport, toujours one'reux , et les racines des jeunes plants n'ayant pas le temps d'être dessëche'es dans un trajet aussi court , le succès de la plantation en est jjIus assure'.

Si la qualité du terrain ne perniettoit pas de faire le semis de la pépinière sur le lieu même de la plantation , on choisiroit un emplacement convenable à cette destination.

Enfin , si le sol des champs se trouvoit trop mauvais pour y e'tablir une pe'pinière d'arbres re'sineux, il faudroit bien se re'soudre ou à en faire des semis dans ses jardins ou à acheter de jeunes plants des pépinières étrangères.

Plantations en jeunes plants.

Cette plantation ne diffère aucunement de celle des futaies en arbres de hautes tiges , en ce qui concerne l'ouverture des trous , et les précautions qu'il faut prendre en plantant ces arbres^ seulement, à l'exception du mélèze, qui ne paroît pas souffrir des amputations qu'on lui a faites, on ne doit rien retrancher aux jeunes plants d'arbres résineux; c'est pourquoi il est important de les transporter lùen jeunes ; alors, après les avoir enlevés de la pépinière , on peut parer leurs racines sans aucun inconvénient; on les en-

tourc ensuite avec de la mousse fraîclie , afin de ne pas les laisser expose's au soleil, et on se haie de les planter.

Travaux d'art pour la conservation et l'amélioration des bois en massifs.

Ces travaux peuvent être divisés en deux classes : en travaux de conservation , et en travaux d'amélioration.

Travaux de conservation.

Les propriétaires de bois ont souvent à se plaindre tle leurs voisins ; les cultivateurs cherchent à faire périr les cépées qui les avoisinent, en endommageant les racines avec leur charrue, ou en les charmant, ou en faisant brouter leurs racines par leurs bestiaux j et les voisins intérieurs se permettent souvent des anticipations.

Il faut donc que le propriétaire de bois puisse constamment se garantir de ces entreprises , autrement il se verroit insensiblement dépouillé de sa propriété.

Les bornes^ telles qu'on les place ordinairement, sont insuffisantes pour cet effet j car, malgré le respect dont la loi les environne, on les déplace aisément^ ou on les enlève; et d'ailleurs elles n'opposent aucun obstacle aux incursions des bestiaux. Ce n'est donc qu'avec des fossés que l'on peut espérer de procurer aux bois des bornes immuables , si.

à l'extérieur, on se contentoit de donner à ces fosse's la largeur légale d'un mètre deux tiers de largeur sur un mètre de profondeur, avec une releve'e assez haute du côté du liois pour que les bestiaux ne pussent pas les franchir.

Quant aux anticipations intérieures , un fossé continu de séparation y feroit perdre du terrain gratuitement; et si la limite n'est pas en ligne droite , des bornes seroient insuffisantes pour arrêter ces anticipations. Pour obvier à ces inconvéniens , nous conseillons de faire sous bois, et sur les alignemens des limites, des portions de fossés de deux tiers de mètre de largeur, que l'on placeroit dans les endroits les moins dommageables. On les multiplieroit autant que cela seroit nécessaire 'j et en en faisant de semblables à chaque angle de limites intérieures, on n'auroit plus à y craindre aucune anticipation.

Travaux d'amélioration.

Ces travaux pourroient aussi être appelés de spéculation, parce qu'on ne doit les entreprendre que lorsque leur effet peut indemniser suffisamment de la dépense qu'ils ont occasionnée.

Ils consistent !« dans le dessèchement des parties des forets dont l'humidité surabondante nuit évidemment à la végétation des essences de bois qui ne sont point aquatiques 'j 2° dans l'établissement de chemins

toujours praticables, traces dans les parties les plus conYeiia])les, et dirige's sur les ports voisins, ou sur les lieux de consommation , et dans celui des ruisseaux flottables, lorsque les circonstances locales le permettent.

Ces diffe'rens travaux aufi^mentent nécessairement le prix de la feuille de bois, soit par des produits plus grands en matières , soit par une grande diminution dans les frais d'exploitation et de transport.

C'est donc au proprie'taire à calculer d'avance, et avant que de les entreprendre, la dépense et les effets de ces différentes améliorations, afin d'être en état de juger avec connoissance de cause celles qu'il doit rejeter et celles qu'il doit adopter.

Principales dispositions des ordonnances et des lois î'elatives aux bois des particuliers.

Avant la révolution, les bols des particuliers étoient soumis à un régime établi par l'ordonnance de i66g. Les propriétaires ne pouvoient couper leurs taillis qu'à l'âge de neuf ou dix ans • ils étoient obligés d'y réserver seize baliveaux de l'âge par arpent, et ils ne pouvoient faire abattre ces réserves qu'après une révolution de quarante ans, et avec la permission du grand-maître des eaux et forets de leur arrondissement. Pendant la révolution, et aux termes de l'article 6 du titre I^r du décret de X791 ,

chaque propriétaire est libre d'administrer ses bois, et d'en disposer à l'avenir comme bon lui semblera ; mais l'abus que l'on a fait de cette liberté' illiraite'e a motivé les restrictions suivantes, qui sont extraites textuellement de la loi du g floréal an ii.

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