CHAPITRE IX
Jardin de fleurs.
Voici encore un chapitre consacré à Julie. Qui peut lire avec plus d'intérêt qu'une jeune personne de quinze ans des détails sur l'usage et la culture i\^Qs fleurs ?
Tout le monde sait que les fleurs proviennent ou de plantes ou d'oignons , et que tous les oignons et la plupart des plantes tirent leur origine des gi'aines; mais, dans les paragraphes suivans , nous indiquerons des moyens par lesquels on fait venir différentes sortes de fleurs plus promptement que de leurs graines. Les jardiniers fleuristes n'appellent fleurs que celles qui servent d'ornement et de décoration aux jardins ; tels sont les œillets , les tulipes , les renoncules , les anémones, les tubéreuses, etc. Ce qu'il y a de singulier , c'est que nous n'avons point de belles fleurs , excepté les œillets , qui originairemeut nous viennent du Levant.
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Culture desjîeurs.
C'est sur des couches , sur des planches , dans des pots et clans les plates-bandes des parterres^ qu'on sème et qu'on élève des fleurs provenues de graines hâtives , et dont la bonté se reconnoîtâ leur pesanteur, qui les fait aller communément au fond de Teau. La meilleure saison pour semer est depuis mars jusqu'en septembre : on sème à quatre doigts d'intervalle ', si c'est une terre meuble et facile à percer , on recouvre la graine d'un doigt de la même terre. Si on sème sur couche ( lorsque le fumier a perdu sa grande chaleur ) , on la recouvre de deux doigts de terreau. On sème sur la fm d'aoiît ce qu'on veut replanter avant l'hiver. On a soin d'arroser tous les jours avec de l'eau échauffée au soleil,, et de couvrir les graines d'un doigt de paille longue ; mais quand elles sont levées , il faut les découvrir, et toutefois les garantir des gelées par des paillassons en dos d'âne. Si on plante des oignons de fleurs , il faut creuser la terre à un pied de profondeur , ensuite cribler de la terre maigre et légère sur la couche, en quantité sufiisante pour remplir les sillons ou rigoles ; puis unir le tout avec le râteau , et y placer les oignons à une distance proportionnée , et à quatre doigts sous terre. Autour des bord ares on peut mettre des anémones ou des tulipes , mais point de renoncules, car elles demandent à cire seules, tant en pleine
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terre qiie dans les pots. Il faut être attentif à sarcler dans le temps où la rose'e tombe , parce qu'on arrache mieux alors les racines des plantes iuutiles ; il faut aussi avoir grand soin de faire la guerre aux limaçons, aux perce-oreilles , et autres insectes qui rongent les plantes.
On transplante les fleurs dans le printemps et dans l'automne , en pleine terre ou dans des pots ; mais on ne transplante qu'après la seconde année les oignons qui viennent de graine ; on les met alors en bonne terre neuve et légère , et on a des fleurs à la troisième année.
Pendant l'hiver, pour garantir les fleurs du froid, on les met dans une serre aérée : on les doit arroser légèrement après le lever du soleil. Dans l'élé , il faut les défendre du trop grand soleil , et ne les arroser qu'après le soleil couché ; il faut que les plates-bandes soient toujours élevées vers le milieu , et que les pots soient percés par le fond , afin que l'eau s'écoule , et ne pourrisse pas , par son séjour , les pieds des plantes. A défaut de pots , on peut se servir de caisses plates et po^tati^ es ^ dont le fond ait été percé de plusieurs trous de tarière , et couvert de deux pouces de charbon de terre ou d'autres matières poreuses • les petites caisses sont trèscommodes , elles sont un berceau pour l'enfance des fleurs. Il est digne de remarque que la plupart des fleurs doublent facilement ( à fleur double , jlore pleno ) par la culture ^
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surtout dans le rosier. On peut même faire ëclore en hiver , et le jour que l'on veut, la fleur d'une plante j pour cela on choisit sur la tige y dans le temps que les dernières fleurs paroissent , les boutons les mieux formes et prêts à s'ouvrir j on les coupe avec des ciseaux , observant de leur laisser une queue fort longue. On enduit l'endroit coupé avec de la cire , on laisse faner les boutons , puis on les enveloppe chacun à part dans un papier sec , et on les serre ainsi dans une boîte. Enfin , lorsqu'on veut jouir de la fleur , il suffit de couper dès la veille le bout garni de cire , et de le mettre dans un vase qui contiendra de l'eau charge'e d'un peu de nitre -, le lendemain on verra les boutons s'ouvrir , s'épanouir , briller de leurs vives couleurs et reprendre leur odeur naturelle.
L'époque de la fleuraison, comparée avec l'heure de la journée, offre des variétés curieuses j la plupart des plantes fleurissent indistinctement à toutes les heures ; mais il en est plusieurs qui ouvrent et ferment leurs fleurs à une heure déterminée. La série de ces plantes , rangées d'après l'heure de leur fleuraison , constitue ce que Linnée a nommé t horloge de Flore ; ainsi, le salsifis s'épanouit entre trois et quatre heures du malin , le nénuphar à sept heures, la pourpier à onze, plusieurs ficoides à midi, le silène nocti flore entre cinq et six heures du soir, la bellede -nuit entre sept et huit; le liseron à fleurs pourpres s'ouvre à dix heures du soir
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pour se refermer à deux heures après midi.
Le chaleur accélère , et le froid retarde l'e'poque de la fleuraison : sous ce point do vue , Adanson avoit eu l'ide'e de supputer le nombre de degrés de chaleur que chaque plante exige pour atteindre sa fleuraison , comme il l'a voit fait pour la feuillaison. Mais ces thermomètres et ces horloges dépendant des influences de la lumière, de l'air, etc. , ne peuvent jamais être exacts.
Lorsqu'on veut retarder la fleuraison d'une plante , il suffît de lui enlever ses feuilles au printemps. On emploie ce moyen principalement pour le rosier, et alors il produit des roses pendant presque tout l'été et l'automne.
On a trouvé le moyeu de faire des arbustes de plusieurs petites plantes, par exemple, de l'héliotrope ; on peut faire la même chose du réséda , en le dépouillant de ses petites branches et de ses feuilles jusqu'à une certaine hauteur de sa plus grosse tige. On fait aussi des rosiers des arbres très-élevés ; on a vu aux environs de Berlin des arbres de roses mousseuses aussi élevés que des pommiers. Les peintres de fleurs ont Ijeaucoup de peine à bien grouper les fleurs pour les peindre d'après nature. On les arrange assez bien dans un vase , mais les fleurs tombantes sur le vase, et celles surtout qu'on veut peindre hors du vase et tombées sur la table , n'étant plus dans l'eau , se ftment si promptement qu'il est impossible , daus leur fraîcheur , de les