CHAPITRE XL
Entrée de Volnis cl de sa famille dans le château nouvellement bâti et meublé*
Ce fut un heau jour pour la famille de Volnis, que celui où, quittant la forme de Girard, elle fut s'établir dans le joli clialeau, nouvellement bâti et entièrement meuble. Avec quelles délices on recueillit dans ce moment le fruit de ses travaux ! quel plaisir on eut à parcourir cette maison dont on avoit tracé le plan et qu'on avoit vu bâtir ! comme on la trouvoit commode et cbarmante ! comme Elmire et Julie admiroient les meubles du salon et de l'appartement de maître, ces rideaux, ces canapés,
ces fauteuils , ouvrages de leurs mains l
Ah! mon ami 1 dit Elmire à Volnis, quelle retraite ravissante ! et nous ne la quitterons point ! le reste de nos jours va s'écouler ici! plus de voyages, plus de courses fatigantes! — Oui, reprit Volnis, nous voilà fixés dans un doux asile ! nous ne nous éloi-
(i) Je ne parlerai point dans cet ouvrage d'un jar in de plantes usuelles , parce que j'ai fait sur ce sujet un ouvrage particulier avec des planches.
gncrous plus de nos foyers^ Yivre en paix dans sa pairie , au srin de sa lamille^ c'est goùlor loul le boidicur qu'on peut goùlcr sur la terre , c'est être bëni du ciel ; car la première malédiction du Crt'ateur contre le premier criminel lut celle-ci : Tu seras fitgilif et vagabond! . . . . Dieu ne dit point au premier homicide, meurtrier de son frère : Tu perdras la force ^ la santé , tu péiiras misérablement ; mais il lui annonça, toutes les peines, il le condamna ù tous les regrets, à toutes les soutiranccs, en prononçant cette sentence terrible : Tu seras fugitif et vagabond !.....
— O mon ami ! dit Elmire attendrie ,
perdez ici de tristes souvenirs — Non ,
répondit Volnis , ils sont ineffaçables ; mais je les conserve sans aigreur, sans ressentiment j j"ai moins souffert que beaucoup d'autres, car j'ai soufïert sans haïr; et les peines du passé me fout mieux seutir mon bonheur.
La joie de la famille s'accrut dans cette journée par d'heureuses nouvelles d'Amérique, qui apprirent à Yolnis que son frère > sa belle-sœur, et Félix, leur fils unique, se disposoient enfin à revenir en France.
Ou passa les trois jours suivans à visiter le ch;Ucau de la cave au grenier , à déranger, replacer des meubles, à mettre en ordre les armoires , etc. ; ensuite on reprit la lecture de la Maison rustique.