NOUVELLE MAISON RUSTIQUE
Verlira insensiblement en terreau : il faudra néanmoins que la couche de terre supérieure soit épaisse de cinq à six pouces et d une qualité assez compacte, afin d'empcclierl'évaporation des principes ; sans cette précaution cet engrais perdra plus des deux tiers de sa valeur. On doit encore compter parmi ces engrais les marcs de raisins, qui n'ont besoin que de fermentation putride pour être convertis en matériaux séveux : le marc des noix, des olives, des graines de lin, de celles ae colzat, de navette, de cameline , dont v,x. a retiré l'huile, est encore un trèsbon engrais.
Les tourbes et les cendres sont aussi des engrais végétaux ; les premières peuvent même être employées telles qu'on les tire de la terre, à moins qu'elles ne soient pyriteuses, et c'est alors le cas de les laisser incinérer a 1 air.
On entend par engrais tirés du rogne animal les chairs , le sang , les cornes , les urines, les excrémens, les poils , les laines , en un mot tout ce qui appartient aux quadrupèdes, aux oiseaux, aux poissons, etc.
Cliacun de ces engrais a ses propriétés différentes et souvent opposées : avant de les mettre en usage il est indispensable de coniioître leurs qualités essentielles pour les appliquer avec succès aux différons terrains qu'on veut mettre en culture. Commençons par l'engrais des oiseaux : on entend par là ceux produits par les oiseaux de basse-cour^
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entre lesquels la colombine ou fienle de
Ï)igeon liciiL le premier ran^'^ comme étant e plus actif des en^nais de cet ordre; celles des coqs, des poules et des dindes, dont les qualite's soiit approximatives du premier et peuvent tenir le second rang; enfin, celles des canards et des oies : ces trois sortes d'engrais sont excelicus oupréjudiciabies, suivant les circonstances.
Comme ils sont remplis d'une grande quantité; de sels qui corroderoient les plantes si on les employoit indifléremment, il e^t essejitier de les laisser amonceler pendant un an avant de s'en servir, et de réduire en poudre cette fiente quand elle est bien sèclie , afin de la mieux répartir sur les i)l«s, les linSj les chanvres, etc., et cela dans la saison des pluies : de cette manière elle deviendra très-utile; mais si on s'en sert pendant la sécheresse, elle sera très-nuisible. Au reste, le conseil le plus salutaire qu'on puisse donner, c'est de mêler la fiente des oiseaux de bassecour au fumier ordinaire, et de les laisser fermenter ensemble, pendant une année.
La colombine, répandue avec intelligence sur les prés, fait périr les mousses et autres plantes de cette famille qui les détruisent peu à peu. Les cendres de charbon de bois, de chai bon de terre, do houille, la chaux, produisent les mêmes effets ; ce qui prouve que ce n'est point aux parlies graisseuses qu'est due cette destruction, mais seulement à l'activité et à la quantité de sel alkali.
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On dislinguc les enivrais produits par les quadrupèdes eu fumiers cliauds et fumiers froids : les premiers sont ceux des chevaux , des mulets, des aues, des moulons, des chèvres et des cochons; et les seconds sont ceux des bœufs et des vaches.
On appelle les excremens des chevaux, etc,, fumiers chauds ; et ceux des bœufs et des vaches, fumiers froids.
Il ne faut employer leâ fumiers des chevaux à l'engiais des terres que lorsqu'ils sont bien consommés.
Le meilleur moyen de faire consommer le fumier est d'établir des fosses , de les environner de terre de tous les côtés , alîn que la chaleur du fumier ne dissipe pas ses principes par l'évaporation, et que celte évaporalion ne soit pas augmentée par les rajons du soleil ; il faut aussi avoir soin de piacer des couches de terre , et multiplier les fosses , plutôt que d'avoir des amas trop considérables de fumier.
Le fumier de vache, n'étant pas un engrais anssi puissant que celui de cheval , n'en convient que mieux aux terrains maigres. Le fumier de cochon est très-actif et dangereux, quand il est employé frais; mais si on a soin de l'amonceler en le mélangeant avec de la paille, et qu'on le laisse fermenter un temps convenable , ce sera un excellent engrais dans les terres compactes et argileuses.
Il y a plusieuis manières de fertiliser les champs avec les coquilles : si elles sont fos-
siles et encore solides , c'est de les re'dùire en poudre fine , au moyen des bocards et des pilons • si elles sont telles qu'on les tire du sein de la mer , ou qu'on les ramasse sur ses bords , on les fait calciner comme la pierre calcaire, et alors elles sont réduites en ve'ritable chaux ; ou on les porte dans le champ telles qu'elles se retirent de la mer. La première me'tliode eni,^raissc le champ aussitôt ; par la seconde , l'opération est plus longue , mais son effet se manifeste dans 1 année mémcj au lieu que , par la troisième, la décomposition ne s'établit qu'insensiblement et d'année en année.
On considèi'e les coquilles d'huîtres comme les meilleures , à cause de la facilité qu'elles ont d'être plus tôt attaquées par les météores.
Voyons comment les insectes peuvent devenir des engrais utiles à la terre.
Plus le soi est couvert de plantes, et plus le nombre des insectes y est multiplié, parce que chacune d'elles a son insecte particulier; quelques-unes en ont plusieurs, et on en compte plus de cent de diverses espèces , qui vivent sur le chêne, sans compter tous ceux qui vivent dans la terre. Or, tous ces animaux p:iyant tôt ou tard le tribut à la nature, fournissent à la terre des substances graisseuses et huileuses, qui aident à la végétation des plantes , comme celles-ci aident à leur tour à !a subsistance des insectes, par la raisoù que tout est lié dans la nature, et que les rapports entre ces êtres se multiplient à l'inijui.
On considère aussi les excremens humains comme un engrais, et c'est même de tous celui dont les effets sont les plus étonnans • mais il est de la plus grande importance de remployer convenablement. Si on s'en sert au sortir des fosses d'aisance , il brûle, corrode les plantes • s'il ne les détruit pas , il leur Communi(jue une odeur et une saveur de'testable.
Ce fumier, comme tous les autres, a besoin d'un genre de fermentation indispensable , avant qu'on puisse s'en servir utilement. Pour cet effet, on consacre, dans un endroit éloigné de l'habitation, des fosses où l'on dépose les excrémens , dont on couvre chaque demipied d'un lit de bonne terre de trois pouces d'épaisseur , et ainsi successivement. Le lit ou couche supérieure devra nécessairement être en terre bien battue, afin qu'elle retienne sa chaleur dans la masse ^ il faut aussi que la fosse ait un pied au-dessous du terrain, afin qne les eaux soient retenues et entretiennent l'humidité qui est nécessaire à la fermentation delà masse; lors même qu'on s'apercevra de l'évaporqlion , on devra , avant que la sécheresse se manifeste, faire des trous sur le haut de la masse avec des perches , pour y insinuer de l'eau, qu'on fera aisément pénétrer dans toutes ses parties. L'opération linie , les trous seront rebouchés avec de la terre j cette dernière opération se fait dans 1 été , afin que ce fumier ne se consomme pas en pure perte par la chaleur.
On peut, à la seconde anne'e , employer ce fumier en toute siirelé j il produira les meilleurs efFels, surtout dans les terres grasses et argileuses.
On peut aussi tirer un grand parti du sang , des débris , des intestins, etc., qui sont enlevés des tueries , ainsi que des boucs des rues , etc. : sans doute cet engrais n'est pas encore à négliger ; il est même prodigieusement actif- mais il seroit très-dangereux de l'employer sur-lc-cbamp, il faut qu'il fer-^ mente long-temps dans les fosses , suivant la me'lliode que nous avons indiquée, avant qu'oa puisse s'ci^ servir.