‹ Maison rustique, pour servir a l'éducation de la jeunesseChapitre 32 sur 39 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

Du glanage.

Toutes les lois bienfaisantes qui prescrivent la charilé, rindulgence, la bonté envers les êtres les plus foibles, et par conséquent les

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plus interossans, la veuve ^ l'orplielln, le vieillard, l'clraiiger sans appui, toutes ces lois touchantes sont divines,- car elles se trouvent toutes dans les saintes Ecritures :

« Vous ne recevrez point pour ^^age (^d'une « dette ) la meule de dessus ou de dessous « du moulin, parce que celui qui vousToflre « vous engage sa propre vie. » Deutérononw , 'ch. XXIV.

« Lorsque vous redemanderez à votre pro- « cliain quelque chose (ju'il vous doit, vous « n'entrerez point dans sa maison pour en « emporter quelques gages, mais vous vous « tiendrez dehors, et il vous donnera iui- « même ce qu'il aura. Que s'il est pauvre , « le gage qu'il vous aura donné ne passera « pas la nuit chez vous; mais vous le lui « rendrez avant le coucher du soleil, afin « que, dormant dans son vêtement, il vous « be'nisse, et que vous soyez trouvé juste dc- « vaut le Seigneur votre Dieu. ■» Même chap. « Vous n'ôlerez point à la veuve son vcte- « ment pour vous tenir lieu de gage.

« Quand vous aurez coupé vos grains dans K votre champ, et que vous y aurez laissé « une javelle par oubh, vous n'y retournerez c< point pour remporter, mais vous la laisse- « rez prendre à l'étranger, à l'orphelin et à « la veuve, afin que le Seigneur votre Dieu « vous bénisse dans toutes les œuvres de 4< vos mains.

« Quand vous aurez recueilli les fruits des « oliviers ; vous ne reviendrez point repren-»

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rt dre ceux qui seront restés, mais vous les « laisserez à l'étranger, à l'orphelin et à la tt veuve.

« Quand vous aurez vendangé votre vigne, « vous n'irez point recueillir les raisins qui y M seront demeurés,- ils seront pour l'étran- M ger, pour l'orplielin et pour la veuve, m M Même chap.

« Lorsque vous mettrez le siège devant t( une ville. . . , vous n'abattrez point les ar- « bres qui portent du fruit. . . , vous ne ren- « verserez poiut à coups de cognée les ar- « bres du pays d'alentour. » DeiUéronome , chip. XXI.

Parmi ces lois admirables, pourrois-]e oublier, mes enfans, de vous citer celle-ci?

« Vous ne ferez point de peine à l'étran- « ger ; car vous savez quel est l'état des « étrangers, puisque vous l'avez été vous- « mêmes en Egypte. » Exodcy chap. xxiii.

Nous, fugitifs pendant si long-temps, pourrons-nous sans attendrissement nous rappeler ces paroles divines, quand nous remplirons les saints devoirs de l'hospitalité!. . . .

Tout ce que le code rural prescrit de charitable est tiré de l'Ecriture sainte ; en voici les principaux réglemens : La permission de glaner et de grapiller est accordée à tous les pauvres, aux vieillards et aux petits enfans , qui n'ont pas la force de travailler. Les glaneurs, raideurs etgrapilleurs n'entreront dans les champs , prés et vignes récoltés et ouverts, qu'après l'achèvement total des fruits.

En cas de contravention , les produits dU glanai^c, grapilla^qe, etc., seront confisques , et, suivant les circonstances, des punitions particulières pourront être imposées. Le glanage, grapillage , etc., sont interdits dans tout enclos rural. L'héritage sera réputé clo9 lorsqu'il sera entouré d'un mur, ou d'une palissade, ou d'une haie : la même chose pour le grapillage des raisins, des oliviers, des pommes et autres fruits de la campa/^ne. Les lois ne permettent pas non plus de saisir pour dettes , chez un laboureur , les instrumens aratoires.

Des différentes pratiques pour la conserva^ tiofi du blé.

Blé dans la gerbe. Dès que le blé est coupé et réuni en gerbes, on le laisse dans le champ même où il a été récolté, plus ou moins longtemps, afin qu'il perde son humidité superflue ; soit que l'on en arrange les gerbes dans la grange ou sous des hangards , soit qu'on les amoncelle dans les meules à demeure , il y acquiert le dernier degré de la maturité, se perfectionne à peu près comme les fruits à pépin dans le fruitier; il conserve long-temps la faculté germinative et le goût du fruit qui caractérisent sa nouveauté, avantage que l'on retrouve dans le pain qu'on en prépare ; enfin , il devient plus propre à se garder au grenier et à se transporter au loin sans avaries,

IjC Lie conserve ainsi dans les granges^ ou en meules, est dans un état qu'on peut com^ parer à celui de l'amande dans la coque; les deux moyens ne dînèrent qu'en ce que l'un est moins accessible aux animaux et abrité par un toit , et qu'il est plus sous la main du proprie'laire, tandis que le reste exige une plus grande surveillance et davantage de frais; mais, dans tous les cas, il est prouve' que le ble' conserve par cette me'tliode s'améliore , qu'il perd une portion de son humidité surabondante, et que l'autre se concentre insensiblement avec les difïérens principes, d'où résulte cet effet qu'on appelle le ressuiement, c^est-à-dire que, suivant l'expression familière du cultivateur, le blé a jeté son feu.

Ces moyens de conservation , malgré leur bonté reconnue, ne sont pas, il est vrai, pra^ ticables dans toutes les circonstances. Par exemple, lorsque le blé a été récolté liumide, qu'on n'a pas d'emplacement liors de la ferme, et que le prix des matériaux pour bâtir est excessif, ils ne sont pas praticables, surtout dans les cantons du midi de la France, où la totalité de la moisson est dépiquée au moyen du pied des animaux ; le procédé suivant doit être préféré, quand on n^a besoin que àcs pailles, et qu'on ne manque point de grains. Blé dans la petite paille. Quand on a battu et vanné le blé, on le remet ensuite dans la petite paille , on étend le tout dans la grange ou le grenier, ou dans tout autre endroit sec ci froid; on le conserve un temps iiiOni sans

avoir besoin de le remuer,- il est même possible de le transporter ainsi; chaque grain se trouve isolé et recouvert d'une matière sèche et lisse, qui ne s'humecte pas à l'air, qui re'iléchit les rayons du soleil plutôt qu'elle ne les absorbe.

Blé en couche. La me'lhode la plus généralement pratiquée de conserver le blé, dès qu'une fois il est battu, vanné et criblé, consiste à le répandre sur le carreau ou le plancher du grenier, en couches plus ou moins épaisses, à le remuera la pelle, et à le passer souvent au crible; cependant les grains ainsi abandonnés à l'air, à la poussière, aux insectes qui s'y introduisent et s'y multiplient , exigent un travail d'autant plus soutenu qu'ils proviennent d'années humides , et que les masses sont plus considérables.

Pour prévenir les cfTels funestes de cette méthode , on ne donne au tas qu'un pied ou dix-huit pouces d'épaisseur, et on a soin de placer aux deux extrémités un crible pour le lemuer contiimellcment; par cette opération on fait passer successivement le grain d'un lieu dans un autre, d'uji étage supérieur à un étage inférieur , en le rafraîchissant par de Tair nouveau qui dissout etcmporte une partie de l'humidité.

Mais on ne doit jamais attendre, pour remuer le blé, qu'il exhale de Todeur, et que la main introduite dans le tas éprouve de la chaleur; car le grain auroit déjà subi un comsiienccmcnt de fermentation qu'il scroit dif-f

ficile ensuite de corriger^ il faut donc passer le blé à la pelle tous les quinze jours en été, et tous les mois en hiver j le criblage demande à être répété tous les deux mois.

Blé vcntillé. Pour donner plus d'activité à l'air, et favoriser une plus grande introduction de cet agent dans les couches horizontales du blé répandu sur l'aire du grenier, Haies est le premier qui ait songé à exciter un courant par le jeu des soufllets, et à faire traverser l'épaisseur du tas par de l'air froid et sec, qui renouvelle à l'infini celui qui se trouve interposé entre les grains. Duhamel s'est assuré de l'efficacilé de ce moyen en éventant un petit grenier qui contenoit quatre-vingtquatorze pieds cubes de froment. On trouve dans son Traité de la conservation des grains la description de greniers de toutes sortes de dimensions, et la forme des caisses qu'il propose pour rafraîchir le blé et le nettoyer. Blé daîis les paniers de -paille. Fondé suv ce que la paille est le plus mauvais conducteur de la chaleur, l'abbé "S'illin a imaginé d'en former des paniers d'une certaine grandeur pour y conserver le blé. Ces paniers ont la figure d'un cône renversé, et peuvent en contenir jusqu'à deux seliers environ, mesur» de Paris.

Chaque panier est composé de rouleaux de paille de seigle, unis les uns aux autres par des liens flexibles d'écorce de tilleul ; vers l'endroit où ce panier se rétrécit, il y a extérieurement un rebord de paille qui les retient

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sur le montant j le Iiaut du panier, qui est la base du cône, est recouvert d'un clayon dont l'usage est d'empêcher les chats d'y faire leurs ordures.

Ces paniers se de'montent; ils sont de deux ou trois pièces hécs par allaclics,- et par ce moyen on peut les entrer même par des portes étroites de grenier. Au miheu du panier, M. l'abbé Villin avoit coutume de placer du haut en bas un tuyau de paille forme' de differens faisceaux.

Les avantages de ces paniers sont 1° de tenir le froment net- 2° de le mettre à l'abri des chats, qui peuvent y chasser les souris sans le gâter, parce qu'ils n'ont pas la liberté d'y entrer j 3° d'en écarter la mite et le charançon, qui n'y trouvent pas leur retraite comme dans les murs et les planchers, et dont la multiplication ne peut y être grande, parce que ce froment est remué très-facilement • pour cet effet, on débouche toutes les planches à coulisses de chaque panier, on place des corbeilles sur ceux du plus bas étage , pour recevoir environ un huitième du grain. On remonte ce grain dans les paniers supérieurs ; on conçoit que les paniers ayant une forme conique , si on" laisse écliappcrunpeu de blé, tout ce qui est contenu est remué dans l'instant, les grains coulent les uns sur les autres, le blé a de l'air par les parois du panier • il en a par le tuyau de paille qui est au centre , et qui sert en outre de tljiermomèlre quand le froment s'échaulle

et fermente. Ce tuyau se couvre à son extre'mité d'une humidité qui l'annonce, alors on ote les coulisses pour le remuer.

Blé dans les souterrains. On a imaginé de soustraire le blé à l'impression de l'air en le mettant dans des fosses profondes, dans des puits, dans des citernes. 11 y a plusieurs méthodes pour réussir : la première, c'est d'asperger à plusieurs reprises la surface du monceau avec uirj certaine cpiantité dcau; le grain mouillé gonile et germe, les radicules présentent insensiblement une masse de racines et de tiges, qui se dessèchent,. et forment une croûte universelle.

Une autre méthode, préférable à la première à tous égards, consiste à couvrir le monceau de deux pouces de chaux ou de plâtre réduits en poudre très-fine, à mouiller par aspersion la partie extérieure de cette couche^ celle-ci alors ne permet plus l'accès de l'air extérieur.

S'il existoit des insectes dans le monceau de blé, ils périroient à cause du défaut d'air libre pour respirer , ou bien parce que leurs dégâts une fois faits, ils ne pourroient pas en recommencer de nouveaux.

En 1707 on découvrit dans la citadelle de Metz un magasin de blé qui y avoit été déposé en i523; le pain qu'on en prépaia parut assez bon. A Sedan on trouva pareillement une masse de blé qui existoit depuis cent dix ans : tous ces blés étoient recouverts d une croûte épaisse de quelques pouces ,

qui interdisoit la communication entre l'intérieur du monceau et l'air exle'rieur.

Ces moyens de conserver le blé le préservoient de bien des alternatives du cliaud et du Iroid, de la lumière et des insectes j mais ils le racornissoient et lui communiquoient les défauts qu'on reproche aux blés durs de plancher- ils en altéroient la couche supérieure , et laisoient contracter à la couche inférieure une odeur de moisi.

Maintenant que la composition physique du blé est mieux connue , qu'on a su ap-

{)récier les effets des agens conservateurs qu'on eur applique aujourd'hui , qu'il est facile de le garder en bon état un certain temps sans en sacrifier une partie, pourquoi tous nos efforts ne tendroient - ils pas vers les moyens de perfectionner ces agens , puisqu'il n'en coùteroit ni soius ni frais de plus \

Blé en sacs isolés.

Parmi les moyens proposés et adoptés pour conserver les grands approvisionnemens, il n'en est pas de plus économique et de plus conforme à la saine physique, à l'expérience, que celui qui consiste à mettre le blé, des qu'il est sec, bien criblé et ressuyé, dans des sacs propres et fermés , à distribuer ces s:ics par rangées droites dans le grenier , dont nous donnerons incessamment la distribution, en ne laissant que la place néecssiiire pour passer entre les murs. Ces sac;»

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doivent être isolés au moyen de petits morceaux de bois qu'on fixera à leur circonférence par un petit crochet attaché à leur extrémité, et qu'on mettra à la partie la plus saillante du sac.

Cette méthode de conservation n'est pas seulement applicable aux graminées, elle convient encore aux semences légumineuses , telles que les pois, les fèves, les haricots, les lentilles, etc.

Klle épargne du temps , dos soins , dos dépenses souvent emploj'l'cs en pure perte, pour les pratiques les plus vicieuses, quoique les plus usitées ; elle ménage de l'emplacement ; car c'est une vérité démontrée que les grains, divisés en petites masses, s échauffent, fermentent moins aisément que quand ils sont amoncelés; que les sacs isolés doivent être considérés comme autant do petits greniers renfermés dans un grand, et (|ue le même local peut contenir du blé en sacs une fois autant que lorsqu'il est répandu sur le plancher en couches plus ou moins épaisses.

En parcourant l'histoire des siècles les plus reculés , on verra que ces urnes , ces jarres, ces corbeilles dans lesquelles les anciens serroient leurs provisions de blé; que les difïérens procédés mis en usage par les modernes, pour le conserver en épis dans la paille, au vent, dans des nattes en forme de paniers , dans des citernes revêtues iiitérieureraent de paillassons, dsms des barils^

dans des caisses, des magasins à conipartimens , sont fondes absolument sur le principe de la méthode des sacs isoles.

Conservation du hJé par Vintermcde de la chaleur.

Blé exposé au soleil. Quelque parfait que soit le blé au moment de la récoite, il est toujours avantageux que l'hiver ait passé dessus pour le consommer; mais le pauvre ]iabitant de la campagne , qui n'a pas le temps d'attendre, se jette sur le grain aussitôt qu'il est coupé ; peu de temps après les maladies l'assiègent de toutes paris ^ il ignore que c'est à l'usage des grains nouveaux qu'il faut en attribuer la cause -, pressé alors de le faire servir à sa nourriture, il devroit avoir toujours la précaution , avant de l'envoyer au moulin, de profiter de quelques jours de beau temps, et de l'étendre sur des draps au soleil , qui en fait dissiper l'eau de végétation qu'il perd insensiblement à la grange ou au grenier dans l'espace^ de six mois.

Quand bien même il ne devroit résulter de la précaution d'exposer les grains trop nouveaux au soleil qu'un avantage pour la santé, ne seroit-ce pas une raison sulUsante pour s'empresser de l'employer ? Mais 1 éco- • nomic y trouvera également son compte j le blé humide se comprime au moulin un lieu de se rompre; eu le dcsséchaixt

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comme nous le recommandons, la farine qui en proviendra sera plus abondante, et donnera du pain de meilleure qualité'.

Les bk's mal crible's qui ont contracté à leur superficie une odeur de moisi ou d'insectes, qui sont recouverts par la carie ou le charbon, ou salis par une poussière^ ne donnent que des résultais médiocres, à moins qu'on ne les lave à grande eau dans des baquets ; ceux qui ont à leur disposition une fontaine doivent s'en servir de préférence, l'opération va plus vite et est plus efficace ,• le grand point est de remuer et de froisser vivement les grains les uns contre les autres , et le courant de l'eau entraîne -la poussière et les œufs des insectes. Ce grain égoutte au moven de mannes d'osier a mailles serrées.

Blé à Vétiwe. L'humidité ayant été regardée de temps immémorial comme un des principaux instrumens de l'altération du blé, et le transport ne pouvant s'en faire au loin, surtout quand la récolte a été pluvieuse , et que le grain provient des pays froids , sans subir des avaries , l'air sec et toutes les opérations du grain deviendroient insuffisantes pour enlever ou combiner sur-lechamp cetle humidité surabondante, et prévenir la germination qui en e^t la suite inévitable; il faut donc lui administrer un secours plus actif que le pelage et le criblage ; le feu, dans celte circonstance, est le moyen le plus efficace : il le met d'abord

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en état de se conserver, de se transporter^ de se moudre avec plus de profit , et de fournir ensuite des résultats moins médiocres^ car il est inutile de se faire illusion, un blé qui n'a point été récollé sec ne pourra jamais réunir toutes les qualités que possède celui qui n'a pas été nourri d'eau; il est impossible aux soins, à l'intelligence et à Fart de restituer à l'un de ces principes constiluans ( la matière glutineuse ) ce qu'une disposition à la germination lui a enlevé, matière qui joue le plus grand rôle dans la panification, et sans Ja présence de laquelle le pain seroit toujours compact, d'une cuisson difficile , et peu savoureux.

Le blé à l'étuve augmente d'abord de volume j l'humidité qui tient le grain dans cet état qu'on appelle blé nouveau, s'évapore,mais celle qui lui appartient essentiellement, et qui n'auroit fait que disparoître à la longue en se combinant plus exactement, est forcée de quitter son agrégation par un degré de chaleur que n*a aucun climat, ce qui opère le dessèchement désiré qu'on ne peut obtenir, soit en Italie, soit dans les pays septentrionaux , que par le moyen de fétuve , qui , éva|X)rant ces deux espèces d'humidité , apporte dans la constitution du grain un dérangement réel, dérangement dont le germe se ressent le premier.

Mais les partisans de l'éluve ont étendu son pouvoir beaucoup trop loin, en prélendant qu'elle étoit encore eu état de mettre le grain

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à l'abri des insectes , de faire même mourir ceux qui s'y éloient déjà introduils ; qu'on pourroit aussi l'abandonner au grenier sans avoir besoin de le remuer ni de le travailler : une suite d'expériences et de recherches ont prouve' que le blé e'tuvé n'en est pas moins susccpliljle de devenir la proie des insectes, et que pour en faire périr la totalité il falloil pousser la chaleur jusqu'à quatre-vingt-dix degrés, ce qui desséchoit trop le grain et le loiréfioit pour ainsi dire ; qu'enfin le grain, dépouillé de son humidité par la chaleur de l'éluve , ne tarde pas à reprendre une grande partie de celle qu'il a perdue ; qu'abandonné eu couches dans un grenier sec, il n'en étoit pas moins propre à s'échaufter , à fermenter si on oublie de l'y remuer ; tous ces faits, attestés par les témoignages les plus irréprochables , et constatés par des procèsverbaux d'expériences, sont justifiés par de nouveaux essais.

Blé au four. Le succès des expériences faites par Duhamel et ïillet démontre qu« quand le criblage est insuffisant pour débarrasser le blé des insectes qui s'en sont emparés, il faut préférer le four^ d'ailleurs, cette opération éloigne toute idée d'embarras et de dépense : le four est un instrument placé dans presque toutes les maisons, chacun peut disposer de la chaleur de celui de son voisin , qui scroit perdue sans cet emploi ; mais on ne sauroit trop souvent i'apl>cler aux particuliers accoutumés à pré-

parer le pain à la maison l'invilalion près* santc de se me'nager au-dessus du four une espèce de chambre , dùl-on , comme chez beaucoup de boulangers de Paris , baisser le four au-dessous du sol, en le faisant égaliser et carreler , en élevant des murailles de six pieds, en prolongeant les ouvas par le moyen de tuyaux de j^oèle j c'est ainsi qu'on auroit l'avanlage de se procurer une étuve évidemment économique, dans laquelle les grains trop humides ou nalurelletncnt gras et visqueux acquerroicnt en moins de vingtquatre heures la faculté de se moudre avec plus de profit, et de fournir, moyennant cette dessiccation préalable, une farine plus parfaite, plus susceptible de se garder et de se manipuler ; mais dans tous les cas il seroit difficile de se servir des fours de boulangers des grandes villes, qui la plupart cuisent plusieurs fournées , puisque , quand le pain en est une fois retiré, ils y jettent du bois pour le sécher et favoriser son ignition. Voilà tout ce que j'ai recueilli sur le blé dans les sa vans et laborieux auteurs du Cours d'Agriculture • mais je ne puis me dispenser d'ajouter à ces détails un article qui semble contredire une grande partie des principes établis et reçus en France à cet égard. Par exemple , on vient de lire que le pli/s grand ennemi du blé est l humidité , et dans 1 article ci-dessous on soutiendra, d'après {expérience et l'usage universel de tout un vaste pays, que l'humidité augmente le volume,

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le poids , le prix et Ja bon lé du blé , et par conséquent celle du pain. Il s'agit d'up, pays cliaud ( l'Italie ) , et sans doule la diilérence des climats peut concilier des opinions en apparence si contradictoires. C'est aux auteurs mêmes du Cours d'Agriculture, à ces auteurs uniquement guidés par l'amour du bien public, que jo soumets cet article que j'ai écrit sous la dictée d'une personne aussi respectable par l'étendue de ses lumières et par ses profondes connoissarices que par son rang émineat j une personne enfin qui , pendant quinze ans , a gouverne' en Italie une grande terre qu'elle y possède encore.

Manière dont on gouverne et dont on conserve le hlé en Italie,

En France , surtout dans les départemeiis niéridionaux , la moisson ne se fait que dans le mois d'août; on y sème les terres dans le mois de septembre; on ne pourvoit donc j)as, durant ce court intervalle, consacrer six semaines pour y achever la récolte du blé. Aussi l'usage e^it-il de renfermer les gerbes dans les granges pour les battre au nioment où l'on veut vendre le blé , et l'on conserve ainsi plus aisément \qs, pailles , qui' ont une grande valeur pour la nourriture des chevaux.

En Italie, au contraire, la moisson se fait ^u commencemcat de jnin^ on achève ausin. 25

sitôt les travaux relatifs à cette re'collo, dans laire où l'on bat immédiatement les^^crbcs, sans attacher aucune importance à la conservation des pailles , (jui ne servent qu'à l'engrais des terres.

Ce hle'^ ainsi recueilli au milieu des ardeurs do la canicule , est d'une extrême se'clieressc quand on le mesure après l'avoir vanne'. Au lieu de le renfermer dans un ^^renier, on le dépose quelquefois dans un puits, mais plus communément d.uis un mai^asin carrelé au rcz-de-cliaussée. On ferme les fenêtres de ce magasin avec hfaucoup de soin pourempcc])cr le blé de séclior davantage, et on ouvre \cs fenêtres toutes les fois qu'il y a du brouillard ou de la pluie. Lorsqu'on introduit ainsi un air humide dans les magasins à blé, on remue tous les jours de gauche à droite, de droite à gauche, avec une pelle , ce grain, qui n'est jamais entassé qu'à un pied et demi de hauteur, alin que l'humidité puisse le pénétrer plus aisément. Cette opération se fait presque tous les jours durant tout le mois de novembre , ordinairement très-humide. Ce blé ainsi remué ne germe jamais dans les magasins , parce que ce mouvement arrête toute végétation; mais il augmente tellement de volume et même de poids, qu'en le mesurant , pour le vendre tout à la fois ou progressivement depuis le mois de décembre jusqu'au mois de mai, on y trouve toujours un accroissement de cinq à huit pour cent, selon l'humidité du magasin^ soit qu on vende

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lu blc à la mesure ou au poids (i). Ordinairement les propriétaires conficiit la garde de leurs magasins à ble' à un boulanger , qui se ebarge de remuer le Jjle' , qui eu paie l'accroissement au propriétaire à raison de cent pour cent d'excédant , et le reste de l'accroissement devient le salaire de l'cntrctica du magasin.

Le même accroissement ne peut avoir lieu en France dans le système actuel , parce qu'en y conservant dans des granges très-sèches les gerbes cliargées de leurs grains, ce grain, attaché ainsi à l'épi qui l'a produit , ne peut augmenter de poids iii de volume ; mais il n'est pas douteux que le même accroissement n'eût lieu si l'on pouvoit battre les gerbes dans l'aire , et si l'on déposoit le blé au rezde-chaussée dans des magasins susceptibles de contracter ]a même humidité , au lieu de l'entasser dans des greniers Irès-éicvés et trèsmal fermés , et où l'humidité ne peut jamais pénétrer.

Il faut ajouter à ceci que le pain d'Italie passe pour être le meilleur de l'Europe ; qu'il est en effet excellent, et que la farine provenue de ce blé si gonllé d'humidité est si bonne et si fine qu'on ne peut faire avec

(i) Ou lit dans lu Dictionnaire de Bomare qu'à qtvanlitë pareiUe une poign»5e de blé humide pc3î moins qu'une poignée de blé paiiaitemeul sec^ il ajoute qu'on n'a pu jusqu'ici expliquer ce fait , m\ii!6 ce prétendu fait est bien déntenli \)SiV les faits iuconivstablçs Jçu'v ou vieul de lire le dclail.

aucune de celles des autres pays ces pales renommées qui ne soûl parfaites qu'en Italie.

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