‹ Maison rustique, pour servir a l'éducation de la jeunesseChapitre 33 sur 39 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

Des seigles j épeaiitres,maïs, orges, avoines , et riz.

Les méthodes que nous avons indiquées pour la culture du froment peuvent s'appliquer avec succès aux autres plantes graminées. Le seigle semble tenir le premier rang après le froment , quoique le maïs doive obtenir cette préférence^ par son rapport et son utilité.

La différence qu'il y a entre le seigle et le fi'oment^ c'est que sa tige est plus Laute^ son ej)i plus plat, toujours barbu , son grain plus luible et plus nu, et qu'il n'exige pas de3 terres aussi fortes ; que les terres légères et sablonneuses lui conviennent à merveille, et (pe, comme la nature a tout placé avec ordre, la maturité du seigle s'annonce plus lot que celle des blés, à la récolte desquels les piilles des seigles sont utiles pour former le lien des gerbes de ceux-ci.

Le seigle est sujet à l'ergot , maladie dont les conséquences sont funestes à la santé ; nous en avons parlé dans le chapitre précédent, Nous faisous observer néanmoins que;

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Jpouf prévenir la d%énércscence du seigle , il ne faut jamais le semor deux années d« suite dans le même champ.

L'épeaulie est une des espèces annuelles du froment dont l'épi est un peu comprimé et dépourvu de barbes , ou du moins, s'il en a., clios sont très-courtes , et seulement disposées dans sa partie sup('rieuro ; les petits épis qui forment l'épi général sont composés de quatre fleurs , dont deux ou trois tout au plus sont fertiles. Le pain qu'on obtient de ce grain , quand il est parfaitement nettojé, est très-blanc et d'une facile digestion.

Le maïs est ce qu'on appelle improprement en France blé de Turquie , blé d'Espagne , millet des Indes. Il est originaire d'Amérique. Son rapport est excellent^ puisque, dans les bonnes terres , il donne mille quarante pour un, et moitié dans les terres médiocres.

Cette précieuse plante, outre son rapport étonnant, permet qu'on obtienne entre ses rangées une double récolte d'autres végétaux ; elle réussit parfaitement dans les interlignes des pomme^-de-terre.

Semée dru, elle est un excellent fourrage pour les bestiaux , qui la préfurent à tous les autres ; ses tiges servent à chauffer les liabitans de la campagne.

Son grain sert avec succès à la composition de la bière, à faire du pain, des bouillies saines et salutaires , des galettes, etc. j ceux qui n'ont pas le degré de maturité convenable nourrissent et engraissent les volaiile>;

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il ponL remplacer l'avoine pour les clicvauXy quand il est concasse.

Le temps des semailles du maïs est à la fin do mars , ou au plus tard en avril, parce qu'il faut que la terre ait acquis un certain <le^ré de chaleur qui puisse protéger la plante contre les rij:,'ucurs du froid , dont elle est infiniment susceptible- et par !a mcme raison il faut que sa maturité ne soit pas prolon^^éc jusqu'en automne , dans la crainte que les premières gele'es ne détruisent l'espoir de 1a Jt'colte.

On sème le ijrain de maïs par rayons , fim après l'autre, à deux pieds et demi en tous sens ; on recouvre ensuite avec une seconde charrue. Ceux qui ne se serviront pas de cet instrument , ce qui vaut beaucoup mieux , planteront au cordeau , à la distance d i:n pied et demi , en faisant avec le plantoir un trou dans lequel ils mettent le grain , en le recouvrant d'environ deux pouces de terre, afin de le f^arantir des animaux voraces. Il exige auparavant des hdiours de culture, dont le but est de fortifier les tiges et de leur faire rapporter des épis abondans , en rendant la terre pkis ameublie, et conséquemment pUs dispose'e à absorber les principes vitaux répandus dans l'atmosphère, de la purger des herbes parasites , qui enlèvent à la plante sa substance , et empêchent sa racine de respirer et do s'étendre ; enfin , de rehausser la tige , pour lui conserver de la fraîcheur et la raflcrmir contre les secousses des orages.

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Ces labours de culture doivent se repëler jusqu'à trois fois : le premier, quand les plan!s ont acquis trois pouces de liauleur; le second , lorsque le maïs aura un pied environ; le troisième et le plus nécessaire, quand le grain commence à se former dans fépi : c'est aussi à cette époque qu'on peut planter dans le3 espaces vides qui sont entre iCS pieds différons végétaux , tels que haricots , lèves , courges, raves, etc.

On fait la récolte du maïs quand , après avoir retranché les sommités de l'épi (retrarchement indiqué par les filamens qui commencent à sécher et à noircir), on aperçoit l'écartement de ses feuilles ou envelopj^cs , son grain dur , luisant , et ses feuilles jaunâtres.

L'orge est aussi d'une grande utilité pour le bétail et pour la préparation de la bière; sa farine s'assimile très-bien avec la farine du seigle et du froment ; il en résulte un pain inliniment meilleur cjue s'il étoit de fariné d'orge seulement. L'orge mondé sert aux bouillies. L'orge tient un rang distingué dans la médecine ; sa favinc est au nombre des quatre grandes farines résolutives.

L'orge coupée en vert , et donnée largement aux chevaux, mules, bœufs et autres animaux de labour, devient pour eux une nourriture très-saine, et qui vaut mieux que tous les remèdes imaginables ; l'orge leur tient constamment le ventre libre , les purge , les rafraîchit, et les met en état de supporter

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les clialeurs de Télë ; mais si l'orge est déjà on epi, si elle est prèle à fleurir, elle occa* ^ionncra à coup sur la courbure aux chevaux et aux mules : il faut encore prendre j^ardc de la donner au moment où elle vient d'é-^ Ire coupée ; il est nécessaire de l'étendre et de la laisser un peu faner , afin qu'une partie de son air de véi^étation ait eu le temps de se dissiper. Le grain supplée à l'avoine (ju'on donne aux chevaux 3 mis dans l'eau pendant vingt-quatre heures , il augmente le lait des hestiaux.

On compte trois espèces d'orges bien caractérisées : forge commune ou escourgeon , l'orge à deux rangs ou paumelle, et l'orge ou faux riz d'Allen.iagne.

Le temps propre aux semailles de ce grain varie suivant les localités; cependant on peut dire avec vérité que la première espèce , qui convient mieux aux contrées du midi , y réussit très-bien, lorsqu'elle est semée avant l'hiver ; que la seconde réussit bien dans celles du nord , et mieux encore quand elle est semée avant qu'après f hiver ; et que dans les pays froids et élevés elle est avantageuse semée avant Thiver , à cause du long séjouF des neiges.

Quant aux terrains qui conviennent à la culture de l'orge, l'escourgeon demande une bonne terre, qui ne soit ni trop forte, m trop tenace , ni argileuse ; la paumelle n'exige pas un sol si fertile , et s'accommode mieux des terrains légers. Au reste, cette espèce de

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grain effrite Lcaiiconp la terre , et absorbé une grande quanlité d'humus ; aussi les cultivateurs instruits ne le sèment-ils jamais deux fois de suite dans le même endroit. Il réussit parfailement dans les cliamps où l'on a cultive' des pommes-de-terre ^ il exige beaucoup d'engrais et des labours profonds.

V^oyons maintenant l'avoine : le botaniste peut en distinguer seize espèces 3 mais l'agriculteur n'en connoît que quatre : l'avoine blanche , l'avoine noire , la brune et la rouge. La plus estimée est celle dont la couleur approche davantage de la noire ou de la brune.

La culture de cet utile grain varie tellement qu'on trouve j en rapprochant les principes , des nuances considérables : dans certains pays on destine aux avoines les terres maigres j dans d'autres , les fortes • toutes te'ussissent plus ou moins , selon l'influence atmosphérique , qui est plus forte que toutes les méthodes. En effet , lorsque l'année est pluvieuse , les terrains maigres donnent de belles avoines; si elle est sèche, la récolte sera abondante dans les terres fortes , parce qu'elles retiennent l'humidité dans leur intérieur j ainsi, tout en général est relatif. On doit cependant considérer que les racines de l'avoine tallent beaucoup; que c'est là le signe caractéristique d'une bonne récolte ; dès lors un terrain maigre , dur ou argileux ne lui convient pas autant qu^un fonds fertile et bien ameubli, qui fournit à la plante les siibstauçiç^

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nutritives n<'ccssaircs à sou développement, en rendant sa paille bonne, etson grain mieux rempli et plus farineux.

L'avoine tallant comme leble, ete'puisant également la surface , sans rien tirer de la terre inférieure, il est nécessaire (ralterner, ainsi que nous l'avons conseille dans le troisième chapitre : c'est de cette alternative des plantes à racines pivotantes et de colles à racines fibreuses, que dépend le succès de l'agriculture.

Le temps des semailles de'pend, en ge'nér rai, de la hauteur du climat qu'on habite, de l'intensité de la chaleur et du froid , de la durée de l'un ou de l'autre ; c'est-à-dire que sur les hautes montagnes de la France, si on semoit avant l'hiver, la neige et les gelées feroient périr le grain en terre ; ainsi , le niois de février, qui sert d'époque à la plus grande partie des cultivateurs , est une époque nulle pour ces pays hauts et montagneux , où l'on peut tout au plus ouvrir la terre en avril.

Dans le midi de la France la chaleur oblige de semer en octobre : si on attendoit Tépo^que ordinaire, le grain ne produiroit qu'une récolte médiocre, parce que la chaleur avanceroit trop la végétation, et la jilante se hàteroit de monter en épi.

Dans tous les cas, on ne risque rien de semer l'avoine avant l'hiver, pourvu ([u'on n'ait à craindre ni les inondations ni les rigueurs du froid, parce que les racines, qui

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ont travaillé pendant l'hiver, ont acquis de la force et de l'embonpoint- les tiges en profitent, à moins que les cfi'cls des météores ne s'y opposent; dès lors on est sûr d'avoir un grain mieux nourri et trcs-abondant, surtout parce qu'il aura plus de moyens de résister aux chaleurs et à la sécheresse du printemps et de l'été.

Dans la majeure partie des cantons qui avoisinenl Paris on sème en mars , parce qu'il y pleut souvent, et qu'alors les semences tardives y réussissent mieux.

Il faut, dit le proverbe, un homme alerte pour semer l'avoine, et un homme lent pour semer l'orge ; c'est-à-dire qu'il est absurde de semer l'orge aussi dru que l'avoine. Ep effet, ceux qui ont suivi cette plante savent qu'elle est garnie de chevelus , et que les pieds trop près les uns des autres s'épuisent mutuellement.

Les avoines ont besoin d'ctro chaulées , ainsi que le blé, attendu qu'elles sont également sujettes au noir et au charbon, dont les effets sont très-pernicieux. Une autre précaution qu'il faut prendre, c'est de ne p^s les semer telles qu'elles sortent du grenier, parce qu'une grande partie de ces semences sont en pure perte. Il faut donc les passer à l'eau, lever avec de larges écumoircs toutes celles qui surnagent, les fiiire sécher ou les donner aux oiseaux de basse-cour; les bons grains qui se seront précipités au fond du vase devront; au soitir de IcaU; être jetés daijs

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tine eau de cliauxj on les en retirera ensuite J)Our les mcltre à sécher, el aussitôt après t)n les sèmera. Dès lors on sera assuré que tout grain , enterré dans les proportions convenables, donnera une bonne récolte.

La méthode n'est pas unilorme pour le mo« hient de cette récoite. Les uns s'y prenaient avant sa maturité, et les autres à sa maturité même. La première méthode est appuyée sur un raisonnement faux, en ce que les cultivateurs prétendent qu'ils en perdent moins j mais ils doivent réfléchir que de toute manière il faut que le grain sèche avant d'être mis au grenier* que la dessiccation naturelle ne diminue rien de son volame ; qu'au contraire, quand le point de perfection de sa maturité n'est pas arrivé, le grain qui paroît plus gros au moment où on le récolte est diminué d'un tiers ou presque de moitié quand on le vend ou qu'on s'en sert pour la nourriture des bestiaux de la métairie. Il est vrai que lorsque l'avoine est mûre il s'en perdj mais si on se sert de la faux indiquée, et qu'on renonce à la faucille ( ce qui a déjà lieu en nombre d'endroits ), la perte sera infiniment moindre, surtout si on saisit le moment convenable, et si la saison n'est pas contraire. La culture du riz seroit d'un avantage considérable si les inconvéniens qui en résultent ne le surpassoient de beaucoup. Pour pouvoir cultiver le riz il faut des terrains unis et bas ; il faut inonder les rizières jusqu'au moment de lu récolte. Les émanations qui pro-

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viennent du séjour des eaux stagnantes occasionnent des lièvres licrces continuelles. Les habitans du ci-devant Forez, et du Languedoc en ont fait la triste expérience ; les visages pâles et décharnés de ceux du Piémont attestent les cruels résultats de la culture du riz, dans ces cantons.

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