‹ Maison rustique, pour servir a l'éducation de la jeunesseChapitre 35 sur 39 · CHAPITRE XVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIII

De la culture des semences huileuses.

Parmi les plantes à semences huileuses qui? l'on a coutume de cultiver, on distingue le lin, le chanvre y le colza , la navette , X œillet on pavot , etc. Avant de procéder à la culture du lin ou doit bien connoîlre la qualité de la terre que l'on veut employer , distinguer les^ climats et le but qu'on se propose , c'est-àdiro si ou veut avoir une bonne graine et eh quantité, ou si l'on désire du lin haut en tige, ot qui donne beaucoup de fdasse , ou enfin si l'on veut se procurer du liu à tiges moyennes, et à filasse fine.

Lin.

On cultive le lin pour la filasse que fournissent ses tiges , filasse avec laquelle on fart les plus belles toiles connues, et pour sa graine, qui donne une huile propre à un grand nombre d'usages.

Dans Je premier de ces cas, l'objet principal est d^avoir, ou des liges très-hautes, afin que la filasse soit très-longue , ou des liges ^Ths - grêles ^ afin que la filasse soit plus fim.

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Dans le second tic ces cas le but doit ctrc d'avoir le plus grand nombre de capsules possible.

Les circonstances déterminent trois modes particuliers de cultiver le lin , et indiquent les variétés qu'il faut prefe'rer.

On distingue ge'néralement trois variétés de lin dans les pays où l'on cultive le plus cette plante.

Le lin froid , ou le grand lin , a les tiges très-elevees , peu garnies de graines. Sa vcge'lation est d'abord lente , et ensuite très-rapide ; il miirit le plus tard. C'est avec lui qu'on fabrique ces belles batistes , ces superbes dentelles qui enrichissent la Flandre.

Le lin chaud , ou le têtard , a les tiges peu élevées , rameuses , très-garnies de graines. Sa végétation est d'abord très-rapide , mais elle s'arrête bientôt ,• il mûrit de très-bonne heure. C'est lui qu'on devroit cultiver exclusivement lorsqu'on veut obtenir de la graine ; mais comme la fdasse qu'il fournit est trcscourte , il est peu d'endroits où on le préfère.

On appelle lin moyen celui qu'on doit regarder comme le type de l'espèce , car il se rapproche infiniment de celui provenu des graines que m'a ri mises M. Olivier. Il tient le milieu entre les deux précédentes. C'est lui qu'on cultive le plus fréquemment dajis le midi de la France , et même partout , hors quelques cantons.

En Irlande , où l'on cultive beaucoup de lin pour alimenter les nombreuse; fibriques

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de toiles qni y existent, on divise cliflcremmcnt les variétés du lin. La meilleure de loutes est appelée avisent pale, ensuilc le lin de HoUatulc pelle , et le lin de Hollande blanc ^ puis \c Pétersbourg a douze têtes , le Marienhourg , enfui la Neiva , qui donne \ipo filasse grossière.

Une terre lei;èrc , mais cependant trèsfertile et un peu IVaîclie , est la seule qui coi)vienne au grand lin^ lorsqu'on veut qu'à la longueur il joigne la finesse.

Une terre substantielle est celle qui convient au lin moyen et au lin têtard , dans le plus grand nombre de cas. Lorsqu'on sème ces trois sorles de lin dans une terre le'gèrc ctsèclie, la tige s'élève peu, mais la filasse est fine.

Lorsqu'on sème très-serre' ces trois sortes de lin , on a de la filasse plus fine , mais plus cassante , et peu de graine.

Le défaut et l'excès de feau sont égalcraent à redouter dans la culture de cette plante ; voilà pourquoi elle manque si souvent ^ et qu'il est dos pays où on ne peut l'entreprendre avec succès ; voilà pourquoi il faut toujours élever la terre au moyen des ados , et creuser des sillons de décharge dans les terrains qui retiennent l'eau.

On fait mieux encore dans le Nord. L^es plantes sont tenues fort étroites et élevées pir la terre des fossés de deux ou trois pieds do profondeur qu'on creuse à fentour. Ces fossés donnent fécoulement aux eaux , quand elles

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sont trop abonclaiilcs , et les 'retiennent , aii moyen du comblement de leur dc'chari^e , lorsque la sécheresse commence ; par là , le lin se trouve toujours dans une humidité égale et très-favorable à sa végétation. Cette excellente pralicpie mérite d'être imitée , mais toutes les localités ne s'y prêtent pas.

Dans quelque nature de terre et sous quelque climat que ce soit , on ne peut trop multiplier les engrais végétaux ou animaux , car leur excès est toujours avantageux à l'abondance des produits , et ne nuit jamais à la qualité. L'excès de la dépense doit seul arrêter dans cette opération. Le fumier le plus consommé est le meilleur dans les terres légères , et celui à moitié consommé dans les terres fortes.

Des labours multipliés et croises sont indispensables dans les terres fortes ; car plus la terre sera divisée ou ameul)lie , et plus le Hn y sera beau. Dans les terres légères , ces labours sont moins nécessaires 3 mais il eu faudra toujours au moins deux , dont le second enterrera le fumier. Le premier de ces labours sera profond , pour ramener à la surface la terre inférieure^ qui amende toujours par son mélange celle de la surface , à moins que ce ne soit un tuf ou un sable manifc^tejnent infertile.

Dans quelques parties de la Flandre on sème dans des terrains sablonneux du lin qui vient très-bien , quoique sans emploi d'engrais, mais ces terrains sont défoncés de deux

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pieds; ainsi c'est dans une terre presque neuve qu'il végète. On sème en même temps que lui des carottes. C'est eu mai que se font ces semis.

En Irlande on regarde les terres argileuses comme les plus convenables pour semer la graine de lin qu'on tire de Hollande , et les terres sablonneuses comme les meilleures pour celle qu'on tire d'Amérique. Il seroit difficile de rendre raison de cette pratique. Là , on le sème , ou sur un seul labour après une récolte de pomraes-de-lerre ou d'orge , ou sur trois labours après une jachère. On a remarqué une augmentation de produit après les pommes-de-terre , ce qui rentre dans les principes qui guident les Flamands.

Les agriculteurs sont divisés sur l'époque la plus convenable pour semer le lin. Les uns le mettent en terre avant l'hiver, c'est-à-dire en septembre et en octobre , c'est le lin d'hiver; les autres au printemps, c'est-à-dire depuis mars jusqu'en juin, c'est le lin d'été. Dans ces deux cas , au reste , il faut choisir un jour où la terre n'est pas trop humide , afin que la herse la divise mieux , que le rouleau et les pieds des chevaux ne la compriment pas trop. Il seroit difficile de dire laquelle de ces deux époques est généralement la plus avantageuse, car le climat et la nature du sol doivent en décider; je dirois même les circonstances atmosphériques , s'il étoit donné à l'homme de les connoître d'avance.

En effet , dans un climat sec et chaud , ni. 27

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dans les pariics méridionales de la France , par exemple , ou dans une terre trës-le'gère , il doit ctrc avantageux de semer avant l'hiver;,alin que la plante profite des pluies de cette saison , et ait acquis assez de force pour aller clierclier profonde'ment l'humidité qui lui est nécessaire , tandis que , dans un climat froid et humide, dans une terre argileuse, il faut attendre que l'eau surahondante se soit évapore'e ou infiltre'e , puisque, ainsi que je l'ai observe' plus haut , celte eau nuiroit à la ve'gétation de la jeune plante : il est cependant bon d'observer que l'expe'rience a prouve' que plus le lin restoit en terre , plus sa filasse étoit abondante et bonne , et plus ses graines étoient nombreuses et huileuses ; et que des que les grandes chaleurs sont venues le lin cesse de croître en hauteur , qu'il ne fait plus que perfectionner sa tige et sa graine. C'est aux esprits re'fle'chis à tirer de ces deux observations le parti qui conviendra et à la situation et à la natuie de la terre qu'ils veulent cultiver en lin.

Quelquefois le plus beau semis de lin , fait avant l'hiver , se de'truit entièrement pendant cette saison , et il faut par conse'quent le recommencer au printemps. Deux causes concourent ensemble ou se'pare'ment à cet accident. La première , ce sont les gelées trèsfortes lorsque la terre n'est pas couverte de neige. La seconde est l'alternative du gel et du dégel , alternative qui déchausse le pied de la plante, l'arrache même complètement.

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Il y a clans les propriétés de ma famille , aux environs de Lanières , des terres où il a toujours été' impossible de cultiver du lin d'hiver par cette dernière cause, quelques précautions qu'on ait prises. Je crois que cette cause agit bien plus fréquemment que la première.

Ces circonstances font que , dans le nord ;, en Flandre, par exemple, on sème rarement, ou mieux jamais , le lin avant l'hiver.

Le choix de la semence est un article do première importance dans la forte culture dont il est ici question. D'abord on voit qu'il ne faut pas que les différentes variétés de lin soient mélangées , puisqu'elles mûrissent à des époques et s'élèvent à des hauteurs différentes. Ensuite on sent que le lin têtard ne rempliroit pas l'objet d'un fabricant de dentelles , ni le lin froid celui d'un marchand d'huile. On est généralement dans l'opinion et cette opinion est fondée sur l'expérience , que la graine de lin dégénère lorsqu'on la sème plusieurs fois de suite dans le même climat. Voilà pourquoi les cultivateurs de Flandre, qui veulent avoir le lin le plus haut et le plus fin possible, tirent toutes les années de la nouvelle graine du nord de l'Europe , principalement de Riga , dont les environs passent pour fournir la meilleure , c'est-à-dire la plus appropriée au but de ces cultivateurs.

Chez eux , on appelle lin de fin celui qui provient du semis de cette graine importée, et lin de gros celui qui résulte du semis de la graine produite dans le pays. Les plus

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rigoureux de ces cultivateurs livrent même, dit-on , aux fabricatours d'huile la graine de la seconde géne'ration , pour ne pas altérer la finesse de leur filasse , et conserver la réputation de leurs cultures.

Un observateur qui a écrit sur la culture du lin en Hollande prétend que , pour avoir de la bonne graine , il faut semer le lin dans une terre argileuse ; il a sans doute entendu dire dans une terre forte, c'est-à-dire une terre qui contient un quart ou un cinquième d'argile.

Il résulte de ce qu'on vient d'observer que lorsqu'on veut avoir du beau lin dans les trois variétés ci-dessus énoncées , il faut choisir la plus belle semence de chacune de ces variétés. Gomme cette semence renaît facilement , il faut de plus n'employer que celle de l'année ; cependant des expériences positives prouvent qu'elle peut se conserver trois ou quatre ans lorsqu'elle est tenue dans un Ijeu sec et aéré , et encore mieux dans les capsules. L'habitude ne permet pas de se tromper sur ses qualités à ceux qui en font commerce j ainsi il ne s'agit que de s'adresser à un marchand honnête pour en avoir de celle que l'on désire.

La quantité de graine de lin qu'il convient de confier à la terre dépend de sa qualité , de la nature du sol et du but qu'on se propose. Ainsi , supposez qu'elle soit excellente , <;n en répandra moins sur une terre maigre ; et lorsqu'on veut tirer parti de la graine de la récolte, on compte que vingt-cinq livres, terme

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moyen , suffisent pour dix mille pieds carre's dans la culture ordinaire, tandis qu'il en faut le double pour faire du lin de fin en Flandre.

On sème la graine de lin positivement comme le blé, c'est-à-dire à la vole'e , sur des plancbes plus ou moins larges , mais toujours un peu bombées dans le milieu. On la recouvre avec la herse , et on brise au maillet les plus grosses mottes qui se trouvent à la surface. En Flandre on fait les planches plus étroites , plus plates , et on en travaille la surface au râteau pour la rendre plus meuble et plus unie. Dans quelques lieux on répand sur ces planches de la menue paille , des branches d'arbres, etc., tant pour garantir la semence de la voracité des quadrupèdes ou des oiseaux qui la recherchent , que pour abriter le germe de l'ardeur du soleil et le défendre des effets des pluies violentes. On doit foire en sorte que toute la semence soit enterrée , mais très-peu , car lorsqu'elle l'est de plus d'un demi-pouce elle ne lève pas.

La graine de lin , lorsqu'elle est semée un peu avant la pluie ou sur une terre humide ( et on doit faire en sorte qu'elle le soit ) , ne tarde pas à lever. Le plant qui en provient est sarclé une ou deux fois , selon le besoin, dans sa première jeunesse j mais lorsqu'il a acquis six pouces de haut on ne peut plus faire cette opération sans inconvénient. A cette époque il est quelquefois infesté de cuscute ( augure de lin ) , qui en fait périr de grandes quantités. Le seul remède, c'est

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d'arracher loul le plant attaqué des qu'on peut le distinguer j car lorsqu'on laisse cette plante parasite s'étendre^ elle est dans le cas défaire perdre la récolte d'un champ entier.

Quelquefois, surtout dans les pays chauds, le lin, au sortir de terre , est coupé par un insecte que l'on ne connoît pas. Olivier de Serres recommande de semer de Ja cendre sur le sol pour mettre obstacle à ses ravages, et j'ajouterai que la suie de cheminée produiroit encore mieux cet effet.

Une sécheresse prolongée peu après que le lin est levé le fait souvent complètement périr j quelquefois ce n'est que par place. On appelle cet a.ccid.eutjlambe dans quelques endroits.

Lorsqu'on cultive le hn têtard ou le lin moyen dans une terre médiocre , encore lorsque ce dernier, quoique dans un bon sol, est semé clair, il ny a plus rien à faire jusqu'à la récolte ; mais quand on a du lin froid, qu'on sème toujours très-épais en Flandre , ou du lin moyen , semé de même dans un excellent terrain , il faut encore suppléer à la foiblesse des liges (qui s'élèvent beaucoup relativement à leur grosseur ) contre les eflets des vents ou des grosses pluies , par le moyen des perches parallèles , perches fixées à dix-huit ou vingt pouces de terre , au moyen de piquets placés autour des planches à un ou deux pieds de distance, plus ou moins , selon la hauteur présumée que devra acquérir le plant. Ces perches, d'un bois léger , ordinairement de saule, sont atta-

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cliees aux piquets , par leurs extre'mités, avec du jonc ou de l'osier, et ne s'enlèvent qu'après la re'colte du lin.

S'il y a possibilité d'arroser le lin par irrigation y pendant les se'cheresses , on devra en profiter, mais non quand il est en fleur, parce que cela empccheroit la graine de nouer.

Cependant , lorsqu'on ne cherche que la finesse de la filasse , il est souvent avantageux de l'arroser dans cette circonstance, les tiges profitant de la sève qui devoit servir à la formation et à la nourriture de la graine.

L'époque de la maturité du lin dépend des climats , des années , de la nature du sol , du temps des semis , etc. On ne peut donc jamais l'indiquer d'une manière précise^ ordinairement cette maturité est annoncée par le changement de couleur de la tige , la chute d'une partie des feuilles , l'ouverture naturelle d une partie des capsules ; cependant ces caractères ne sont pas tellement rigoureux qu'ils ne puissent induire à erreur.

En général chaque localité offre , à cet égard, un usage fondé sur l'expérience, de sorte que , si on en consultoit plusieurs, on seroit embarrassé pour choisir. Voici les principes : plus la graine est grosse et pesante , et plus elle vaut pour faire de l'huile et pour être semée ; or , elle acquiert de la grosseur et de la pesanteur tant qu'elle reste attachée à son placenta , et elle y reste attachée tant que la capsule n'pst pas ouverte : il faut donc ne récolter le lin , principalement semé

pour la graine, que lorsque la moilie doses capsules commence à s'ouvrir.

11 en est de même quand on cultive le lin uniquement pour la filasse. C'est par un préjugé fondé sur une fausse théorie qu'on agit différemment ; en efïet , la filasse non mûre n'est pas plus fme que celle qui l'est complètement, et elle est plus cassante : c'est un fait prouvé par l'expérience.

Comme on sème souvent le lin froid, le lin moyen et le lin têtard ensemble, qu'ils arrivent à maturité à des époques différentes, et qu'ils sont d'inégales hauteurs, il est quelquefois nécessaire de les cueillir séparément, ce qui entraîne un grand emploi de maind'œuvre et une grande perte de matière : cette considération seule devroit empêcher ce mélange , si nuisible encore sous les rapports de la qualité de la filasse.

On ne connoît aucun lieu où l'on coupe le lin arrivé au point de maturité convenable; partout on f arrache avant cette époque, par poignées, qu'on couche sur le sol , ou qu'on réunit en petites bottes , pour , en les écartant en trois parties, les faire tenir droites sur le même sol : ces deux dernières opéra lions ont le même but, c'est-à-dire de compléter la maturité , ou si on Acut le dessèchement des tiges et des graines , el de faire tomber les feuilles encore attachées aux premières. Dans un endroit où la culture de celte plante n'a pas une très-grande étendue, on préfère de l'apporter à la maison , pour

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la faire sécher dans les cours et dans les jardins , même dans des granges , sous des hangards, etc., et pouvoir la garantir plus facilement des coups de vent^ des pluies violentes , des voleurs , etc.

Dès que la plante est suffisamment dessécLe'e , on bat ia graine , soit dans le champ même , sur de grands draps e'iendus sur le sol , soit dans la grange, où on l'a appoite'e dans des voitures garnies de draps.

Le plus souvent , les instrumens employés à cette opération sont le banc sur lequel la famille s'asseoit à table, et le battoir dont la ménagère se sert pour laver son linge. Une femme prend de la main gauche une poignée de lin du côté des racines, en place les têtes sur le banc , et frappe de la droite sur elles avec le battoir. Les capsules se brisent, les graines tombent pêle-mêle^ avec leurs débris , sur le drap. Elle remet sa poignée à une autre femme qui , la réunissant avec d'autres , égahsant la hauteur des tiges du côté des racines^ en forme de petites bottes prêtes à être portées au rouissoir. L'important dans ce travail , outre l'exacte séparation des semences , est de ne pas déranger le parallélisme des tiges , parce qu'il en résulteroit un plus grand déchet lors du serançage. Cette dernière considération doit toujours être présente à l'esprit de ceux qui touchent au lin depuis le moment où on l'arrache jusqu'à celui où on le broie.

Dans quelques endroits on fait passer Pex-

trémité des tiges à travers les dents d'un peigne de fer attache' sur un banc ou une table , et les capsules en sont se'pare'es par l'effet de la main, et par l'obstacle que ces dents apportent à leur passage. Ce peigne s'appelle gruge, et a une , deux ou trois rangées de dents longues de deux pouces. Cette méthode a l'inconvénient de casser souvent l'extrémité des tiges , et d'obliger à une seconde opération pour obtenir la graine , beaucoup de capsules restant entières.

On trouve dans le Journal des Arts, n^Cj/l, une machine pour battre le chanvre et le lin. C'est un treuil à quatre branches , à l'extrémité desquelles sont deux fléaux accouplés, qui jouent sur une tablette où on place les objets à battre. Cette machine, qui peut battre en un jour tout le clianvre que donne un acre de terre, a été approuvée par la Société d'encouragement de Londres.

L'opération de l'engrenage , ou la journée finie , on vanne la graine afin de la séparer des débris des capsules, et on la porte au grenier, où elle achève de se dessécher. Là, il faut la remuer souvent , pendant les premiers jours , et quelquefois pendant les premiers mois , pour l'empêcher de moisir ou de s'échauffer. Il faut aussi la garantir des souris , qui en sont très-friandes. Lorsqu'on juge qu'elle est suffisamment sèche, on la met dans des sacs ou des tonneaux jusqu'au moment de l'emploi ou de la vente.

Quelques cultivateurs entassent leur lin dans

des greniers, à l'inslar du blé, et n'en battent la graine que long-temps après la récolte. Cette pratique, quoique favorable à la conservation de la graine , ne peut être tolérée que lorsqu'on y est forcé par des circonstances majeures , attendu qu'il y a toujours , dans ce cas, un grand déchet dans la graine et dans la filasse, soit par l'efTct des souris, soit par l'emmêlement des tiges, supposé encore que le lin a été rentré très-sec , qu'il n'a pas moisi , qu'il ne s'est pas échauffé, deux causes qui peuvent occasionner sa perte en tout ou en partie. La graine de lin , comme toutes les graines huileuses , ne donne pas autant d'huile lorsqu'on la presse au moulin peu après sa récolte, que lorsqu'on attend deux ou trois mois pour le faire. Cela tient à ce qu'une partie du mucilage s'évapore sous forme aqueuse , et qu'une autre se transforme en huile. Si cependant on croyoit, par ce motif, utile d'attendre plus long-temps , on pourroit se tromper j car d'un côté une partie de l'huile s'évaporeroit d'elle-même; et de l'autre quelques graines raûciroient, ce qui altéreroit la qualité du tout.

Pendant long-temps les Hollandais ont eu la fabrication exclusive des huiles de lin de toute l'Europe. Nulle part on ne pouvoit en livrer au commerce aux mêmes prix qu'eux. Il a été reconnu que cela tenoit à la perfection de leurs moulins, qui tiroient de la même quantité de graines un tiers plus d'huile que les nôtres. Depuis quelques années on a établi

en France un grand nombre de moulins semblables à ceux des Hollandais j mais il s'en faut beaucoup qu'il y en ail assez ^ surtout dans les de'partemens du milieu et du midi.

La graine de lin est fréquemment employe'e en médecine, soit en décoctions à Tinté lieur, comme adoucissante et émolliente , soit en cataplasme à l'extérieur , sous les mêmes indications.

L'iiuile de lin a les vertus des autres huiles, soit à l'intérieur, soit à l'extérieur, et de plus, passe pour faire mourir les vers intestinaux.

Il est bon de porter le lin au rouissoir aussitôt qu'on en a séparé la graine, parce que plus il est desséché et moins le rouissage s'opère rapidement. ■

Lorsque le lin est roui et séché , il ne s'agit plus que de séparer la filasse de la chenevotte j pour cela on se sert de dilférens instrumens.

Les plus simples sont encore ceux dont on fait usage pour briser les capsules et faire tomber les graines , je veux dire un banc et un battoir. Un ouvrier donc prend une poignée de lin roui et séché, la pose sur le banc, la frappe , avec son battoir, sur sa moitié supérieure , la retourne pour la frapper également sur sa moitié inférieure. Ensuite, lorsque la chenevotte est convenablement brisée, il prend sa poignée des deux mains , et la passe et repasse avec force sur l'angle du banc , pour faire tomber les fragniens de chenevotte qui adhèrent à la filasse , et enfin la secoue en ne la tenant que d'une main.

Un autre inslrument fort simple, et d'ua usa£;e fort répandu en France, est la broie, ou broyé , ou maclie , ou serançoir , dont il y a plusieurs modilications. Dans quelques endroits on fait passer le lin sous la meule d'une sorte de moulin qu'on appelle ribe , et qui brise ses tiges avec plus de rapidité et d'égalité.

Le lin vivace , ou lin de Sibérie , a les racines vivaces et les tiges deux fois plus éleyées que le lin commun , auquel il ressemble d'ailleurs complèLement. Il est originaire de Sibérie et des contrées voisines. On le cultive dans quelques jardins pour l'ornement. Son aspect semble indiquer qu'il doit être de beaucoup préférable au lin commun, pour être cultivé , sous les rapports de la filasse et de la graine ; cependant il ne paroît pas qu en France , malgré la quantité de graines qui a été distribuée par Thouin , il soit encore sorti des jardins. Selon Miller il ne peut donner que trois récoltes, et sa filasse est plus grossière que celle du lin commun , ce qui explique le peu d'ardeur avec laquelle on s'est livré à sa culture. Il semble néanmoins qu'il seroit bon de tenter de nouveaux essais, par exemple, de le mettre en rangées écartées de deux ou trois pieds , et de planter dans l'intervalle quelques légumes. Cette remarque est fondée sur l'observation de pieds isolés , qui ont subsisté plus de trois ans, et qui ont constamment donné plus de tiges que ceux réunis en planches.

On rapporte qu'il se cultive en Suède et en Allemagne avec avantage , dans des sables argileux , et que les proce'de's qu'on emploie dans ces pays ne difïèrent que très-peu de ce qu'on pratique dans le nôtre pour le lin • commun.

Le chanvre. — Cannabis.

Toutes les parties du chanvre exhalent , dans la chaleur , ou quand on les e'crase ;, une odeur qui porte à la tête, et qui devient à la longue narcotique. Il n'est point prudent de s'asseoir et encore moins de s'endormir pendant l'ëte' auprès d'un champ qui en est planté -, elles sont Irès-âcres au goût. On appelle géne'ralement, dans nos campagnes, chanvre mâle, les pieds qui portent la graine , et chanvre femelle ceux qui n'offrent que des fleurs mâles. Cette erreur est sans conséquence, dès qu'elle est connue.

Nulle part le chanvre n'est ni ne peut être l'objet d'une ve'ritablement grande culture, à raison de la multitude d'opérations qu'il exige, et qui doivent être faites dans le même moment. C'est dans les pays très-populeux , et où les propriétés sont très- divisées , qu'on s'y livre avec îe plus de succès. Les grands propriétaires , ou \o.s riches fermiers , ne doivent jamais en semer que proportionnellement au nombre de bras dont ils peuvent disposer avec certitude non-seulement à l'époque de la récolte , mais encore

pendant l'automne et l'iiiver qui la suivent, époque où il faut s'occuper du rouissage , du sécliage , du teillage , du serançage , et autres opérations qu'il nécessite.

Il est reconnu que les engrais ou les amendemens produisent plus d'effet sur le chanvre lorsqu'ils sont répandus avant le labour d'hiver que quand on attend le labour du printemps, c est-à-dire celui qui précède immédiatement les semailles.

De profonds labours sont indispensables à la réussite de la culture du chanvre ; on en donne ordinairement trois : un en automne et deux au printemps. Il faut, en les faisant, prendre très- peu de terre à la fois • car c'est de l'ameublissement du sol que dépendra la beauté du semis, et le semis influe puissamment sur la plante adulte.

Dans beaucoup de cantons on préfère, et avec raison, les labours à la bêche et à la pioche, à ceux à la charrue; mais la dépense à laquelle ils entraînent ne permet pas toujours le choix.

L'époque du semis de chanvre varie en France suivant les climats, et même, dans chaque climat, selon les localités, c'est-àdire du mois de mars au mois de juin.

Comme cette plante est extrêmement sensible à la gelée, il ne faut jamais l'entreprendre que lorsqu'il n'y a plus rien à craindre à cet égard.

Pour être bonne , la graine de chanvre doit être grosse, lourde, d'un gris foacé réti-

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culé de Liane, celle qui est le'gère cl blanche doit être rcjete'e. Cest toujours celle qui tombe la première qu'il faut prcfe'rer.

La question de savoir s'il faut semer le chanvre clair ou cpais se résout par le but qu'on se propose en le cultivant, et par la nature du sol. En effet , dans un terrain médiocre , il doit être semé plus clair que dans un terrain gras. Lorsqu'on est dans l'intention d'avoir une filasse très-longue et trèsfine, il faut le semer très-épais, parce qu'alors les tiges s'élèvent et s'étiolent jusqu^à un certain point, ce qui fait que l'écorce est moins épaisse. Le chanvre qui se ramifie donne beaucoup de graine, et une filasse très-forte, mais qui n'est propre qu'à faire des cordes ou de grosses toiles.

La graine du chanvre demande à être très- peu enterrée, même pas du tout ^ du moins j'ai toujours remarqué que les grains qui étoient restés à la surface poussoient plus vigoureusement que les autres. Six lignes d'épaisseur de terre suffisent pour l'empêcher de lever. Il fimt donc ne la répandre qu'après que la herse et le rouleau auront passé sur le champ , et se contenter ensuite de la recouvrir avec une herse légère armée d'épines.

Comme tous les oiseaux granivores aiment la graine de chanvre avec passion , il est indispensable de garantir le semis de leurs ravages par des fantômes ou autres épouvantails, ou mieux , en les faisant garder par

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des ciifans. Des coups de fusil lâches deux ou trois fois par jour sur les maraudeurs évitent souvent cet embarras. Il est bon aussi de veiller sur les campagnols , les mulots , et autres quadrupèdes rongeurs.

Lorsqu'on a semé' le chanvre sur une terre humide, ou qu'il a plu quelques jours après, il ne tarde pas à lever j mais si Ja terre est sèche il reste quelquefois un mois sans se montrer : ce cas est toujours un malheur pour le cultivateur^ car, lors même qu'il pous^ seroit ensuite , chose qui arrive rarement , le plant n'auroit pas la vigueur désirable. D'ailleurs, plus il reste en terre, et plus il s'en mange j ce qui rend souvent si regrettable de n'avoir pas semé le jour même du labour, parce qu'alors la terre a ordinairement assez de fraîcheur à sa surface pour que la germination puisse s'effectuer. C'est pourquoi, lorsque la chenevière est à la proximité de l'eau, il est souvent d'une bonne économie de la faire arroser à l'écope , à la pompe ou autrement. Le plant levé doit être sarclé une ou deux fois , et éclairci dans les endroits trop serrés.

Les pieds mâles sont toujours inférieurs en nombre aux pieds femelles, comme un est à trois. Dans leur jeunesse , ils sont les plus beaux, mais lorsqu'ils sont arrivés à une certaine hauteur , ils s'arrêtent , les femelles les atteignent et les dépassent bientôt.

La beauté du chanvre dépend, après la nature de la terre, des pluies qui tombent

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