III
33o NOUVELLE
pendant les premiers mois Je la vc^e'talion. S'il y en a peu , il reste polit • s'il y en a heaucoup, il s'élance et devient grêle j souvent lïicme, lors surtout qu'il est épais, il rn pourrit une partie. Dans les cantons où les irrigations sont communes, on pare facilement au premier de ces inconvéniens , mais malheureusement elles ne le sont pas partout où l'on cultive le chanvre.
Il est quelquefois avantageux de cultiver le chanvre plutôt pour sa graine que pour sa fdasse; alors on doit le semer par rangées écartées d'un pied et demi à deux pieds, pour donner plus d'air et pouvoir biner une ou deux fois.
La récolte du chanvre se fait en deux temps : d'abord on arrache les pieds mâles ( femelles des cultivateurs ) aussitôt qu'ils commencent à jaunir, parce qu'ils seroient desséchés et même pourris à l'époque de la maturité des pieds femelles ( mâles des cultivateurs ) ; celte opération , qui force d'entrer dans le champ, fait perdre beaucoup de pieds femelles, quelque attention qu'on apporte à n'en pas casser. Cette circonstance doit engager à imiter certains cultivateurs, qui laissent des sentiers assez rapprochés pour que la main puisse entrer jusqu'au milieu des planches.
Bialc, auquel on doit de très-importantes recherches sur le chanvre et sou rouissage, pense que, pour avoir une filasse blanche, douce et facile à rouir ^ il faut arracher
MAISON RUSTIQUE. 33 f
les pieds malcs avant qu'ils jaunissent, c'està-dire à l'e'poquc où ils commencent à incliner leur tetc. C'est, pour le climat de Paris, vers le mois de juillet que cette opération se fait ordinairement.
Les pieds malcs arraches sont mis en petites bottes expose'es au soleil pour sécher, et transportées à la grange ou au grenier.
L'existence des pieds femelles se prolonge au-delà d'un mois, quelquefois^ dans les années pluvieuses, jusqu'à cinq ou six semaines au-delà de celle des mâles. Ce n'est que lorsque la graine est arrivée au point de maturité convenable que les feuilles se dessèchent, que la tige se jaunit, qu'il convient enfin de l'arracher à son tour.
Dans quelques pays où l'agriculture est dirigée sur les vrais principes, on sème de la graine de navets dans le chanvre avant la récolte du chanvre mâle. Cette graine germe, son plant pousse d'abord faiblement j mais lorsque la récolte du chanvre femelle est effectuée, il prend de la force par suite de l'espèce de labour suite de l'arrachage, et donne un second produit.
Dans d'autres lieux, au lieu de semer ainsi des raves , on les sème sur un seul labour après la dernière récolte j on peut leur substituer des choux à faucher, du trctle^ de la spergale, etc.
Il est des endroits où l'on recueille les pieds mâles et les pieds femelles en même temps ; mais c'est un véritable délit contre l'intérêt
clii propriëlaiie et de la socie'té en ge'ne'ral. En effet,, 1° les tiges des femelles n'acquérant leur perfection qu'au moment de la maturité des grains, la filasse qui en provient n'a ni autant de force ni autant de finesse, ne fournit que de la toile qui s'use et se pourrit très-rapidement j 2° on pevà la récolte de la gi^aine,qui doit être considérée comme un article important en tous temps et en tous lieux.
Lorsque la graine de chanvre commence à entrer en maturité, et il y a quelquefois un mois entre celle de la première et celle de la dernière, des nuées d'oiseaux viennent en faire leur pâture. Il faut donc recommencer les moyens de surveillance ou de destruction cités plus haut, et les suivre avec persévérance jusqu'à la fin. On a de plus encore également à craindre les souris, les mulots, les campagnols et autres quadrupèdes de la famille des rongeurs.
La récolte des pieds femelles ne souffre aucune difficulté, on les arrache en allant devant soi, et on les met en bottes de six à huit pouces de diamètre.
L'arrachage du chanvre , avec quelque précaution qu'il se fasse, donne toujours lieu à des ruptures de tige , à des éparpillemens de graines. Brale prétend qu'il est plus avantageux de le faucher. 11 veut aussi qu'on le Irie par numéros de grosseur. Je n'ai vu mettre nulle part ces conseils en usage.
L'opération finie, on met dans le champ
mcme toutes les bottes en faisceaux , te te contre tcte , et on couvre le sommet de ces faisceaux avec de la paille, pour garantir la graine de la pluie et des atteintes des oiseaux. Là, cette graine achève de mûrir. Il est bon, si le temps devient Iiuinide, de dëfoire les faisceaux par le premier soleil , pour faire seclicr les boites 5 car la moisissure, et encore plus la pourriture des feuilles, altère la qualité de la graine.
Quelques personnes font rapidement se'clier le chanvre au soleil, immédiatement après qu'il est récol té ; mais c'est qu'elles ne considèrent pas que la végétation se continue dans les tiges tant qu'elles ne sont pas sèches, et que, par conséquent, on perd à en agir ainsi un degré de perfeclion de plus et pour la fdasse et pour la graine j des faits incontestables ont prouvé mille fois ce fait.
11 y a plusieurs manières de retirer la graine des tètes de chanvre : dans quelques endroits on porte de grands draps dans les champs, et avec des bâtons on frappe les tètes appuyées sur un banc placé sur ces draps j dans d'autres on frappe la tète de ces bottes dans un tonneau défoncé d'un côté. Nulle part on ne fait usage du fléau, qui écraseroit les graines. Lorsque les bottes sont restées assez longtemps amoncelées, cette opération se fait trèsaisément.
On vanne la graine de chanvre comme celle du blé, pour la débarrasser des déliitures des feuilles ; des calices, ainsi que des
graines non fécondées qui s'y trouvent mêle'es. Ces dernières sont souvent en grand nombre j on les reconnoît à leur couleur blanche et à leur légèreté. Il ne faut jamais , comme quelques cultivateurs peu éclairés le font, les laisser avec la bonne graine, parce qu'elles ne servent à rien, et que lorsqu'on destine cette dernière à faire de l'huile elles absorbent une partie de celle qu'elle fournit, ce qui est une perte réelle. La totalité des vannées se jette dans la cour , et s'il y a encore quelques bonnes graines, les poules et les pigeons savent bien les trouver.
La graine vannée se porte dans le grenier , où on la met en petits tas , qu'on change de place au moins une fois par semaine dans les commencemens, pour qu'elle se sèche complètement ; car si la fermentation s'y développoit elle deviendroit noire et ne seroit plus bonne à rien. Il faut veiller sur les souris. Au bout d'un mois on peut la mettre dans des sacs ou dans des ton-» neaux défoncés par un bout.
Il a été calculé que dans la culture commune il falloit deux seticrs de graine pour un arpent , et qu'on n'en récoltoit que deux setiers et demi ; mais j'ai lieu de croire que les bases de ce calcul ont été prises sur du chanvre récolté avant le temps, c'està-dire dont la plupart des graines étoient mauvaises , car il m'a paru qu'elles étoient de quinze à trente sur chaque pied. Dans les pieds écartés, et même dans ceux qui
sont plus isoles , la proportion est d'un y deux et trois cents pour un.
Le différent deiçré de maturité' des graines qui se trouvent sur le même pied de chanvre, et par conséquent sur tous les pieds d'un même champ , rend plus difficile la détermination exacte du moment où il est plus convenable d'extraire son huile, qua î'ëgard des graines de lin , de pavot , de colza , etc. Si on la porte trop tôt au moulin , on a moins de profit , parce que le mucilage n'a pas eu le temps de se changer en huile ; si on la porte trop tard , il y en a déjà beaucoup de rancie, et l'huile est de mauvaise quaHte'. Cependant on peut dire ge'ne'ralement que deux à trois mois sont un terme convenable.
Cette graine, comme la plupart des huileuses , ne conserve qu'un an sa faculté' germinative ; il est donc inutile d'en conserver au-delà du besoin des semences.
On donne la graine de chanvre , qu'on appelle chenevis , à tous les oiseaux de bassecour, qu'elle engraisse et e'chaufïë en même temps, et qui tous l'aiment avec passion. Elle fait pondre les poules de bonne heure et plus abondamment. La consommation qu'on en fait dans les villes pour nourrir les petits oiseaux de volière est fort étendue. L'huile qu'on en tire est excellente pour briller, bonne pour la peinture , la fabrication du savon noir : elle est l'objet d'un commerce assez important pour quelques parties
de la France. Le marc qui reste après son expression forme des tourteaux que tous les animaux domestiques mangent avec avidité.
Lorsque la graine de chanvre est ôtée des tètes , on coupe les racines , et même les têtes aux tiges, et il ne s'agit plus que de les faire rouir.
Le rouissage est une opération par laquelle, au moyen d'un commencement de fermentation dans l'eau , on décompose le gluten qui unissoit les fibres de l'écorce les unes avoc 1rs autres et à la tige , et on obtient ce qu'on appelle la filasse. Je ferai connoître à l'article qui le concerne les principes d'après lesquels il faut se diriger; ainsi je puis me dispenser d'en parler ici.
On croit dans beaucoup d'endroits qu'il est nécessaire de débarrasser le chanvre , mâle ou femelle, de ses feuilles, avant de le porter au rouissage; mais des expériences comparatives ont prouvé que ces feuilles activoient cette opération , et que la petite coloration qu'elles donnoient à la filasse disparoissoit facilement au blanchissage : c'est donc mai à propos qu'on se donne cette peine.
Après que le chanvre est roui et séché, il ne s'agit plus que do séparer la filasse de la tige. Trois moyens sont usités pour cela : l'un, dans lequel on ne fait usage que des doigts , s'appelle teiller ; l'autre , pour lequel on se sLrt d'un instrument particulier , s'appelle serancer; le troisième est un moulin à meule conique, tournant autour d'uu pivot,
et qui écrase les tii;os. Co moulin, peu difTe'- 'rent de celui employé à la ialjrication des huiles, s'appelle ribe.
Les tiges de chanvre , après qu'on en a ôté la filasse par le teiilage, s'aj^pellent chenevoLtes. On s'en sert pour faire des allumettes, pour cliaufTer le four, etc. Il a e'té reconnu qu'elles étoient préférables à toute autre matière pour faire de la poudre à canon.
La fdasse du chanvre mâle est toujours plus fine et plus douce que celle du chanvre femelle ,• ainsi il ne faut jamais mêler les deux récoltes ensemble. On a cultivé pendant quelques années, à Paris, un chanvre venu de la Chine, dont les feuilles sont toutes alternes, et qui s'élève à plus de vingt pieds. Il formoit un arbre très-ramoux, dont le tronc étoit gros comme le bras. C'est probablement le même que celui de l'Inde, regardé comme une espèce par quel(j[ues botanistes , et dont on emploie les feuilles , ou en nature, ou en infusion, ou en fumigation, pour se procurer une espèce d'ivresse accompagnée de délire , analogue à celle que produit l'usage de l'opium.
Aucun insecte n'attaque les feuilles du chanvre j mais une chenille, que Robergcot a fait connoîtro le premier , vit dans l'intérieur de sa tige et la fait souvent périr.
Deux plantes parasites causent beaucoup de dommage aux chcnevières j ce sont la cuscute Gt l'orobanche. On ne peut les détruire qu'en les arrachant avant leur fleu-