FRÈRE ANSELME
Quand nous allons par les maisons Nous sommes pasles et desfaicts
En disant salmes et oraisons Pour ceux qui nous ont des biSns faicts ; Mais aux chams sommes contrefaicts Chantant chansons vindicatives Avecques paroles lascives.
Donc, dame la gouverneresse, Faictes nous de vos brus largesse, Soit par force ou par amitié.
Assurément tout cela n'a rien de comparable, (juant à la forme, avec la manière dont Tartufe exprime ses désirs à Elmire, avec la scène d'Orgon caché sous la table, avec les sages discours de Cléante ni les saillies de Dorine ; du xv* au xvn* siècle Tart de la comédie a fait des progrès, et puis c'est Molière! Mais, au fond, l'Imposteur est en germe dans la Farce des brus .
Ici le dénouement se fait par de l'argent dont ils ont les poches pleines, ces pauvres frères qui ne boivent que de l'eau ! Chacun d'eux emmène une fille : ils vont déjeuner « d'un gras oyson et de la petite oye. » La moralité est que l'argent aplanit toutes les difficultés :
Qui at argent il a des brus.
Et tout finit par des chansons et un ballet.
Dans une autre pièce on représente Église, Noblesse et Pauvreté faisant la lessive. Pauvreté, c'est le tiersrétat , c'est le peuple tyrannisé , écrasé par les deux autres qui s'en vantent. C'est, comme vous voyez , sous la forme d'une farce ou moralité , la grande question politique qui s'est traitée plus sérieusement en 1789.
Les trois personnages se font connaître en ces
termes :
l'église.
C'est moy, c'est moy, qui suis la mère Église, C'est moy, c'est moy, qui fais seule à ma guise. Je sauve et damne à mon intention ; Religion est dessous moy commise, Hypocrisie avec papelardise, Vérité, foy, avec ambition.
Puis après j'ay Simonie en devise, Sous le semblant de grand dévotion.