DES MAMSGRITS ET DES ÉDITIONS DE PATELIN
Une circonstance remarquable s'ex[)liquerait encore par celte date : c'est l'excessive rareté, pour ne pas dire l'absence de manuscrits de la farce de Patelin (1). L'imprimerie naissait, et depuis quelque
(1) Oa n*en connaît que deux complets et des fragmens d'un troisième, le tout d'une date relativement récente et d'une valeur au total assez médiocre. Le premier (sur vélin) paraît avoir servi de base à l'édition de 4762, donnée par le libraire Durand, qui y cousit un petit nombre de notes chétives dérobées à La Monnoye et mises en œuvre sans discernement.
Le second manuscrit (sur papier) a passé de la bibliothèque du duc de La Vallière à la Bibliothèque nationale , où j'ai pu
teins déjà la niain de Thomine semblait fatiguée de copier laborieusement ce qu'une machine allait reproduire avec une rapidité et une précision incomparablement supérieures. D'un autre côté, quel besoin de fixer par l'écriture une œuvre dramatique confiée à la mémoire des comédiens ? On ne lisait pas alors les pièces de théâtre, on les écoutait. Durant plusieurs années, la farce de Patelin, selon toute apparence, n'exista que par la tradition orale, ou par fragmens, dans les rôles à Fusage des acteurs. Lorsqu'on s'avisa de recueillir ces lam-
Texaminer. C'est Tœuvre tronquée et rajeunie en beaucoup de lieux d'une main du xvi* siècle ignorante et précipitée : il ne mérite aucune confiance. Je n'ai pu obtenir communication du premier manuscrit devenu la propriété de M. Taylor; les fragmens du troisième (également sur vélin) me sont connus par un travail de collation que M. de Monmerqué m'a confié avec un empressement et une bonne grâce dont je suis heureux de le remercier publiquement. Ces fragmens avaient été, il y a bien des années, communiqués à M. de Monmerqué par le libraire Crozet; j'ignore ce qu'ils sont devenus.
Un troisième manuscrit vient d'être découvert à la Bibliothèque impériale : il est sur papier, du xv* siècle et d'une exécution très soignée comme calligraphie,, mais le texte ne parait guère meilleur que celui de La Vallière. L'édition de 1 490 vaut encore mieux que tout cela. Toutefois, pour la satisfaction des curieux, j'ai recueilli les principales variantes de ce manuscrit : on les trouvera à la suite de mes noies.
beaux pour en faire un livre, je crains qu'il ne fut déjà trop tard : la vogue même de la pièce avait du lui être une cause perpétuelle d'altérations. Selon la province où ils récitaient, les comédiens remplaçaient un mot suranné par une expression courante; on changeait un proverbe, une rime, un vers de venu obscur; un changement en ap[)elait un autre. Le bel esprit aussi se donna carrière : s'il y eut des vers supprimés, il y en eut d'interpolés ; bref, il est difficile de croire cju'il existe aujourd'hui un texte de Patelin dans sa pureté native. Nous sommes obligés de nous en rapporter à l'édition la plus ancienne : mais quelle est la première édition de la farce de Patehn ? C'est encore une difficulté.
Une note de La Monnoye insérée dans Vavis au lecteur de l'édition de 1762 s'exprime ainsi : « Il » existe une édition de Patelin chez Pierre Le wCaron, qui imprimait en l/i7ft, comme nous » l'apprend M. de La Caille. *>
Là-dessus Flœgel bâtit la phrase suivante (1) : « Blanchet paraîtrait avoir composé celle farce en » 1480; mais La Caille cite une édition de Patelin,
(I) Geschichte der comischen liUeratur^ IV, 350.
PATKLIN KT LA VIKILJ.K COMÉDIK. il
» imprimée dès 1474 », et il met religieusement en note : « La Caille, Histoire de l'imprimerie. » On croirait qu'il l'a lu de ses propres yeux.
L'édition de P. le Caron existe, mais elle est sanS date, et La Caille, « le plus inexact des écrivains que » nous ayons », dit Prosper Marchand, se trompe seulement lorsqu'il affirme que Pierre Le Caron imprimait en 1474. M. Brunet a démontré que cette date, qui se rencontre en tête deV Aiguillon d'amour divine^ de Pierre Le Caron, est une faute de typographie, et qu'il faut lire 1494, Pierre Le Caron n'ayant commencé d'exercer l'imprimerie qu'en 1489(1).
La prétendue édition de i 474 est donc une chimère, et l'honneur d'être le premier livre français imprimé à Paris, avec date, reste aux Chroniques de France^ publiées par Pasquier Bonhomme , en 1476.
La première édition réelle de la farce de Patelin est celle de 1490, par Germain Beneaut; c'est celle qui mérite le plus de confiance, ce qui ne veut pas dire que je la croie bonne. L'éditeur, dans beaucoup d'endroits, a imprimé sans comprendre. Par
(1) Manuel du libraire, \, 410, etIeUrede M. Brunet, dans la bibliographie de Patelin qui termine ce volume.
exemple, quand il met cabosser pour cabuser^ leçon qui fait un lourd contre-sens, et qui néanmoins a été maintenue dans les vingt-sept éditions subséquentes; les foureux de Bayeux, pour les foireux^ ce qui met un non-sens à la place d'une allusion historique ; Renouart au tine^ pour Renoiiart au tinel ^ titre d'une vieille épopée romanes(|uc. D'autres ont corrigé ici Renouart ostiné : c'étaient les Brunck et les Bentley de la philologie française au xvi' siècle. J'imagine qu'on les eût fort embarrassés de leur demander qui était ce Renouart et sur quoi portait son ostination (1). Je ne dis rien des vers estropiés, des mots oubliés, etc., etc.
Antoine de La Sale, ou l'auteur quel qu'il soit de la farce de Patelin, né au début du xv* siècle ou vers la fin du xiv% et nourri de notre vieille littérature nationale , a jeté naturellement dans sa comédie nombre d'allusions inintelligibles aux gens de la renaissance, exclusivement préoccupés de grec et de latin. Par exemple, que Patelin, dans la scène du délire, feignît de prendre ce bon vieillard en cheveux blancs, Guillaume Jousseaume, drapier, pour le
(1) Diirand (1762) a cru garder un juste milieu en adoptant lienouarl austiné.
géant Renouard à la massue , cela pouvait faire rire ceux qui savaient par cœur les gestes de Renouart au Tinel; mais en plein xvi* siècle, même à la fin du XV*, qui se souvient des chansons du xn* ou du xHi* ? Parlez d'Hercule ou de Polyphème à ce peuple pédant de la renaissance , il les connaîtra mieux qu'il ne ferait Renouart au Tinel.
Ces allusions étant ainsi obscurcies, que devient le comique deToeuvre ? La correction même du texte se trouve étrangement compromise : on ne sait pins ce qu'on imprime.
A l'exemple cité j'en ajouterai deux.
Patelin se vantant à sa femme de son esprit naturel par où il supplée au défaut d'éducation : Je me flatte, dit-il, de chanter au lutrin comme si j'eusse été à l'école
Autant que Charles en Espaigne.
Quel Charles? de quoi veut parler ici maître Pierre? Les annotateurs n en ont rien su. Ce passage ne leur eût offert aucune obscurité si de notre tems le roman de Roncevaux fût resté dans toutes les mémoires, comme il y était encore à l'époque où ce vers fut écrit. En effet, le poëme de Therouldc
débute par ces deux vers précieusement conservés dans les leçons rajeunies du xin* siècle :
Karles H reis, nostre emperere magne, Set anz tuz pleins ad ested en Espaigne.
La durée de l'expédition de Charlemagne contre les Sarrasins était une tradition populaire, et la périphrase de Patelin revenait à dire clairement : Je suis aussi habile que si j'eusse été sept ans à l'école.
Dans la scène où il feint d'avoir la fièvre chaude. Patelin s'écrie :
Faites venir sire Thomas Tantost, qui me confessera.
Sire ou frère Thomas n'est point un personnage imaginaire dont le nom vienne ici pour le besoin de la rime : c'est un bon prêtre qui figure au XP chant du charmant et spirituel Baudoin de Sebourg^ poëme dont l'auteur malheureusement inconnu a servi de modèle à l'Arioste. L'histoire est un peu longue , mais je suis persuadé qu'elle n'ennuiera point.
Sire Thomas est le grand pénitencier du couvent des chrétiens de Bagdad. Les païens, voulant ruiner le couvent, vont trouver le calife et lui suggèrent
de réclamer une pierre sur laquelle reposait autrefois le corps de Mahomet , et qui se trouve aclucllement enfermée au sein d'un pilier qui soutient Tédilîce entier du monastère. Le calife, bien instruit de sa leçon, appelle maître Thomas :
Li califes manda le boin maistre Thumas. Ichius maistres Thumas estoit un boins prod'homs : Prestres fu couronnés (1), si cantoit les lichons, Les enfans baptisoit et rent confessions.
Le calife demande la pierre ; maître Thomas, bien empêché, offre de l'argent en échange, mais le calife ne veut entendre à aucun accommodement : il lui faut la pierre même, la pierre et point^'argent.
Maître Thomas, fort aflligé, retourne à son couvent. Il fait sonHcr la cloche : les chrétiens s'assemblent. Maître Thomas monte dans sa chaire à prêcher et communique à ses frères la requête perfide
du calife : — Nous ne pouvons tirer cette pierre du
pilier sans faire écrouler notre clocher et tout le monastère avec; et si nous ne la livrons pas dans huit jours, le caHfe fera raser notre maison par les Sarrasins et nous mettra tous à mort ! — Ici l'auditoire fond en larmes; le bon père Thomas continue :
(0 Tonsuré.
Qui veut tuer son chien racouse de la rage. Mais voici mon avis : confessez-Vous tous , ensuite jeûnons et mettons-nous en prière au pied du crucifix, et je suis bien sur que Dieu confortera toute la compagnie :
Prendez confessions treslous a une fie :
De boin cœur repentant chascuns sespichiés die ;
Quant Tassolution nous serat ottroïe,
Mettons nous à genoux, pour Dieu je vous en prie,
Devant le crucifix et la Vierge Marie.
Et jou sui bien cherlain, et si le vous afïie,
Se nous sommes loial et gent de bonne vie,
Que Diex confortera toute la compaignie.
En effet, on se rend à l'avis de maître Thomas, et, au bout de trois jours passés en prière, la fatale pierre s'élance d'elle-même hors du pilier à la vue de tous les assistans confondus. — Et ne croyez pas, dit en terminant le poète, que je vous conte ici des fables : la preuve du miracle, c'est qu'on montre encore la pierre; et qui ne veut m'en croire, je le prie d'y aller voir :
Qui croire ne m'en veut, si y voist, car je l'en prie.
Les païens cependant ne se tiennent pas pour battus. Le calife endêve {le sens cuide desver). Il
accuse les chrétiens d'elrc des enchanteurs, et il s'avise d'un autre tour. 11 fait revenir le père Thomas, et lui tient à peu près ce langage :
— Père Thomas, il est écrit au livre de votre loi que qui aura de la foi comme un grain de sénevé, il transportera des montagnes. C'est mot d'évangile. Or, j'ai devant mes fenêtres le mont de Thir qui me bouche la vue ; entre cent chrétiens que vous êtes dans votre couvent, vous pouvez bien avoir de la foi gros comme un grain de sénevé ? Faites-moi donc le plaisir de transporter le mont de Thir une demi-lieue plus loin dans la vallée de Joachin qu'il occupe. Si vous y manquez , je vous ferai tous brûler. Allez !
Le désolé père Thomas répond au calife : — Hélas ! le vent iinit par amener la pluie ! vous nous ferez donc mourir, car nous aurons beau faire, la montagne ne bougera certes point !
Las! dist maistre Thumas, vous nous ferez mourir Sans cause et à grant tort, car le haut mont de Thir Ne se mouvera ja, quoi qu'il doive avenir (1)!
(4 ) Il est curieux de rapprocher ce passage d*uD poème du XIV* siècle, de la douzième Lettre sur les miracles, que publiait YolUire en 4765.
Monsieur le proposant ayant lu à madame la comtesse ce
De retour au couvent , il sonne encore la cloche et communique à ses frères assemblés la volonté du calife. — Notre fin est arrivée, dit-il naïvement, car le mot de TÉvangile sorti de la bouche de Jésus- Christ nous mettra dans le feu. Nous sommes perdus ! Confessez-vous donc afin de mourir en bons chrétiens et d'aller au moins en paradis ! — La confession est toujours la ressource du père Thomas,
On se confesse, on pleure ; on fait une belle [)rocession, le père Thomas en tête chantant les litanies. Mais tout cela n'avançait point les affaires, lorsqu'on a l'heureuse idée de recourir à Baudouin de Sebourg qui se trouvait alors dans ces quartiers. On va le chercher; tout le monde s'agenouille. Bau-
même passage de l'Évangile, que le calife cite au père Thomas : — ( Voilà une belle occasion, dit-elle, de convertir monsieur
> mon mari. Nous avons ici près une montagne qui nous cache » la plus belle vue du monde. Vous avez de la foi plus qu'il n'y
> en a dans toute la moutarde de Dijon qui est dans mon office ;
> j'ai beaucoup de foi aussi : disons un mot à la montagne, et » sûrement nous aurons le plaisir de la voir se promener dans 9 les airs, etc. » (Voltaire, édit. Beuchot, I, 42, p. 233.)
L'essai est le même, mais le dénouement trahit toute la différence du XIV* siècle au xviii*. Il n'en est que plus piquant de voir comment ont pu se rencontrer Voltaire et un trouvère du moyen âge, séparés par quatre cents ans d'intervalle.
(iouin prie au milieu de la foule, et bien que ce brave guerrier ne soit pas un saint, il fait partir la montagne ! On la voit, toute couverte de ses forets, voler à travers les airs comme «n tarin , et s'aller asseoir à plus d'une demi-lieue , telle absolument qu'elle était partie ; et cela se fît dans l'espace de tems qu'il faut à un bon compagnon pour avaler un verre de vin :
Kt fut ossitost fait, che tesrooigne latin , Qu*uns boins compains aroit but demi lod de vin !
Le calife était dans sa chambre avec tous les princes de sa maison ; il regardait par la fenêtre dans le jardin, quand il vit passer la montagne : — Seigneurs, s'écria-t-il tout d'un coup, par Mahomet que j'adore, voilà les diables qui emportent le mont de Thir ! . . .
Seignour, par Mahomet que j'aour et tieng chier, Le mont de Thir emportent li deable d*infier!
11 en conçut une telle frayeur, (|u'il s'évanouit , et , revenu de pâmoison , se convertit et se fit baptiser.
Je suis à dessein entré dans le détail de c^l
épisode pour appeler Tattention sur un des trésors enfouis de notre vieille littérature. Je suis persuadé que si le Baudouin était aussi connu que l'est le Roland furieux, la France n'aurait plus sujet d'envier l'Arioste à Tltalie, mais au contraire serait en mesure de prouver que le génie de l'Arioste avait eu en France un précurseur et probablement un modèle.
Le Baudouin fut écrit dans les premières années qui suivirent la mort de Philippe le Bel (1314), sous Louis Hutin , qui ne régna que deux ans, ou sous Philippe le Long , qui remplaça son frère en 1316(1). C'est un poëme infiniment curieux, non seulement par rapport aux mœurs et au style , mais aussi à cause de cet esprit voltairien qui étincelle à chaque page. La satire contre l'avarice de Philippe le Bel , le faux monnaj eur, est aussi directe, aussi incisive qu'elle aurait pu l'être sous la plume des philosophes du xvni' siècle. Il est impossible que cette œuvre, aujourd'hui si profondément ignorée,
(4) Le poète dit à son auditoire :
Se me volez oïr, je vous puis desrengner Jusqu'au biau roi Philippe de France l'héritier, I oirc jusqu'aujourd'hui, s'en avez desirier.
(Début du chap, xxii).
n'eut pas obtenu en son tems un succès immense ; et quand cet impudent railleur de Patelin demande qu'on lui fasse venir pour la frime {pour le frimas) sire Thomas afin de se confesser à lui , on voit tout ce que ce liom seul réveillait dans la pensée des spectateurs du xv siècle. Quant à nous, nous passons sur ce vers sans y soupçonner la moindre intention comique.
Combien de traits pareils sont répandus dans toute la pièce qui nous échappent comme ils échappaient déjà au xYi* siècle, parce que la tradition littéraire a été rompue ! Par exemple , tous ces divers •jargons de la scène du délire n'avaient-ils pas d'autre comique que leur effet baroque? Je n'en crois rien : au fond, derrière ces mots patois, on entrevoit quelque plaisanterie cachée. Il faudrait pouvoir déchiffrer le sens et rendre compte des citations , des rapprochemeps , des refrains, des adages déguisés sôus ces lambeaux de baragouin. J'espère qu'un jour nos érudits français appliqueront ici leur labeur , quand ils seront las de tourmenter stérilement la fameuse scène du Pœnulus.
Admirons, en attendant, l'énergique vivacité de
l'esprit gaulois se révélant à une si haute puissance
aux XIV* et xv« siècles. Mais ces œuvres des précurseurs inconnus de La Fontaine, de Molière et de Voltaire ont été presque subitement offusquées par les nuages de l'érudition grecque et latine. C'est à peine si nous pouvons aujourd'hui en deviner la forme et en suivre les contours à travers l'épais brouillard qui les sépare de nous et qui les voilait aux regards de la renaissance. La renaissance, tout éblouie de l'éclat de Rome et d'Athènes, ou ne regardait pas les produits de la terre natale, ou ne savait plus en goûter la saveur.
Toutefois cela ne doit s'entendre que d'une manière générale et du gros du public ; car au contraire, parmi les écrivains d'élite et les plus spirituels du XVI' siècle, on tient à honneur de posséder son Patelin, et les allusions à cette excellente comédie sont une friandise dont Rabelais, Verville, Noël du Faïl, Bourdigné, Marot, Coquillart et jusqu'à Pierre Gringoire se piquent d'assaisonner leur style. Il est arrivé à la farce de Patelin comme aux pièces de Molière, d'entrer tout à coup dans la popularité, et si profondément, qu'elle a laissé dans la langue des empreintes ineffaçables. Pas(|uier a fait un chapitre exprès des mots et façons de parler qui dérivent do
cetle origine (1) : il a re\e\é patelin^ patdiner ^ palelinage^ payer en baye , revenir à se^ moutons^ et quelques autres ; mais il en a oublié. Pour exprimer un homme subtil et qui en sait long, on disait proverbialement : il entend son patelin ; jargon patelin ; parler patelin ou patelinois, « Mon amy, dit Panta- » gruel à Tescholier limousin , parlez-vous Christian » ou pathelinois ? » Ce qui nous montre que dès ce tems, la scène où Patelin parle divers langages était réputée inintelligible. Pierre Gringoire, dans les Feintises d/u monde :
Tel dit : venez manger de Toye, Qui cheuz luy n'a rien d'appresié.
Tel sait bien faire une maison, Qui ne sauroit faire un moulin ; Tel a l'argent par beau blason, Qui n'entend pas son Pathelin.
Le pathelinois était dit comme le cornillois dans Eutrapel, le lanternais dans Rabelais, c'est-à-dire le jargon des corneilles, celui de Tile des Lanternes; mais on n'a pas remarqué, que je sache, que lepatelinois nous avait laissé, en se contractant, le patois, auquel je ne saurais assigner d'autre étymologie :
(\) Recherches, liv. VHI, chap. Lix.
L*âne, qui goûtait fort l*aulre façon d'aller, Se plaint en son patois
se plaint en son patelinois, en son jargon à lui seul intelligible.
Sur quoi j'observe que déjà en 1549, Entra pel emploie cette forme resserrée du mot : « aller ron- » dément à la besogne et parler son vray patois et >/ naturel langaige (1). w
(t) Balzac faisait venir patois de palavinilas, et Chevreau de
patacinus. C'était aller chercher bien loin ce qu'on avait sous
la main, mais c'était la mode de leur tems, qui n'est pas tout
à fait perdue dans le nôtre. Toutefois Chevreau suspectait la
vérité de ces étymologies : c Nous pourrions bien , monsieur ,
» nousestre trompés, vous, quand vous avez cru quenostre patois
» vient de patamnitas, et moi, quand j'ai dit qu'il venoitde pa-
»(actnu«, oÛTÔ^Gbiv, indigena. C'est ainsi, monsieur, sur un
» faux principe que nous avons fait venir mon patacinus et vostre
D pâlots, de la patavinité dont Asinius Pollion a fait un reproche
* à Tite-Live, comme s'il avoit parlé son provincial ou son pa-
» douan, etc. » {OEuvres meslées de M. Chevreau, p. 423.) La
suite est employée à montrer que la patavimté de Tite-Live
n'a point rapport à son style, mais à ses opinions politiques, à
sa partialité pour Pompée contre César, cette préférence étant
l'opinion reconnue de la ville de Padoue, patrie de Tite-Live.
Asinius Pollion, au contraire, tenait pour César. Si Scaliger eût
connu cette explication il n*eût point dit : c Tout le monde
> parle de la patavinité de Tite-Live, et personne n'a jamais dit
9 en quoi elle consiste. » (Scaligerana.) Du reste. Chevreau ne
s'occupe plus de rechercher la vraie étymologie de patois.
Une autre allusion subsiste dans cette phrase populaire : Allez voir chez nous si j'y suis, Regnard l'a conservée dans le Distrait :