V. 1 28. A l'atne. — Amen ! par sa grâce
C'est le texte de toutes les éditions du xv* siècle , Leroy, P. Levet, G. Beneaut, Trepperel, et du manuscrit Bigot Mais ce vers a paru tronqué aux éditeurs et aux copistes du xvi* siècle, qui ont rajusté ce passage de la manière suivante :
. . . Dieu vray pardon lui fasse.
Amen! Jésus-Christ par sa grâce.
(Manuscrit La Vallière.)
ils ont prouvé par là qu'ils ignoraient une règle de versification du xv* siècle, à savoir, que Télision ne se faisait pas d'un interlocuteur à un autre. Le Patelin présente d'autres exemples de ces prétendus vers faux , qui se justifient de la même manière :
Pour six aulnes, bon gré saint George, De drap, dame, — On le vous forge !
Que sans faulte — or escoutons.
Je Fos là — votre/ — Ha, meschante.
Le manuscrit Bigot n'a pas donné dans cette erreur, et c'est une marque qu'il mérite de faire autorité.
V. 4 46. Vraiement, c'eêles vous tout poché ! De même aux vers 57^, 151^ et 1529 :
Vous criez. — C estes ootis, par m'ame.
(Testes vota en propre personne.
Cestes vous, je regnie sainct Pierre.
Aujourd'hui nous disons c'est vous^ c'est mai , faisant
concorder le nombre du verbe avec le pronom indéterminé ce qui le précède : Cela est vous, cela est moi. Au XV* siècle, le verbe se réglait sur le pronom personnel qui le suivait immédiatement :
c< Elle sault sus et vint à Thuis tout esperdue, disant : » Mon raary n*est point revenu ; vous perdez tems. — M Ouvrez, ouvrez, dit-il, m'amye : ce suis je. ))(88* des Cent Nouv. nouvelles,)
Dans la nouvelle du Mari confesseur : — « Et pensiez- » vous que je ne sceusse bien que c estiez vous à qui me » confessoye?... De l'escuyer me suis accusée, et c'estes )) vous : quant vous m'eustes à mariaige, vous estiez es- )) cuier. Le chevalier aussy dont j*ay touché, c'estes vous.»
Une ballade de Charles d'Orléans a pour refrain ce mot que lui avait écrit sa maîtresse :
C estes \>ous de qui suis amye.
(OEuvres^ p. 56.)
Uu'esse la ? qui vient si matin ?
— Ce suis-je. — Vous, saint Valenlin ?
(Le mémey p. 382.)
Je viens à cette locution tout poché. La poche dont il s'agit ici est ce qu'on appelle autrement un paie d'encre. Le Valentin des Ménechmes dit :
Et deux gouttes de lait ne sont pas plus semblables.
Deux gouttes d'encre sont un terme de comparaison aussi exact, et le verbe /ïocA^r est formé Ae poche ^ laquelle est proprement une cuiller à potage, ce qu'on nomme en quelques endroits une louche, Miïq poche d'encre est donc dit comme un verre d'eau, une bouteille de vin, une assiette de soupe : le nom du contenant pour exprimer sa capacité, la quantité contenue.
NOTKS. 245
(( Pocher, dit Trévoux, terme technique à l'usage des » maîtres d'écritufe. »
De là vient, à mon avis, l'expression A^yeiix pochés^ c'est-à-dire présentant une enflure noire qui rappelle l'aspect d'un gro3 pâté d'encre.
La Monnoye veut que poché dans les deux cas vienne de pollex, et signifie pressé avec le pouce : « Parce que )} le pouce, quand on l'appuie trop sur la plume, en fait » couler l'encre en trop grande quantité. » [Glossaire des Noèls, au mot Craiché.)
La Honnoye doit avoir emprunté cette étymologie au Trésor de Nicot : — « Faucher ou paulcbr les )) yeux loculospollice elidere. Aulcuns escrivent ^^ocAer.»
Je ne saurais partager cette opinion : le pouce ne fait ni les pâtés d'encre, ni les yeux ni les œufs pochés.
Je ne quitterai pas le sujet sans exposer une autre erreur venue d'une confusion de mots. Un pochon est le diminutif d'uiie poche :
Grandes pierres getloienl chil qui sont as crestians , Pochonê de vive chaus et de fer grans barriaus.
(Baudouin de Sebourg.)
Un poisson d'eau-de-vie est dit corruptivement pour un pochon. Trévoux et ceux qui l'ont suivi, dérivant ce poisson du latin poiio^ se trompent toto cœlo. Poisson^ d'après eux, devrait s'appliquer à toute espèce de breuvage, eau, vin, bière, etc. Hais l'essence de ce mot diminutif est d'exprimer une quantité réduite; c'est pourquoi l'on dit un poisson d'eau-de-vie^ et l'on ne dit pas un jmsson de vin, ni un poisson d*eau claire.
On ne saurait trop se défier de cette tendance à conclure la filiation de la ressemblance extérieure et niaté^
246 NOTKS.
rielle : c'est au foiul du sens qu'il faut cliercher les rapports réels des mots.