V. 464. ... je m'en fais forte
L'Académie déclare que dans cette locution : se faire fort^ fort est invariable. — « Elle se fait fort d'obtenir la » signature de son mari, et non pas forte : ils se faisaient » fort d'une chose qui ne dépendait pas d'eux, et non » pas forts. »
Cette décision n'est pas conforme à l'usage de notre ancienne langue. — «Et quelques jours après, la femme » se faisant forte du consistoire, se mit à faire la mes- » chante. » ( Le moyen de parvenir, chap. 103, Commit-
TIMDS.)
« Hé, que non, dist madame ; hé, que si, disrent elles; » nous nous faisons fortes pour luy . » {Le petit Jehan de Saintré, chap. 3.}
«La royne en vouldroit bien avoir une (pein-
» ture) Je me suis faicte forte que luy en envoiriés
» bientost une aultre mieulx faicte. » {Lettres de Marie Stuart, publ. par H. Labanoff, t. I, p. 5-8.)
Estpclle plus conforme à la logique? Pas davantage. Car que signifie se faire fort de...? C'est se rendre fort au moyen de ou relativement à...? Pourquoi fort serait-il invariable à côté de faire et variable à c6té de rendre ?
Pourquoi serait-il dans le premier cas adverbe, adjectif dans le second ?
L'Académie veut sans doute qu'on dise : Cette petite fille se fait grande, et non pas grand? Pourquoi y a-t-il une règle pour l'adjectif ^rani/ et une autre contraire pour l'adjectif fort ?
Voltaire a pu dire correctement :
Les Turcs encore forts de nos divisions...
Est-<^ qu'il n'aurait pu dire en prose : Les Turcs devenus forts ou se rendant forts par nos divisions ? Assurément si. Et s'il eût mis : Les Turcs se faisant forts de nos divisions, il eût fait un solécisme, selon l'Académie. L'Académie condanme a les Turcs se faisant forts^ » au pluriel, et « les Turcs se rendant fort^ » au singulier. Il faut avouer que c'est une étrange manière d'entendre notre langue, de la régler, d'en favoriser le progrès et d'en faciliter l'étude !
Les écrivains sans préjugés comme sans superstition littéraire doivent toujours faire accorder fort.