‹ Maître de sa joieChapitre 7 sur 18 · LE DESSIN · texte numérisé non relu

LE DESSIN

J’ai dessiné, tenté d’écrire, j’ai vu les Musées...

Les dessins d’Elie Delaunay sont de plusieurs personnes, et cependant, assez souvent, je regarde les dessins qui sont au Musée du Luxembourg... Je m’arrête, de crainte de ne pas paraître assez dégagé... Bast ! nous ne sommes pas dans les cafés.

Le dessin de M. Frank Brangwyn. Brangwyn n’imite pas Daniel Vierge et, heureuse rencontre, il est assez pareil à Daniel Vierge qui est venu avant lui.

J’aime à rechercher ce qu’il y a d’original dans un artiste obéissant à la tradition (c’est

son affaire à cet homme ! ) et d’emprunté, mieux, d’utilisé chez un artiste indépendant.

Les dessins raisonnés de Bracquemond.

Le dessin d’Albert Besnard, un Tir au vol.

De sérieux matériaux de travail me semblent être les dessins de Puvis de Chavannes, sans grande intervention d’artiste encore.

Daniel Vierge bénéficie de la souffrance. Ses dessins de la main gauche, de sa main tâtonnante, sont beaux II n’est plus adroit ! Et je pense aux yeux malades de Degas, à scs derniers dessins, dessins de mémoire, d’une mémoire où persiste ce qui ne se peut effacer ! Et j’oublie ses affreux ((bons mots », qui, hélas ! ne sont pas tous d’un autre. Us sont de vous qui m’écoutez, de moi, qui vous parle, peut-être... Tous les dessins de Degas sont de lui. Ah! pillards! oui vous, vous et toi! — Moi ? — oui, toi, toi !

J’ai vu les extraordinaires dessins d’une minute de Rodin.

Les dessins de Cazin sont bien, et ne peu-

vent point ne pas être bien ; ils ne disent pas, ou mieux, ne me disent pas une chose de plus. J’y retrouve : la productive crainte de l’accent; les dessins de Carrière : La mimique sacrée du mystère.

Henry De Groux... C’est sa particulière façon de dessiner à cet homme. Il dit être : (( trop sage.... bonhomme. . . » Je suis avec Henry de Groux.

De Gauguin, Puvis de Chavannes disait : (( Il pourrait tout de même un peu plus dessiner ». Maître, permettez...

Forain. La noblesse de Toulouse-Lautrec.

De M. Charles Maurin, la beauté froide, si froide... Willette vendange en sa vigne, cueille les fleurs de son jardin, remue sa terre sans jamais déplacer lui, la borne de son champ. Votre main, Willette ! An que tin m’effare ! masque sur le nez, postiche au menton, il va de groupe en groupe intriguer les gens, et .T fait une grande dépense d’esprit critique hors de son atelier. En des instants que je voudrais

moins espacés, mon espoir rejoint cette certitude.

J’ai devant les yeux les mains ((maçonnées» des bons portraits peints de M. Lucien Simon. Je revois les belles séries de Français, les dessins insistants d’Harpignies.

Je m’arrête moins aux gens de petit bruit et de grand tapage. — Oui, celui-ci ? — Oui. — Et ceux-là? — Ceux-là aussi. Et ceux dont justement on dit dans les bons ateliers où l’on travaille : « Ils n’en savent pas gros et n’en disent pas long... » Il y a les dessinateurs abondants et vides que l’étude rend sobres et profonds : Le Midi- a des mimes admirables; ce qu’ils doivent souffrir...

Comme nous voyons les « grands » qui descendent, nous voyons monter les modestes petits. (( Il n’est pas mauvais, dit Rodin, d’avoir commencé par balayer l’atelier ». — Comment ce petit homme silencieux! — Oui, ce petit homme...

Plusieurs de nos confrères se débarrassent

i j2 MAITRE DE SA JOIE

du poids, pesant pour eux, de la courtoisie, et, dans mes moments d'humeur, je garde la joie de la politesse : En réponse à dix insolences, suffit une impertinence.

- — Confrère, vous souffrez d'un "furoncle à la nuque?

— Confrère ! n’auriez-vous point un clou dans votre soulier?

Ah ! le fracas des mauvais rires !

Je connais la jeune femme qui pose chez cet étonnant peintre dont l’art est symbolique ; je ne connais pas le peintre. Il doit avoir un nez de second comique...

Et celui-là qui sait tout. Eh, que sait-il ? Ah! son sourire, son laid sourire!... S’il me frappe encore sur l’épaule d’un air entendu...

Le plus grand éloge d’un artiste jugeant un autre artiste : « Ce n’est pas rien du tout ».

Mme Cazin.

Le portrait du poète Jean Moréas, par M. Antonio de la Gandara, est d’une seule coulée.

Albert Besnard à un fils.

Marchons : M. Henri Le Sidaner a bien vu le poète Charles-Henry Hirsch :

0 Bïlitis! ton souvenir est dans mon cœur.

Errons. Il est des artistes qui ont une manière, une pauvre manière à eux : La fidélité d’une sotte...

Un peintre me dit, enthousiaste : « Ah ! les dessins de Roty ! Il ne reste plus rien de ses médailles. » Je ne connais pas, je connais mal les dessins de M. Roty.

Jolie est une chose, et belle en est une autre: Je suis du petit nombre des gens portés à croire que jolie n’est pas un diminutif de belle. Que c’est précieux et rare, la grâce !

Ah les faux dessins de Maîtres ! On prend aux vivants ; on essaie de dépouiller les morts, et, mieux que les vivants, se défendent les morts, les grands morts! D’autres visent les petits : Ils prennent un gant d’un joli ton, un ruban qui flotte... Voleurs de pauvres !

Et ce demi-audacieux ! — Garçon une absinthe... légère.

Louis Legrand.

De Charles Cottet, je vois, après deux années, un cheval blanc, un cheval dans le sourd, dans, réteint...

François Guiguet ne s’interrompt pas.

Auguste Lepère me confie les causes de sa peines et je connais la raison de ses joies : Il peint et grave, désolé de ne pas assez peindre, de ne pas toujours peindre; triste assez tôt le matin et tout à fait tard le soir, dans la journée Lepère n’est pas triste; il travaille, anxieux ou tremblant d’espoir, mécontent l’orgueilleux! si le travail de cette heure ne dépasse pas les choses très bien. La raison de ses joies, ce prodige : La bravoure d’admirer...

Jeunes hommes ( Société Nationale des B eaux- Art s) : JuJes Perrichon est d’une famille d’artistes. Tendrement bourrus, les aînés disaient : « Veux-tu bien ne pas toucher à cela, gamin !» Il y n touche, il y touche, eï les aints

de cette belle famille aiment les sanguines de Jules Perrichon.

J'aime mieux les noirs, j'aime mieux les gris-

Gaston Prunier joue du rouge brun de façon émouvante. Les rocs, la mer, le ciel, les espaces nus liserés par une grande ligne, la rue. C’est fait de peu de chose... le désir d'embrasser, la volonté d’étreindre.D’autres parlent bien, assez bien, de ce qu’ils savent et Prunier entend ce qu’il aime.

De Frédéric Front, portrait de Félicien Fagus : La bouche annonce, les yeux promettent, le front d’un ferme dessin révèle une heureuse destinée.

Ces artistes !

Entre deux séances, l’artiste se complaît à composer des « à peu près » étudiés.

Tel avant de chanter crachote Lohengrin.

Puis l’artiste se remet au travail, et alors, il donne audience à son esprit.

Janvier 1889.

Pologne.

( Statuette ).

Une jeune femme assise, grave et belle, brode des armes sur un drapeau, le drapeau de son pays : — Une femme, fleur mystique, strophe d'un chant de guerre. — -• Et le sculpteur a voulu donner à cette figure ce double carctère : Femme pour séduire, Idée pour entraîner, ce qu’il a tenté d’exprimer dans l’unité historiée. A travers les flammes pures d’un haut désir, cette pensée va vers l’heure qui sonnera, qui enfin sonnera, l’heure heureuse! Et la femme voit flotter sous le ciel, un jour de bataille, le drapeau qu’elle brode, le drapeau qu’elle ne passera pas à d’autres mains...

«La lourdeur du silence d’attente...» HÉLO

Statuette

Un enfant nu est à demi-renversé et la bête laide et cruelle le noue de ses tentacules; de la main libre l’enfant tient un poignard. Le sculpteur a cherché une belle ligne enveloppante pour ce beau corps d’enfant, de cet enfant frêle et sain né pour vivre, qui veut vivre, vaillant de l’émouvante vaillance des faibles.

L’œuvre réalisée, indifférent aux injures de l’heure, le sculpteur écrit : AUX ÉCOLIERS DE WRESCHEN. Et il signe : Henri Kossowski

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