‹ Maître du mondeChapitre 12 sur 20 · SECONDE LETTRE · texte numérisé non relu

SECONDE LETTRE

Peut-être son auteur lui-même se glissant .. (Page 106.)

» millions ou des milliards, je n'aurais qu'à étendre la main pour » les prendre.

» Que l'Ancien et le Nouveau Continent le sachent, ils ne peu- » vent rien contre moi, et je puis tout contre eux.

» Et cette lettre, je la signe :

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Telle était la lettre adressée au gouvernement des États-1 fais, déposée à l'Hôtel de la police, sans l'intermédiaire de la poste. Quant à l'individu qui l'avait apportée pendant la nuit du 14 au 15 juillet, personne ne l'avait aperçu.

Cependant un assez grand nombre d'impatients affluaient encore après le coucher du soleil et jusqu'à son lever aux abords de l'Hôtel. Il est vrai, comment eussent-ils vu le porteur de cette lettre, — peut-être son auteur lui-même, — se glissant lf long du trottoir et la jetant dans la boite?... Il faisait nuit, une nuit de nouvelle lune. < >n ne s'apercevail pas d'un coté de la rue à l'autre.

J'ai dit que cette lettre avait paru en fac-similé dans les journaux auxquels les autorités la communiquèrent dès la première heure. Or, il ne faudrait pas s'imaginer que l'impression qu'elle causa eut été tout d'abord celle-ci :

« C'est là l'œuvre d'un mauvais plaisant ! »

Non, cette impression, c'était bien celle que j'avais ressentie, lorsque la lettre du Great-Eyry m'était arrivée cinq semaines auparavant. .Mais, pour tout dire, persistait-elle encore dans mon esprit?... Le raisonnement ne lavait-il pas quelque peu modifiée?... Quoi qu'il en soit, je l'éprouvais avec moins d'assurance et, en réalité, je ne savais plus trop que penser.

D'ailleurs, ce n'est pas cette impression qui se dégageait, ni à

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Washington ni en aucune partie de l'Union. Effel très naturel, somme toute. Aussi, dans la disposition des esprits, à qui eû1 soutenu que la lettre ne devail pas être prise au sérieux, l'immense majorité se lui hâtée de répondre :

« Elle n'esl pas de la main d'un mystificateur !... < lelui qui l'a écrite c'esi bien l'inventeur de l'insaisissable appareil ! ■<

Donc, la question ne semblait l'aire doute pour personne, grâce à un curieux étal de mentalité assez compréhensible. A tous ces faits étranges, dont la clef manquait, on donnait maintenant une explication formelle.

Et cette explication, la voici :

Si l'inventeur a disparu depuis un certain temps, il vient de se révéler par un nouvel acte... Loin d'avoir péri par suite d'accident, il s'est retiré dans un endroit où la police n'a pu le découvrir... Kl alors, pour répondre aux propositions du gouvernement, il a écrit cette lettre... Mais, au lieu de la mettre à la poste dans n'importe quelle localité, d'où elle fût parvenue à son adresse, il est venu dans la capitale des États-Unis la déposer lui-même et, ainsi que le marquait la note officielle, à l'Hôtel de la police.

Eh bien, si ce -personnage avait compté que cette nouvelle preuve de son existence ferait quelque bruit dans les deux mondes, il allait être servi à souhait. Ce jour-là, des millions de lecteurs qui lurent et relurent leur journal, — pour employer la phrase bien connue, — « ne voulaient pas en croire leurs yeux » de ce qu'ils lisaient.

L'écriture de cette lettre, que je ne cessais d'examiner, s • composait de mots tracés d'une plume lourde. Assurément, un graphologue eût distingué en ces lignes les signes d'un tempérament violent, d'un caractère peu commode.

In cri m'échappa alors. — un cri que Grad n'entendit pas heureusement. Comment n'avais-je pas remarqué plus tôt la

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ressemblance d'écriture entre cette lettre et celle qui m'était venue de Morganton?...

El puis, — coïncidence plus significative encore, - Les initiales qui lui servaient de signature, ces majuscules n'étaientelles pas celles des trois mots « Maître du Monde?... » Et où l'ut .écrite cette lettre?... A boni de l'Épouvante..'. Et ce nom, c'était celui du triple appareil commandé par cet énigmatique capitaine !...

Ainsi elles étaient de sa main, ces lignes, comme celles de la première lettre, qui me menaçaient si j'osais renouveler ma tentative au Great-Eyry!...

Je me levai, je pris dans mon bureau la lettre du 13 juin, je la comparai avec le fac-similé du journal... Aucune hésitation possible ! Même écriture si singulière, et due à la même main !

Et alors, mon cerveau travaillant, je cherchai à établir les conséquences de ce rapproebement connu de moi seul, de celle identité de l'écriture des deux lettres, dont l'auteur ne pouvait être que le commandant de cette Épouvante, - - terrible nom qui n'était que trop justifié !..

Et alors, je me demandais si cette coïncidence permettrait de reprendre les recherches dans des conditions moins incertaines?... Pourrions-nous lancer nos agents sur une piste plus sérieuse qui les conduirait au but?... Enfin, quelle relation existait-il entre l'Épouvante et le Great-Eyry, quels rapports entre- les phénomènes des Montagnes-Bleues et les non moins phénoménales apparitions du fantastique appareil?...

Je lis ce qu'il y avait à faire, et, la lettre dans ma poche, je me rendis à l'Hôtel de la police.

Je demandai si M. Ward se trouvait à son cabinet. Réponse affirmative m'ayant été faite, je me précipitai vers la porte, j'y frappai peut-être un peu plus fort qu'il n'eût convenu, et, sur le mot « entrez ! », je bondis tout haletant devant le bureau.

a l'idée que L'ÉPOUVANTE put rivaliser avec les aigles... (Page 112.)

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M. Ward avait précisémenl sous les yeux la lettre publiée par les journaux, non point le fac-similé, mais l'original lui-même, qui avait été déposé dans la boite de l'Hôtel.

« Vous savez quelque cliose de nouveau, Strock ?...

— Jugez-en, monsieur Ward !.. . »

J'avais tiré de ma poche la lettre aux initiales. M. Ward la prit, il en examina le recto, et, avant de la. lire :

« Qu'est-ce que celte lettre ?... dit-il.

- Une lettre signée d'initiales, comme vous pouvez le voir...

— Et où avait-elle été mise à la posté ?

- Au bureau île Morganton, dans la Caroline du Nord...

— Quand l'avez-vous reçue?...

- Le 13 juin dernier... il y a un mois environ...

— Qu'avez-vous pensé tout d'abord?...

- Quelle avait été écrite par un mauvais plaisant...

— Et... aujourd'hui... Strock?...

- Je pense ce que vous penserez, sans doute, monsieur Ward, après en avoir eu connaissance. »

Mon chef reprit la lettre et la lut jusqu'à la dernière ligne.

« Elle a pour signature trois initiales?... observa-t-il.

— Oui, monsieur Ward, et ces initiales sont celles des trois mots « Maître du Monde », du fac-similé...

- Dont voici l'original, répondit M. Ward en se levant.

- Il est évident, ajoutai-je, que les deux lettres sont de la même main...

— De la même main, Strock...

— Vous voyez, monsieur Ward, quelles menaces me son! adressées, si je faisais une seconde tentative pour pénétrer dans le ( ireat-Eyry...

- Oui... des menaces de mort !... Mais, Strock, il y a un mois

que vous avez reçu celle lettre... Pourquoi ne pas me l'avoir montrée plus tôt?...

- Parce que je n'y attachais aucune importance... Aujourd'hui, après celle venue de l'Épouvante , il m'a hien fallu la prendre au sérieux...

- En quoi je vous approuve, Strock... Le fait me parait grave, et je me demande s'il ne serait pas de nature à nous mettre sur la piste de cet étrange personnage...

— C'est aussi ce que je me suis demandé, monsieur Ward... Seulement... quel rapport peut-il exister entre l'Épouvante

et le Great-Eyry . ..

- A cela je ne sais que répondre, et je ne puis l'imaginer...

Il n'y aurait qu'une explication, reprit M. Ward, en vérité peu admissihle, pour ne pas dire impossible...

— Et laquelle"?...

- Ce serait que le Great-Eyry lût précisément le lieu, choisi par l'inventeur, où il remise son matériel...

— Parexemple! ... m'écriai-je. Et de quelle façon y entrerait-il. . • •n sortirait-il?... Après ce que j'ai vu, monsieur Ward, votre explication est inacceptahlo...

A moins que, Strock...

A moins que?. . répétai-je.

- Que l'appareil de ce Maître du Monde n'ait aussi des ailes qui lui permettraient d'aller nicher dans le Great-Eyry!... »

A l'idée que l'Épouvante serait capable de rivaliser avec les vautours et les aigles, je ne pus retenir un vif mouvement d'incrédulité, et assurément M. Ward ne s'arrêta point à cette hypothèse.

D'ailleurs, il avait repris les deux lettres, il les comparait de nouveau, il cm examinait l'écriture au moyen d'une petite loupe, il constatait leur parfaite ressemblance. Non seulement la même main, mais la même plume les avail tracées... Et puis, cette

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corrélation entre les initiales de l'une et le Maître du Monde de l'autre !...

Après quelques instants de réflexion, M. Ward me ilil :

« Je garde votre lettre, Strock, et, décidément, je pense que vous êtes destiné à jouer un rôle importanl dans cette bizarre affaire... <>u plutôl dans ces deux affaires !... Quel lien les rattache, je ne saurais le deviner, mais, à mon avis, ce lien existe... Vous avez été mêlé à la première, el il ne sérail pas étonnanl que vous lussiez mêlé à la seconde...

•Ir le souhaite, monsieur Ward, el cela ne doit pas vous surprendre de la part du curieux...

Que vous êtes, Strock!... C'est entendu, et je ne puis que vous répéter : Tenez-vous prêt à partir au premier signal. »

Je quittai l'Hôtel de la police sous cette impression que l'on ferait à bref délai appel à mon concours. Mes deux agents et moi, nous serions partis en moins d'une heure, .M. Ward pouvait y compter.

Cependant les esprits étaient de plus en plus montés depuis le refus opposé par le capitaine de l'Épouvante aux offres du gouvernement américain. On le sentait à la Maison-Blanche et au Ministère, l'opinion publique ordonnait d'agir... Il est vrai, de quelle façon?... Où retrouver le Maître du Monde, et, s'il réapparaissait quelque part, comment s'emparer de sa personne?... Il y avait toujours en son cas des choses inexplicables. Que sa machine fût douée d'une prodigieuse vitesse, nul doute. Mais comment avait-il pu pénétrer dans ce lac de Kirdall, sans communication avec le dehors, comment en était-il sorti?... Puis, l'on venait, en dernier lieu, de le signaler à la surface du lac Supérieur, et, je le répète, sans avoir été aperçu sur ce parcours de huit cents milles qui sépare les deux lacs !...

En vérité, quelle affaire, et que de choses inexplicables! liaison de plus pour la pousser à fond... Puisque les millions

de dollars avaient échoué, il fallait recourir à la force... L'inventeur et son invention n'étaient pas à acheter, et on sait en quels termes hautains et menaçants il exprimait son refus!... Soit! il serait considéré comme un malfaiteur contre lequel tous les moyens deviendraient légitimes, qui le mettraient hors d'état de nuire!... La sécurité non seulement en Amérique, mais dans le monde entier l'exigeait... L'hypothèse qu'il eût péri dans quelque catastrophe ne pouvait même plus être admise, depuis sa fameuse lettre du 10 juillet dernier... Il était vivant, bien vivant, et sa vie constituait un danger public, un danger de tous les instants !...

Sous l'influence de ces idées, le gouvernement lit paraître la note suivante :

« Puisque le commandant de VEpouvante se refuse à traiter «le la cession de son secret, même au prix de ces millions qui lui sont offerts, puisque l'emploi qu'il fait de sa machine constitue un péril contre lequel il est impossible de se prémunir, ledit commandant est mis hors la loi. Sont approuvées d'avance toutes mesures qui auront pour résultat de détruire son appareil et lui. »

C'était la guerre déclarée, la guerre à outrance contre ce Maître du Monde, qui se croyait de force à braver toute une nation, la nation américaine !

A partir de ce jour, des primes considérables furent assurées à quiconque découvrirait la retraite de ce dangereux personnage, à quiconque parviendrait à s'emparer de sa personne, à quiconque en débarrasserait le pays.

Telle était la situation pendant la dernière quinzaine de juillet. Or, à bien y réfléchir, que conclure si ce n'est que seul le hasard pourrait la dénouer? Ne fallait-il pas, tout d'abord, que ce « hors la loi « reparût quelque part, qu'il fût aperçu et signalé, (pie les circonstances se prêtassent à son arrestation?... Ce n'est pas

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