‹ Maitre Guérin; comédie en cinq actes, en proseChapitre 19 sur 106 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

LOUIS

Mes services ont été déjà amplement récompensés.

CKCir. E.

Qu'importe? mon mari a des amis pui«.sants.

LOUIS, sichemem.

Votre mari? :se levant.) Je vous remercie, madame; je no veux devoir mon avancement à personne qu'à moi, et, permettez-moi d'ajouter, à votre mari moins qu'à personne.

CECILE, minaiiilant.

Pourquoi donc?

LOUIS, reporta:'.! sa chaise au fon.l.

Vous m'avez défendu de vous le dire.

C'est juste : et j'admire a\ec quelle scrupuleuse fidélité vous observez les consignes qu'on vous donne.

Je traite riionneur des autres aussi re.-pectueusement que le mien. Vous m'avez répondu, un jour, que faire une déclaration à une femme mariée, c'est la même insulte que proposer à un soldat d'abandonner son drapeau ; je me le suis tenu pour dit.

CÉCILE

J'exagérais peut-être un peu.

LOUIS

Non , madame.

Non? En sorle qu'une femme qui... qui vous s.crifierail fon lionncur pour vous deir.ander un sacriûce égal, de\rait vous demander de déserter?

LOUIS

Sans doute.

26 MAITIll' (iUKRl.X.

CÉCILE

Et vous n'y conscnlin'oz i)robablo:i':cnt pas?

LOUIS

ci;cn.c.

A'oii , cerles!

En êtes-vous bien sûr?

LOUIf..

Oh! frès-sùr!

CKCILE, souriant et se lovniit.

Vous êtes un homme touL d'une pièce ^ mon cher commandant. Ah! que j'ai eu raison de \ous imposer silence! Où en scrais-je, bbn Dieu! si je vous avais écoulé? vous me quitteriez aujourd'hui comme une amourette de garnison, en sifllant la retraite entre vos dénis. Pau\res femmes! comme vous nous punissez d'avoir cru à vos paradoxes sur les droits de la passion, le jour où nous les invoquons à notre tour! Quand nous préférons notre honneur à notre amour, nous n'avons pas de cœur; mais vous autres, vous ne sacrifieriez pas la moindre de vos susceptibilités! (se rasseyant.) Ah ! tenez! ne dites pas que vous m'aimez.

LOUIS, qui l'a écoutée nvee stupéfaction.

.Mais VOUS ne voyez donc pas (]ue j'ai le cœur dans un élau et qu'en sortant d'ici je vais pleurer comme un enfant! Ce qui me navre, ce n'est pas de quitter ma pauvre chère mère, Dieu me le pardonne! c'est de vous quitter, vous!

CÉCILE

Hestez, et je vous crois.

LOUIS

Mais c'est la seule preinc tpie je ne puisse pas vuu- tlonner!

Cl'; CI LE.

De (pioi s'ayit-il donc [tour vous? D"acce[)ter un avance-

Page 1