ACTE DEUXII-ME
civil; et d'ailleurs je le connais, ton garçon : un méchant gamin, incapable de rédiger un acte sous seing privé, que j'ai été obligé de fourrer à Saint-Cyr pour m'en débarrasser! Sais-lu pourquoi il a fait son chemin? Parce que c'est un casse-cou ; ce n'est pas plus dillicile que ça dans celte carrière-là. On avance jusqu'à ce qu'on soit arrêté par un boulet.
MADAME GUÉRIX.
Tais-toi!... Comment peux-tu dire de pareilles choses sans frémir?
GLIÎRIN.
Si on ne peut plus plaisanter!...
Pas là-dessus, du moins.
GUÉRIN
Cela ne m'empêche pas de m'occuper de l'avenir de votre fil»; et, dans ce moment môme, savez-\ous qui jatlends? Madame Lccoutellier et son neveu.
MADAME G L LUIN.
Ah!...
GUÉRIN
Vous di-tes : Ah! et vous ne me demandez même pas quel rapport cette conférence peut avoir avec votre fiis!... Cela vous est bien égal !
MADAME GUÉRIX.
Je n'osais pas t'interroger.
GLÉRIX.
Vous tomberiez à mes pieds si je parlais.
MADAME GIÉRIX.
Je t'en supplie.
G u En IX.
Asseyez-vou-. l'ii bien, votre fils aime madame Lecoulrllier et il en est aimé.
MADAMT: gué R in, assise de l'autre càté de la talilo.
Il aime madame Lecoutellier? Comment le sais-tu?
GL'IÎUIN, tirant une Lettre de siiu [jorti'fouille,
Tiens, lis.
JIADAME GUÉRIX, Usant.
« Vos ordres me sont sacrés. Je pars: je ne vous écrirai pas, « et si je ne suis pas tué, je reviendrai colonel à la fin de volie « deuil. » Il va revenir, et tu ne me le disais pas! Quel bonlieur! (Lisant.) « Je reviendrai colonel. » C'est pour lui tenir parole qu'il s'est jeté lèle baissée dans cette affreuse barricade de Puebla où il a reçu trois coups de baïoiinelte!
GUÉRIX.
Tout bonnement.
MADAMi: GUÉRlN.
Comme elle doit l'aimer!...
GUÉRIN
Yoilà bien les femmes!
Mais comment cette lettre est-elle entre tes mains?
GUÉIUN.
En nous quittant, le 18 septembre dernier, Guérin avait chargé Jean-Pierre de la porter à son adresse. Jean-Pierre n'a j)as trouvé madame Lecoutellier, elle était partie pour Paris, et il m'a rapporlé la lettre.
El tu l'as ouverte?... Que tu décachettes les niieni;es, ;i L; bonne heure; mais celles du colonel!...
GUÉRIN , se levant.
J'ai hésité, je l'avoue; mais on ne fait pas d'omeletle sans casser des œufs. — Ne seras-tu pas contente de voir Ion (ils épouser une grande dame?
ACTI-; DHUXIKME. 33
MAI) A M r: otijni.v.
Une femme qiril aime, oui.
C'est ce que je voulais dire, uue femme qu'il aime... une femme qui a des relations magnifiques, et qui est en passe de tout obtenir pour .son mari et pour sa famille... N'aimeriezvous pas à voir briller le rub.nn rouge h la boutonnière de votre Adrien, petite vaniteuse?
MADAME r. LÉRIN.
l'ourvu que Guérin soit heureux !
11 le sera! je vendrai mon étude...
MADAME GUIÎRIX.
Et qu'est-ce que lu feras ensuite?
GUIÎRIX.
Sois tranquille ! je saurai bien m'occuper. D'abord ma bru exigera probablement que je prenne une situation en rapport avec la sienne... Tout lui est possible avec son esprit, sa beauté et ses relations. Si elle veut que je sois député, il n'y
aura pas à dire, je le serai. (U s'assied sur un faiteuil à gauche.) M A [I A M I-; G U !■; R I X . s'asseyant prî>3 de lui sur une chaise.
3Iais crois-tu que madame Lecoutellier l'aime assez pour l'épouser"?
GUKRIX.
Pour l'épouser par amour tout sec, non pas; mais par raison composée de son inclination et de ses intérêts, oui; et c'est celle raison composée que je travaille à établir.
Ouolle lùte lu as !
GUÉ RI X
31ais oui, assez bonne. — Je commence par rapprocher kv. dislances, en diminuant sa fortune de moitié;
Comment cela?
GUÉKIN,
Tu sais qu'Arthur a attaqué le testament de Fon onclo: il a gagné son procès en première insiance, perdu en appi.'l . et la cour de cassation a renvoyé les parties devant la cour dans le ressort de laquelle sont situées les propriétés.
Eh bien ?
GUI-: [\1N
Ce procès est donc la bouteille à l'encre, il y a auliuil de chances d'un côté que de l'autre; les plaideurs sont suspendus par un fd entre rien et deux millions.
Ah! si elle pouvait perdre!
GUÉRIN, se levant.
Merci bien. C'est moi qui m'opposerais au mariage! — Non! j'ai amené la (ante et le neveu à l'idée fort sage d'une transaction, et je les attends aujourd'hui pour conclure.
MADAME (.UÉRIN.
Mais s'il lui reste encore un million ?
GUÉRIN
Combien pensez-vous que je donne à vutre fils, mad.in.a Guérin ?
Dame! je ne connais pas ta fortune.
GUÉRIN
Et tu n'as pas besoin de la connaître. Je donne cinq ceni mille francs.
Cinq cent...