ACTE DEUXIÈME
GUÉRIN
Oui, je me saigne à l)lanc pour ce mariage-là.
MADAJrp; GUÉRIN.
Ail! mon ami, que tu es bon! — mais il y a encore une différence énorme...
GUÉRIX.
C'est là que je l'attendais! Cette différence, je la comble sans bourse délier, par un trait de génie! — mais ceci doit rester un secret, car le moindre bavardage pourrait tout faire manquer : me promets-tu de n'en pas parler à ton bonnet de nuit?
-MADAMK GVÉRIN.
Oh ! Guérin!...
GUERIX, à demi-voix.
Il y aura dans la dot de ton fils une valeur inestimable aux yeux de madame Lecoutellier : le château de Valtaneuse, que ce vieux fou de Desroncerets a secrètement vendu au père Brénu, qui me le rétrocède.
MADAME GUÉRIX.
Si c'est fait, pourquoi tant de mystère?
GUÉRIX.
Desroncerets a vendu à réméré; le délai de rachat n'expire que dans trois jours, et si on avait vent de la chose, on pourrait me couper l'herbe sous le pied. Or, combien estimes-tu pour madame Lecoutellier la joie de rattraper ce beau nom de Valtaneuse qui lui tient si fort au cœur?
MADAME GUÉRIX.
Comment! est-ce que notre fils le prendra?
GUÉR IX.
Sans doute : est-ce qu'on ne prend pas tous les jours un nom de terre ?
MADAME GUÉRIN, tristement.
Il ne s'appellera plus comme nous?
GUÉRIN
Gela te fait quelque chose ?
Oui... Cela ne te fait rien à toi?
GUÉRIN
Oh! moi, je ne pense qu'à son bonheur.
C'est vrai ! je suis une égoïste !
GUÉRIN
Non, non; je ne veux pas qu'il y ait un nuage dans tes beaux yeux.
Je m'habituerai bien vite à cette idée.
GUÉRIN
Tu ne t'y habituerais pas, je te connais I tu te rongerais sans rien dire, ma pauvre femme, et je n'entends pas cela! Allons, allons! c'est moi qui prendrai le nom de Valtaneuse, et qui le lui transmettrai.
Toi?
C'est gênant de changer de nom à mon âge ! mais je tâcherai de m'y faire.
Tu t'appelleras monsieur de Valtaneuse?
GUÉRÎN.
Peuh!
Et n)oi , madame de Valtaneuse? On rira de nous, mon pauvre homme.