F RANCI XE
OiJ vas-tu ?
DE SROXCERETS.
Puisqu'il n'y a plus de père ici , puisqu'il n'y a plus d'enfant, je vais demander à un homme de loi ce qu'il me reste à faire.
F R A X C I X E , se jetant devant la porte.
Tu veux que je te rende mes comptes? tu le veux?
DESROXCERETS.
Sur-le-champ.
FRANCINE
• Je t'en supplie, ne l'exige pas.
DESROXCERETS, redoscemlant In scèn.-.
Alors, mets cent mille francs à ma disposition.
FRAXCIXE.
Cent mille francs !
DESROXCERETS, remettant son chapeau sur la table de gauche.
Eh bien !... ce n'est que le cinquième de ma fortune , après tout.
FRANCINE
Ah! j'espérais te laisser toute ta vie dans cette illusion!
ACTK QUATRIÈME. lOo
DESRONCERETS.
Quelle illusion ?
FRANGINE
Ilélas! mes comptes ne sont pas longs à rendre : tu n'as plus rien, que le parc et la maison.
DESRONCERETS, atterre.
C'est impossible !
FRAXCIXE.
Les débris de ton patrimoine ont à peine suffi à payer tes dettes.
DESRONCERETS.
Sur quoi donc vivons-nous depuis trois ans? ( Francine baisse les yeux.) Sur le bien de ta mère?... sur ta dot? fsiience.) Oh! quelle honte!... je vis aux dépens de ma Qlle! et tandis que je l'accuse, c'est elle qui me nourrit !
FRANCINE
Mon père... ne m'envie pas ce bonheur !
DESRONCERETS, tombant dans nn fauteuil.
Vieux fou!... voilà donc oi!i aboutissent tes rêves de gloire!... à être le parasite de ton enfant !
FRANCINE
Veux-tu te taire !
DESRONCERETS.
Je comprends maintenant pourquoi lu ne veux pas te marier! Ta dot, c'est le pain de ton père!... (Se relevant avec violence
et parcourant la scène.) Miscrablc quc je suis! Ah! maudit soit ce que mon orgueil prenait pour du génie 1
FRANGINE, le suivant et s'attachant à lui.
Ton orgueil ne te trompait pns : tu es un grand homme! je suis fière de toi! Tu n"as pas réussi, qu'importe! on sait à quel fil tient le succès ! Ne crois pas que je i^grelte ce que nous ont coûté tes belles inventions ; mon seul regret est de ne pouvoir plus fournir à ces nobles dépenses!
DESRONCERETS, avec une défiance tristiî.
Dis-lu vrai?
FRANGINE
Je te le jure! Et sais-tu pourquoi je ne me marie pas? Ce n'est pas du tout pour ce que tu penses; ne te fais pas de remords inutiles; c'est que tous les autres me paraissent petits à côté de toi. Quand on a l'honneur d'être la fille d'un homme comme toi, on se fait la servante de son génie, et cela suffit à remplir l'existence! Ne me plains donc pas, ne t'accuse pas surtout : je suis la plus heureuse des femmes.
DESRONCERETS, In serrant dans ses bras avec transport.
Pour la première fois je suis reconnu, et je le suis par ce que j'ai de plus cher au monde ! 0 mon seul amour ! si tu ne me trompes pas par une pitié angélique, voilà le plus beau jour de ma vie.
FRANGINE
Je ne te trompe pas.
DESRONCERETS.
Je te crois... j'ai tant besoin de m'enorgueillir de ton dé^ vouement pour n'en pas rougir!... 3Ioi qui vivais comme un seigneur, sans rien me refuser, sans compter avec toi, ni avec moi-même... lMais,= voyons... combien dépensons-nous par an?
FRANGINE, souriant.
Est-ce que tu veux faire des économies?
DESRONCERETS.
De vingt à vingt-cinq mille francs, n'est-ce pas?
FRANGINE
A peu près...
DESRONGERETS.
Mais alors nous entamons ton petit capital?
FRANGINE
Ne t'inquiète pas; je l'ai quintuplé par des placements heureux.