LA CAPITALE DE SON ROYAUME
tre Pierre , le grand collecteur de mon drainage. Toute la pluie qui tombe sur mes cinquante hectares s'écoule par ce fossé vers les marais et les cHangs, »
Cinq minutes plus tard , nous entrions dans un bois de la plus belle venue. Cent mille pins maritimes, hauts de 18 à 20 pieds, s'étendaient en ligne > droite sur une longueur d'un kilomètre.
« Donnez-vous la peine d'entrer, me dit maître Pierre en franchissant un petit fossé qui faisait le tour de la propriété. J'ai ici cinquante hectares de pins , mais je ne vous en monti*erai qu'un seul, car ils se ressemblent tous.
« Voici un hectare ou dix mille mètres carrés de landes, qui fournissait en 1844 la nourriture d'un mouton. U y a douze ans, j'y ai semé de la graine de pin, aussi drue et serrée que du chanvre et du blé. La première année, mes arbres ont poussé à 10 centimètres au-dessus du sol. L'année suivante, ceux qui n'étaient pas morts sont arrivés à une hauteur de 15 centimètres : voilà comme la végétation se comporte dans les pays inondés. Gomme la graine était bonne et le terrain défriché, j'avais environ un arbre par mètre carré , ou dix mille p^r hectare. Hais, du train dont ils montaient, tout me porte à croire qu'ils auraient eu à dix ans deux mètres de haut, la taille d'un joli soldat.
« En 1847, après avoir étudié le drainage avec ce
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monsieur de Paris, j'ai cherché un moyen économique d'écouler l'eau qui incommodait mes petits arbres. J'ai commencé par mesurer le niveau des cinquante hectares, et j'ai vu que le terrain n'était pas aussi plat qu'il en avait l'air. Il descendait en pente vers l'étang, mais la pente était bien faible : un millimètre par mètre ! Si le sol avait été uni comme une planche rabotée, l'eau s'en serait allée tout naturellement où la pente la portait. Mais il y avait ici une taupinière, là une racine de brande, là une empreinte laissée par le pied des hommes ou des animaux : il n'en fallait pas davantage pour retenir mille et une petites flaques qui ne savaient plus par où s'écouler. Qu'est-ce que j'ai fait? J'ai creusé autour de chaque hectare un fossé large d'un mètre et profond de quarante centimètres. L'eau n'a pas manqué d'y descendre à travers le sable, et, comme il n'y a dans les fossés ni trous, ni taupinières, ni racines, l'écoulement s'est fait en droiture et sans aucune contrariété, suivant la pente générale du terrain. Voyez plutôt! »
La pluie tombait toujours. Je remarquai, à ma grande surprise, que toute la masse d'eau qui s'abattait sur un hectare traversait rapidement le sol et semblait attirée dans les fossés. La terre s'égouttait à mesure qu'elle était mouillée ; plus heureuse cent fois que mes habits et mon chapeau.
« Gela m'a coûté gros, poursuivit maître Pierre.