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Gazette des B eaux- Art s, 2° période, XIX, D

comme un ange ailé des Annonciations, entraînant après elle des enfants gourmands et joyeux. Entre le dessin de M. Malcolm et le tableau du duc d'Aumale, il y a toutefois de notables différences. Dans la peinture, la figure s'est redressée, elle marche au lieu de courir ; moins souple et moins vive, elle a pris plus de noblesse et plus de gravité. La main droite qui tombait et portait une corne d'abondance (mal indiquée d'ailleurs, et comme déjà effacée), s'est relevée pour soutenir sur la tête une énorme corbeille de fleurs et de fruits qui donne de l'équilibre à la composition. L'ajustement, si délicieusement bizarre, a subi aussi quelques changements qui, à notre gré, sont moins heureux. Il semble que quelques années se soient écoulées entre le travail si vif et si poétique du dessinateur et le travail réfléchi du peintre, que soutient et que trouble à la fois un souci plus sérieux de l'expression symbolique. C'est ainsi que les gamins, si naturels et si gais, de l'esquisse, se sont changés en deux façons de Silènes en bas-âge, qui titubent, avinés, les jambes ballantes, le ventre gonflé, la face grimaçante, aux deux côtés de la déesse nourricière ^ Celle-ci, calme et indifférente comme la Nature, traîne du bout du doigt l'un de ces jeunes ivrognes presque endormi et prêt à laisser tomber sa flûte, tandis que l'autre,

\. C'est sans doute la laideur si expressive et si hardiment accusée de ces figures qui permit à Selvatico de s'y tromper et d'attribuer, en 1840, ce tableau à Mantegna, dont l'influence y est d'ailleurs marquée. VAutoimie se trouvait alors chez M. Baldeschi, marchand, qui disait l'avoir reçue de Mantoue.

plus allumé encore que son camarade, empêtré dans les raisins et les pampres, chante et gesticule en roulant sur ses maigres épaules sa tête bouffie de petit vieux que menace un serpent enroulé à son bras ^ Les intentions allégoriques et morales se sont accentuées aux dépens de la grâce. Telle qu'elle est, pourtant, la figure est exquise, d'un style singulièrement fier et d'une puissante exécution.

Une œuvre plus complète encore, d'une intégrité admirable, que MM. Crowe et Cavalcaselle attribueraient volontiers à Botticelli, dont la grâce fière et douce y semble, en effet, respirer, est le magnifique portrait de Simonetta Vespiicci^ que M. Reiset restitue à Andréa Pollajuolo. Quel qu'en soit l'auteur, c'est un des plus parfaits spécimens du beau style florentin, tel qu'il se précisa et s'agrandit sous l'impuyion de ces peintres-orfèvres dont la main était si sûre et l'intelligence si haute, alors qu'il unit au sentiment le plus incisif de la réalité, le goût le plus délicat dans ses conceptions poétiques. Cette fois, nous avons toutes chances de contempler le portrait authentique de cette célèbre Simonetta, d'origine génoise, mais qui habita Florence où elle épousa un Cattani, et qui fut aimée par Julien de Médicis. L'inscription est peinte en pleine pâte : SIMONETTA JANUENSIS YESPUCCIA ; le tableau se trouvait encore chez les Vespucci lorsque M. Reiset l'y acheta. Donc, point de doute. Mais, dans

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