Clément de Ris, Les Musées de Province. Seconde édition
p. 359. — Emmanuel Bocher, Catalogue de Vœuvre de Lancret, \ p. 44. ,
cherche l'expression, mais laisse fuir le dessin. Le Tendre désir donne une idée plus complète des habiletés séduisantes de ce talent malsain. Dans cette femme de chair laiteuse, à demi pâmée, le sein nu, la bouche béante, les cheveux et les voiles en désordre, qui lève béatement au ciel des yeux attendris par des désirs fort terrestres, respire à plein cette sentimentalité affadissante qu'il mit à la mode; Fexécution, d'ailleurs, en est délicate, harmonieuse, savoureuse, très bien faite pour tout justifier.
Quel sens plus vrai, quel goût plus franc de la beauté, de la volupté, de tous les enivrements de l'imagination chez Prud'hon, qui clôt, comme André Chénier, le xvin^ siècle en lui faisant tourner les regards vers la grâce éternelle de la jeune Antiquité, et qui ouvre le xix^ siècle, comme l'aurore ouvrait les portes du jour, avec des roses plein ses mains! Près d'une étude, un peu molle en certaines parties, mais d'une allure charmante dans l'ensemble, une Nymphe disshe, nous adorons deux esquisses célèbres, qui viennent aussi du marquis de Maison. C'est VHommage à la beauté et c'est le Réveil de Psyché. Les voilà donc de nouveau, ces petits amours grassouillets, inventés par les Grecs, dont le xvn^ et le xvni^ siècles ont si fort abusé ! mais les voilà, rajeunis, ragaillardis, rafraîchis, recommençant avec une grâce nouvelle leurs gamineries galantes! Soit qu'ils accourent en gambadant pour adorer une belle fille assise qui rêve dans un bois, soit qu'ils volent en souriant, pour chuchoter des choses
tendres à l'oreille indécise d'une belle fille couchée qui s'éveille sous une tente, c'est toujours dans leurs gestes la même grâce fine et naïve, sur leurs visages la même vivacité joyeuse et naturelle, dans leur sourire la même poésie. Prud'hon a retrouvé d'ailleurs, avec le sentiment de la vie, l'intelligence de la lumière, de cette lumière pénétrante, caressante, insinuante, active, qui est l'âme de la peinture. Toutes ses figures, trempées dans cette divine lumière, en sortent immortalisées.