‹ Maîtres d'autrefois et d'aujourd'huiChapitre 19 sur 61 · H. Taine, etc., t. I, p · texte numérisé non relu

H. Taine, etc., t. I, p

LA PEHSONNK KT L OEl'VRK DE TAINE. 145

main, cherchant un assouvissement dans la vue de lospace libre et du ciel bouleversé, une détente dans la notation écrite du tumultueux dialogue intérieur* ». Trois ans auparavant, il écrivait déjà à Paradol : « Tout ce flot de pensées et de sentiments qui s'agitent en moi, ne pouvant déborder au dehors, s'épanche en toute sorte d'écrits particuliers, soit sérieux, scientifiques et pratiques, soit intimes, secrets, confidentiels. L'an prochain, je te dirai tout^ » Prévost-Paradol qui a dû lire ces pages confidentielles, jugeait son ami d'un mot, qui me semble décisif : « C'est la passion, disait-il, qui a la raison pour vêtement ». Il y avait chez Taine un fond de sensibilité véritablement romantique : non pas cette sensibilité saine, active et réglée qui caractérise les tempéraments et les âmes de l'époque classique, un Bossuet, par exemple, un Corneille, un Racine, môme un Pascal; mais celte sensibilité inquiète et troublée, frémissante et un peu maladive, que le moindre choc ébranle, que le moindre obstacle exaspère, que rien ne peut contenter, qui aspire à toutes les chimères, et à laquelle seuls l'amour de la nature et le charme de la poésie apportent un peu de détente et d'apaisement. C'est

1. A. ChevrJllon, la Jeunesse de Taine. {Revue de Paris du I" juillet 11)01, p. U.) — M. Ghevrillon ajoute ici en noie ce précieux détail : « Taine nous permit un jour de regarder ce cahier de jeunes confidences qu'il détruisit avant sa mort. Nous y reconnûmes un mélange analogue à celui de Graindorge, une observation ironique, aiguë, de l'humanité provinciale et un fonds de poésie ardente; seulement, au lieu d'être refoulée, la source poétique s'épanchait à flots violents. Je me rappelle surtout la joie, après les années de Paris, de retrouver les arbres verts et le ciel libre, et la passion pour Byron. »

Page 1