‹ Maîtres d'autrefois et d'aujourd'huiChapitre 20 sur 61 · Taine, etc., t. I, p · texte numérisé non relu

Taine, etc., t. I, p

le mal de Rousseau, aisément reconnaissablc chez tous ceux auxquels le grand u écorché moral » a passé un peu de son âme. Rappelons-nous la fin de Félude sur Byron : « Longtemps encore les hommes sentiront leurs sympathies frémir aux sanglots de leurs grands poètes. Longtemps ils s'indigneront contre une destinée qui ouvre à leurs aspirations la carrière de Tespace sans limites pour les briser à deux pas de Tentrée contre une misérable borne qu'ils ne voyaient pas.... Notre génération^ comme les précédentes^ a été atteinte par la maladie du siècle, et ne s'en relèvera jamais quà demi. Nous parviendrons à la vérité, non au calme. » Cet aveu, cet accent en disent long sur les dispositions intimes de Tâme qui, presque involontairement, s'est laissée trahir.

Ce passionné, ce tendre, et j'oserai presque dire cet élégiaque était un triste. L'exaltation de la sensibilité n'engendre pas la sérénité du cœur. Il y a entre les humbles réalités de la vie journalière et l'infinité de nos désirs et de nos rêves, une disproportion trop criante. Comme un oiseau qui se heurte, misérablement aux barreaux de sa cage, l'âme douloureusement froissée retombe sur ellemême, gémissant de son impuissance, meurtrie, endeuillée pour toujours. A chaque instant, dans la Correspondance, l'aveu de cette « tristesse organique » reparaît : « Hélas! mon pauvre ami, je roule comme toi par tous les bas-fonds du marais de la mélancolie. Je m'ennuie avec un excès que tu n'as jamais connu K » « Je bâille, je wertherise, je

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