Id., t. IV, p
même plutôt optimiste, et il « jugeait le monde, sinon bon, du moins passable^ », mais il était profondément pessimiste d'instinct et de premier mouvement, et son humeur, contrariant et combattant ses théories, a, comme Ton sait, souvent percé dans ses livres. Ses impressions, ses premiers jugements spontanés sur la vie et sur les hommes, ses prévisions politiques ou sociales, — surtout à partir de la guerre, — sont empreintes du pessimisme le plus décourageant. Il n'est pas sans en avoir eu conscience : « Peut-être, écrivait-il en 1865 dans ses Notes sur la province, peut-être y a-t-il un défaut dans toutes mes impressions : elles sont pessimistes. II vaudrait mieux, comme Schiller et Gœthe, voir le bien, comparer tacitement notre société à Tétat sauvage. Cela fortifie et ennoblit -. » Taine avait raison sans doute; mais on ne réforme pas sa sensibilité, et, — sa Correspondance en fait foi, — la disposition pessimiste devait rester la sienne jusqu'au dernier jour.
Tout cela aurait pu, le milieu et l'éducation aidant, faire de Taine un vrai poète, le digne émule de ce Byron et. de ce Musset qu'il a tant aimés. Mais il était par nature, peut-être aussi par tradition familiale, d'une extrême réserve, et il avait, nous l'avons vu, une vive répugnance instinctive à l'expression publique de ses sentiments personnels. Pour tout dire, il était timide. Il ne l'était pas, — et il était même tout le contraire, — dans l'ordre de la pensée ; il l'était invinciblement dans l'ordre de l'ac-
1. Lettre à M. Bourget à propos des Essais de psychologie contemporaine (t. IV, p. 137).