‹ Maîtres d'autrefois et d'aujourd'huiChapitre 23 sur 61 · Tainc, elc, t. I, p · texte numérisé non relu

Tainc, elc, t. I, p

2. Id., ibid., p. 85. On serait ù ce propos assez curieux de savoir ce <iu(î Taine a pensé de l'Encyclique Beruin novarum. Le dernier volume de la Correspondance est muet sur ce point.

3. Voyez là-dessus l'article de M. Paul Bourget sur les Deux Taine, dans ses Études et Portraits, t. III. Sociologie et Littérature (Paris, Pion, 190(5). Sur révolution politique et religieuse de Taine, celle élude contient des pages fort remarquables, dont je m'inspirerai à plus d'une reprise.

quand il se trouva brusquement en face des brutales réalités de la guerre, de l'invasion et de la Commune : ce sinistre cauchemar devait peser sur les vingt dernières années de sa vie.

On s'explique aussi qu'il ait laissé à demi inemployés les dons et les facultés de poète lyrique qu'il sentait en lui. L'impudeur native du lyrique moderne s'accommode mal de ce besoin « tout physique » qu'avait Taine de cacher son « moi » aux étrangers et aux indifférents. Survivance en lui sans doute de ces habitudes élégantes et discrètes de « l'honnête homme » d'autrefois. L'admirable impersonnalité des grands écrivains classiques procède d'un sentiment de ce genre; et Taine, si romantique de goût et d'inspiration qu'il fut resté, — il nous l'avoue lui-même quelque part S — Taine était classique sur ce point.

Il l'était sur d'autres encore, et de son propre aveu. Des notes personnelles, datées de 1862, — il achevait Y Histoire de la littérature anglaise, — nous apportent ici un témoignage décisif :

Ma forme d'esprit est française et latine : classer les idées en files régulières avec progression à la façon des naturalistes, selon les règles des idéologues, bref oratoire me ni.... VHistoire de la civilisation de M. Guizot, les cours de Jouffroy m'ont donné la première grande sensation de plaisir littéraire, à cause des classifications progressives.

Le surplus vient de la philosophie : mon eiïort est d'atteindre l'essence, comme disent les Allemands, non de prime

1. Dans une très intéressante lettre à Hatzfeld. {Correspondance, t. 11, p. 42-49.) Ses auteurs favoris, ce ne sont point Corneille et Racine, ni, « les Grecs exceptés, les belles œuvres régulières des grands siècles »; ce sont les romantiques; c'est Shakspeare et c'est Goethe, c'est Byron et c'est Beyle, c'est Balzac et c'est Musset.

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assaut, mais par une (frnnde route unie, carrossable. Remplacer rintuition {iusiglit), labstraction »u\nie [GeislVenuinft) par Vanalyse oraloire. Mais cette route est dure à creuser'.

Qu'on veuille bien médilorsur eelcxle, qu'un [)ur classique, — un Nisard, un Brunetière, — aurait pu signer. Taine nous y révèle avec une précision, une clairvoyance qui ne laissent rien à désirer, non seulement la manière dont il « compose » et construit ses livres, ses articles, et môme ses phrases, mais encore dont il conduit, développe, et même conçoit ses idées. L'éducation universitaire a sans nul doute passé par là; mais elle n'a fait qu'enrichir et fortifier une tendance primitive; elle a donné à une « forme d'esprit française et latine » pleine conscience d'elle-même. Et c'est grâce à ces deux influences combinées que l'auteur de la Liliérature anglaise est devenu l'un des modèles les plus accomplis de l'art d'écrire, d'exposer et de démontrer, bref, de la « composition » classique.

Comment cette forme d'esprit tout classique se conciliait-elle avec ce fond de sensibilité et d'imagination romantiques que nous avons reconnu chez Taine? Ce qui est sûr, c'est que les deux tendances, d'ordinaire contradictoires, coexistaient également fortes en lui ; et c'est précisément ce qui fait, — psychologiquement et historiquement, — la curieuse originalité de son cas. On a prétendu souvent, — sur la foi, je crois, de Sarcey, — que le style de Taine, coloré et imagé comme nous le connaissons, était un miracle d'artifice : né idéologue, créé pour enchaîner des syllogismes dans la langue abstraite

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