‹ Maîtres d'autrefois et d'aujourd'huiChapitre 24 sur 61 · Taine, etc., t. II, p · texte numérisé non relu

Taine, etc., t. II, p

de Condillac, le jeune écrivain, pour réussir et atteindre un plus vaste public, se serait fait systématiquement, en étudiant Gautier et Paul de Saint- Victor, le style somptueux, éclatant par lequel il s'est si vite imposé. Le bon Sarcey, qui n'était point un psychologue très perspicace, et qui, d'ailleurs, ne connaissait de Taine que ses dissertations d'École normale, Sarcey a été ici dupe des apparences. A défaut des notes et papiers plus intimes, il suffit d'ouvrir les premières pages de la Correspondance, pour voir s'évanouir la légende : dans cette prose juvénile et toute spontanée, les images jaillissent, abondantes et drues : « Tu as été au fond du scepticisme avec moi; nous en avons rapporté une goutte de liqueur empoisonnée qui flétrira toutes nos croyances, et ne pourra trouver son remède que dans la science absolue. Tu ne veux pas du remède; eh bien! je te jure que la maladie te suivra, et que tu auras beau t'étourdir, elle te prendra à la gorge au milieu de tes efforts les plus passionnés pour le service de tes opinions chéries ^ » Est-ce là le langage d'un pur idéologue? Fait plus caractéristique encore : en 1862, fatigué de produire, et surtout d'écrire, comme il le fut à plus d'une reprise, la tête épuisée, il s'arrête, il s'interroge loyalement sur lui-même , il se demande anxieusement si « son genre d'écrire n'est pas contraire à la nature, puisqu'il lui fait tant de mal », et il écrit :

Qu'est-ce qui me reste? Quel talent? quelle facilité?

Il me reste l'habitude de prendre des notes au courant de

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