Taine, etc., t. 11, p
tenait au cœur, est, on le sait, très nettement exprimée dans les Origines : elle en forme, si Ton peut dire, la conclusion philosophique et morale. Peu de mois après la publication des articles sur l'Eglise, il écrivait encore : « Pour la religion, ce qui me semble incompatible avec la science moderne, ce n'est pas le christianisme, mais le catholicisme achiel et romain; au contraire, avec le protestantisme large et libéral, la conciliation est possible* ». Et l'on sait quel commentaire pratique il a, par ses funérailles protestantes, fourni à cette conception. Mais, d'autre part, il se rendait bien compte que le protestantisme, comme il l'avait dit, « est contre la nature du Français » ; et, pour tout concilier, ses exigences philosophiques, ses aspirations morales et ses observations d'historien réaliste et patriote, il eût été heureux de pouvoir dire du catholicisme ce qu'il disait du protestantisme. Il me semble que ce sentiment perce à plus d'une reprise dans la dernière partie des Origines^. En 1887, il écrivait à sa femme : « Lisez, dans le Scieniifîc Monthly, un article du Révérend Freemantle sur la conciliation du christianisme avec la science; plîit à Dieu qu un prêtre catholique français pût écrire de pareils articles! Nous n'aurions pas les discours de M. Madier de Montjau et autres de la dernière
i. H. Taine, etc., t. IV, p. 333.
2. Cf., entre autres passages, ces lignes qui terminent et résument le livre de VÉglise : « Au demeurant, en France, le christianisme intérieur, par le double effet de son enveloppe catholique et française, s'est réchauffé dans le clergé, surtout dans le clergé régulier, mais il s'est refroidi dans le monde, et c'est dans le inonde surtout que sa chaleur est nécessaire » (t. XI,
séance*. » Mais les préventions de sa philosophie no hii permettaient pas de s'attarder î\ ces regrets, et, en remettant la question à Tétude, de les convertir en espérances. Le pas (pi'il n'avait pas franchi, quelques-uns de ses disciples, plus complètement informés et moins prévenus, devaient le franchir après lui. Pour lui, il se débattait parmi ces douloui'cuses « antinomies » sans parvenir h les résoudre, il n'est pas douteux que la vision très nette qu'il en avait n'ait fortement contribué à renforcer son pessimisme croissant des dernières années. Ce pessimisme, qui se répand avec une si large impartialité sur les diverses parties des Origines, s'exhale, plus acre encore et plus direct, dans les lettres de la môme époque. « Dégoûté de ses drôles », — les Jacobins, — « regrettant le temps où, écrivant sur la littérature, il n'avait à décrire que de beaux talents et des sentiments fins^ », il se reprenait parfois, mais bien timidement, à l'espoir, en lisant, par exemple, les speeches de Macaulay : « Cela donne confiance en la raison humaine, — disait-il à Emile Boutmy, — en rinfluence de cette raison sur les masses; et vous savez si j'ai besoin d'y croire ! Toute répocjuc que j'étudie me pousse dans le sens contraire, il me semble toujours que je vis dans une maison de fous ^ » Mais bientôt, il retombait à ses sombres pronostics. « Je suis d'une génération qui finit, — écrivait-il à E.-M. de Vogué, — remplacez-nous; en fait de poli-
1. Vie et correspondance, t. IV, p. 204-245. — Cf. aussi p. 154, dans une lettre à Charles Uitter, ses objections pratiques contre les illusions, ou les espérances du protestantisme libéral.