M., t. IV, p
se faire aucune illusion sur le sort qui Tattendait : « Mon prochain livre, — écrivait-il à sa femme dès 1872, en parlant de VAncien Régime, — mon prochain livre sera singulier, très anticlérical et très anti-révolutionnaire ; on va me tomber dessus des deux côtés; mais j'ai bon dos^.. ». Les lettres qui remplissent les deux derniers volumes de la Correspondance nous montrent Thistorien presque tout entier absorbé par son énorme labeur qui s'allonge sans cesse devant lui, à Taffût de tous les documents imprimés ou manuscrits, connus ou inédits qui peuvent rentrer dans son enquête, très attentif aussi à rimpression que produisent ses jugements sur les esprits sérieux et informés, très préoccupé, quand il rencontrait devant lui des critiques courtois et avisés, de leur faire mieux entendre sa pensée, de défendre et de leur faire accepter ses conclusions. Les écrivains d'autrefois publiaient souvent des « défenses » de leurs grands ouvrages : tels Montesquieu et Chateaubriand. La Défense des Origines es\. dispersée dans les lettres des vingt dernières années de la vie de Taine. Toutes ces lettres sont du plus grand intérêt psychologique et historique, et font le plus grand honneur à la loyauté, à la conscience scrupuleuse, à la modestie aussi de Thistorien philosophe. Qu'on en juge par ce fragment de lettre à M. Jules Lemaître, en réponse à son article sur le Napoléon :
... Sur le manque de progrès et de développement dans mon portrait, je croyais avoir suivi les étapes successives de sa conception de Thomme et de la société humaine,