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d'importance aux lignes principales et au jet du dessin qu'à la perfection des contours, des détails, et plutôt que d'atténuer la grandeur d'un mouvement ou la force de l'expression, il se permettait volontiers des audaces. Ce principe d'exécution suivi pour la Suzanne, pour la Vénus Anadyomene devient plus évident encore dans Y Andromède (1841) et surtout dans ce pur, dans cet absolu chef-d'œuvre, la Toiletle d'Est lier (1842).
En dehors des tableaux de nu où il célébrait, avec des accents d'une ardeur ignorée, la langueur dolente de la chair lasse, Ghassériau s'affirmait portraitiste de puissante envergure, (Poj^trait du Père Lacordaire 1841; Portrait des deux sœurs, 1843), et d'autre part, depuis son début, il s'était sans cesse efforcé de restituer leur caractère oriental aux scènes du drame biblique et de la légende chrétienne {Jésus au Jardin des Oliviers, 1840; Descente de Croix, 1842). En 1843, la Ville de Paris offrait à son talent les latitudes précieuses de l'expansion décorative; elle confiait à l'artiste la parure d'une chapelle à l'église Saint-Merri et les préférences instinctives de Ghassériau le conduisaient à demander le thème de son inspiration à la Vie de sainte Marie U Egyptienne.
Aujourd'hui, dans les ténèbres de la pénombre, cette suite de compositions salpêtrées, par endroit disparues, se laisse à peine entrevoir et, pour en rétablir l'intégralité, il faut le secours de la gravure d'Haussoullier et du commentaire de Gautier. Au moment d'aborder la peinture monumentale, on
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dirait qu'un dernier combat s'est livrée entre Télève d'Ingres et le romantique impatient « de rendre ce qu'il avait dans l'âme, de façon visible ». Tel groupe des anges thuriféraires célébrant l'ascension de la Sainte, rappelle l'a foule, qui froidement s'agite, dans le Martyre de saint Sijmphorien. Ce retour, ce ressouvenir n'est que passager; la volonté satteste d'arriver à une expression dramatique contenue mais intense; le goût pressant de l'exotisme éclate; une particulière délicatesse d'âme se révèle dans la grâce touchante de mainte attitude. Au point de vue technique il V a pareillement innovation, et Théophile Gautier ne manque pas d'insister sur « le ton clair et doux de ces tableaux sans luisant , rappelant , sans servilité, l'aspect placide des fresques italiennes ».
C'est à l'huile aussi que furent exécutées, « directement, sur le mur enduit » les peintures de la Cour des Comptes. Aux termes de l'arrêté de commande. Chassériau n'avait charge que d'embellir la partie supérieure des parois, entre le plafond vitré et le palier d'arrivée. Il entendit ne laisser vide aucune place de la muraille, depuis le départ de l'escalier jusqu'au faite; l'exemple de Saint-Merri lui conseilla de subordonner les jeux de sa palette à la distribution de la lumière. En bas. à l'entrée, les deux panneaux parallèles, qui ne recevaient qu'un jour indirect, furent traités en grisaille, de manière a simuler l'aspect de hauts reliefs : à droite, un soldat s'occupe à détacher des chevaux retenus à des arbres ; sa nudité, le style des
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boucliers et des armes entassés au premier plan, a fait qualifier « d'antique » le sentiment de ce morceau qui apparente certainement Chassériau à Géricault. Vis-à-vis, c'est une campagne plantée de cactus, d'arbustes, où un chêne projette ses puissantes ramures, une campagne qu'habitent : le Silence debout, le doigt appuyé sur ses lèvres closes, la Méditation, accoudée, une fleur à la main, le regard perdu dans le lointain, l'Etude, assise, s'absorbant à feuilleter le livre de la Science. L'intervention du paysage dans la décoration s'impose, très significatiA"e. De ces grisailles, Théophile Gautier a pu dire qu'elles étaient « une introduction en mode mineur à l'éclatante symphonie pittoresque développée dans le haut de l'escalier » .
L'antithèse indiquée dès le seuil, se continue, s'amplifie.
Du même côté où se voyait, en bas, le tableau équestre, c'était une superposition de deux scènes, Le Retouî' des Captifs, L'Ordre pourvoit aux frais de la guerre^ flanquées sur le côté d'une représentation de la Justice réprimant les abus. Les peintures placées en regard réalisaient l'opposition voulue : entre deux panneaux ayant pour sujet commun le Commerce rapproche les peuples, s'étendait l'allégorie de la Paix protectrice des Arts et des Travaux de la Terre. Au-dessous des compositions courait une frise en camaïeu, de sujets variés, appropriés, montrant tour à tour des Vendangeurs des Océanides, une figure de la Loi, des Guerriers. Sur le mur
qui reliait les deux parois, un tableau de V Ordre et la Force faisait face au visiteur, durant l'ascension des degrés.
En 1871 l'incendie consuma en partie la décoration ; exposée depuis sous le ciel libre, elle n'eut guère moins à souffrir de l'air, de la pluie que du feu, et il a fallu la nécessité de jeter à bas le palais pour autoriser l'aide des admirateurs de Chassériau et arrêter la lente agonie.' Le pic du démolisseur ne profanera pas la douloureuse beauté de ces chefs-d'œuvre mutilés ; il ne dispersera pas dans la poussière des décombres les vestiges épargnés par les hommes et les éléments; l'espoir nous est donné que leur grâce survivra à tant d'orages, radieuse et triomphante...
Cette fois encore, ceux qui voudront coordonner les fragments sauvés devront solliciter de la prose magique de Gautier l'évocation de l'ensemble, tel qu'il parut en 1848, dans la fleur de sa nouveauté. L'artifice du style fera revivre a leurs yeux ce qui est pour tout jamais perdu : la Justice apparaissant dans la caverne des prévaricateurs ; les gens du Nord jetant l'ancre en Orient; le Retour des captifs avec ses esclaves nues et ses fières cavales; enfin les parties absentes de la Paix protectrice des Arts et de V Ordre pourvoit aux frais de la guerre.
1. Le dévouement si vigilant et si zélé de M. Arthur Chassériau à la mémoire de son oncle ne saurait être trop loué, et il convient de rappeler encore avec quelle fidélité légitimement revendicatrice la gloire de Théodore Chassériau s'est trouvée défendue par les Vachon, les Bouvenne, les Baignères et les Ghevillard, par les Léonce Benedite et les Ary Renan.