La République française, 25 avril
échappé davantage; eL de fait, Bertlie Morisot abordait avec une déconcertante maîtrise- la technique où elle devait fournir la uieilleure mesure de ses dons. Les tableaux, les pastels avoueront les sollicitations changeantes de ses préférences; ici Berllie Morisot découvre du premier coup une façon de s'exprimer définitive, invariable. Son aquarelle se classe, avec celle de J.-B. JongLind, comme la plus triomphante aquarelle de 1 impressionnisme; elle est alerte, fraîche, légère, diaphane; les modalités du jour tamisé ou direct s'y différencient à ravir dans leur ténuité; toute mièvrerie en est proscrite; l'attitude, le geste, s'y trouvent fixés, à la dérobée, avec l'inconscience heureuse du génie qui se rit, sans crainte et sans fatigue, des difficultés qu'il ignore. Nulle part Berthe Morisot n'apparaît plus personnelle, plus exquise, et jamais, en réalité, ne se rencontra accord aussi décisif, corrélation aussi étroite entre la qualité du procédé expéditif, instantané et la nature m.ême de l'artiste, toute du premier mouvement.
L'aveuglement de la foule, les dénis de justices et les invectives ne pouvaient manquer de blesser la susceptibilité d'une sensitive et cependant c'est un parti bien arrêté chez Berthe Morisot de n'esquiver aucune rencontre et de réclamer fièrement sa place aux côtés de ses compagnons de lutte. Avec Claude Monet. Benoir et Sisley elle brave, le 24 mars 1875. l'épreuve d'une vente tumultueuse à l'Hôtel Drouot '.
1. Douze ouvrages do Derlhe Morisot figuraient à celle veiih^: ils étaient ainsi désignés au catalogue et les prix alleinls
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Puis la voici, rcniisc de son émoi, loiilc à la iicvic du lal)eiir. Une saison passée au pays (routrc-Manchc, avec des slalions à l'île de AVight et sur les bords de la Tamise, cxallait les prédispositions natives à percevoir et à rendre les brumes et les voiles de i'almosphère. Delà les accents « wliistleriens » que prennent certains de ses ouvrages, où la mise en toile et le dispositif rappellent, à d'autres égards, Alfred Stevens. Son art graduellement s'affine; c'en est fait des franchises d'antan qui lui sembleraient aujourd'hui des brutalités; elle exile de sa palette les couleurs vives pour se restreindre aux nuances dégradées, et ses tableaux, « pimpants brouillis de blanc et de rose », sont presque tenus dans la monochromie du camaïeu. Le genre même dont ils relèvent autorise, s'il ne la réclame, l'atténuation de ces sourdines; la peinture d'intérieur que l'artiste cultivait plutôt avec quelque intermittence vient à l'absorber autant que le paysage. L'babitude de la vie mondaine l'induit à s'inspirer de ce « dandysme féminin » qui est selon Jules Laforgue « la beauté de l'être en toilette », et plus encore, elle se divertit à divulguer le secret de la vie intime. Elle voit, elle sait, elle sent en femme, comme seule une femme peut voir, savoir et sentir, et la révélation garde, sous ses pinceaux, la pudeur d'un
furent les suivants : Peintures : Chalet au boril de la mer, 230 francs: Inférieur, 480 fr. ; Les papillons, 245 fr. ; La Iceture, 210 fr. ; Plage des Petites-Dalles, 80 fr. — Pastels : Blanche, 250 fr.; 5^//- l'herbe, 320 fr., Plage de Fi'camp, 100 fr. — Aquarelles : Marine, 45 fr, ; Lisière dUm bois, 45 francs; Environs de Paris, 50 fr. ; Sur la plage, GO fr.