Mercure de France, 1892, t. V, p
2, Le Salon des Indépendants de 1896 a montré d'intéressantes peintures de la fille de Berthe Morisot.
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en lUOO, quand l'évocation centennale fait entrer limpressionnisme dans la gloire et dans l'histoire. D'autre part, une piété diligente entretient la ferveur du regret et favorise, par quatre expositions, le contrôle et la revision des jugements de naguère : expositions des travaux laissés, à la mort, dans l'atelier (Durand- Kuel, 1902; Druet, 190o); expositions d'ensemble, fl| autrement édifiantes (Durand-Ruel, 1896 ; Salon d'Automne, 1907), qui ont permis d'envelopper l'œuvre dans un regard et de se risquer à en déterminer la portée. Par une fortune bien rare. Berthe Morisot échappe à la fatalité qui semble vouer l'elTort féminin à l'imitation inconsciente et stérile. La vive sympathie qui la tour à tour attirée vers Corot et Manet, vers Monet et Renoir n'a point été celée; mais l'inquiétude de l'humeur rendait toute influence innocente, parce qu'instable; puis, si le profit tiré des suggestions étrangères n'est pas mis en doute, c'est justice de reconnaître qu'il y a eu aussi assimilation et transformation de l'apport extérieur, à la requête d'une volonté lucide et ardente, tendue vers un seul but qu'elle atteint selon l'élan même de la spontanéité. « Berthe Morisot peint des tableaux comme elle ferait des chapeaux », a dit Degas, dans un mot célèbre d'où toute intention malveillante est bannie, et qui ! veut seulement marquer des caractères dilïérentiels, 1 dégager des visées spéciales, et proclamer la prédominance de l'instinct, vraiment ici absolue et souveraine. Au rebours de Claude Monet et d'Auguste Renoir, qui évoluent de l'inconscient vers le conscient.
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J)orlhe Morisol demeure, à toutes les mlimtes de sa carrière, iavariablement et également impulsive. Le Icrme seul d' « impressionnisme » annonce une manière de percevoir et de noter qui est bien pour répondre à riiyperestliésie et à la nervosité de la femme, ^'a-telie pas excellé de tout temps à transcrire sur-lechamp, aussitôt éprouvées, ses sensations intenses, aiguës, mais brèves, rapides, et ne trouverait-on pas aux ouvrages de Berlhe Morisot un équivalent assez cvact dans les récils de madame Alphonse Daudet, ilans ses liupressions de nature et cVart et ses Alinéas, par exemiple? Chez l'une et l'autre se constate un pareil penchant à s'abstenir des compositions laborieuses, à sinterdire tout effort de longue haleine et à se laisser inspirer, au hasard des jours, par les épisodes de la vie ambiante. Sans tapage, mais non sans émotion, en écartant d'elle-même les images trop graves ou trop profondes, tout ce qui pouvait offenser sa délicatesse ou affliger son optimisme, Berthe Morisot a reproduit la ressemblance de ses proches, la vie du home, puis les spectacles qui avaient retenu son regard au bois de Boulogne, sur les rives de la Seine, et plus loin, lors des villégiatures aux environs de Paris, lors des séjours à la mer, lors des voyages en Angleterre et à Nice.
Nulle ombre n'attriste ses tableaux, ses aquarelles, ses pastels, où tout sourit et où tout enchante; je ne me rappelle aucune représentation de la vieillesse qui lui soit attribuable, et l'homme se trouve presque exilé de sa peinture. Cet œuvre de femme est tout
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entier consacré à la femme; les seuls êtres qui y. paraissent sont des fillettes, de jeunes mères, des enfants, d'heureuses et aimal)les créatures, appartenant à des milieux d'éducation et de distinction, observées à limproviste. dans leurs plus fugitives attitudes : elles sont surprises chez elles, tantôt absorbées par la couture, le dessin ou le chant, tantôt occupées tout naïvement à se parer, à se mirer, à s'éventer. Et comme Berthe Morisot sait caractériser l'abandon de la rêverie, du nonchaloir, de la causerie, par les accoudements, les allongements, par les souples inflexions du corps, par les retraites diagonales et les renversements paresseux du torse ! Avec quelle aisance elle réussit à traduire ce geste « ondoyant et divers » dont l'intelligence et la saisie ont été inexorablement refusées à tant de praticiens réputés, détracteurs haïssables du charme, de la grâce et de la beauté!
Chacun a reconnu désormais par où l'œuvre de Berthe Morisot se singularise et pourquoi il conquiert si délicieusement. Sa personnalité pourrait j'imagin(\ se définir ainsi : un talent qui s'est développé, en toute quiétude, selon la logique du sexe, du tempérament et de la classe sociale ; un art précieux^ d'essence, ou mieux, de quintessence particulière, à la réalisation duquel se sont victorieusement employés l'appareil de l'organisme le plus vibrant, le plus impressionnable et une sensibilité allinée, maladive presque, privilège héréditaire de l'éternel féminin.
« En matière d'art j'avoue que je ne hais pas l'outrance; la modération ne m'a jamais semblé le sig-ne d'une nature artistique vigoureuse. J'aime ces excès de santé, ces débordements de volonté qui s'inscrivent dans les œuvres comme le bitume enflammé dans le sol d'un volcan... »