‹ Maîtres du XVIIIe siècle. Cent pastelsChapitre 22 sur 27 · JEAN-ÉTIENNE · texte numérisé non relu

JEAN-ÉTIENNE

Né en 1702, mort en 1788 I?); peintre du Roi; membre de l’Académie de Saint- Luc.

Portrait de M’"‘ Favart, née Benoîte Duroncera^-

Elle est assise de trois quarts à droite, en pleine lumière; elle chante en s'accompagnant sur la guitare. Sa robe bleue, d’un ton vif et doux à la fois, s’harmonise avec le fond gris sur lequel se silhouette le profil de la célèbre actrice.

Elle est coiffée de bouclettes légèrement poudrées ; un bouquet est piqué dans ses cheveux haut relevés sur le front.

Signé et daté :

Haut., 70 cent. ; larg., 55 cent.

Nous n’avons pas à raconter ici la vie de M""* Favart, vie suffisamment agitée, dont les étapes se trouvent d’ailleurs rapportées en de nombreux ouvrages d’histoire anecdotique : mais il y a peut-être à glaner dans les détails les moins connus ; ce sont ces détails qu’il convient de signaler ici.

D’abord, pourquoi le père de Marie-Justine- Bénédicte prit-il le nom de Duronceray? Il s’appelait André-René Cabaret et il était musicien ; Cabaret lui sembla peu séant, et il emprunta au village de Ronceray, près de Duclair (Seine-Inférieure), où il était né, le nom qu’il agrémenta d’une particule ; Duronceray. C’est sous ce nom qu’il alla à Lunéville avec sa femme et sa fille et qu’il se fit recevoir dans la musique du Duc-Roi, dont il fit partie jusqu’en 1744. Marie-Justine- Benoîte grandissait : elle était jolie, elle chantait, dansait et jouait la comédie ; le théâtre du Duc avait eu la primeur de son jeune talent. On songea alors à venir à Paris, et la jeune fille, sous le nom

de M”® Chantilly, fut présentée à l’Opéra-Comique, que dirigeait alors Favart, comme « première danseuse du Roi de Pologne ». Elle y fut accueillie et débuta avec un tel succès, que les autres scènes parisiennes, jalouses, obtinrent la suppression du spectacle où l’on parlait, où l’on chantait et où l’on dansait. M'‘* Chantilly dut se borner à mimer et à danser ; le public redoubla d’enthousiasme ; il vit dans cette petite artiste délicieuse une persécutée, et il s’exaspéra, pour le plus grand profit de sa carrière. C’est alors que Favart s’éprit d’elle et l’épousa. Les parents n’avaient pas, tout d’abord, consenti : il y eut des propos aigres échangés ; le père, ni la mère, qui, d’ailleurs, vivait séparée de son mari, n’assistèrent à la cérémonie, M”’® Favart — échange de bons procédés — fit même enfermer son père dans une maison de force {1747), ce que Cabaret-Duronceray lui rendit en 1749, en la faisant arrêter et incarcérer au couvent des Andelys.

Collection de M. Henry Pannier.

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