I. Age et Sexe
Lorsque nous nous mettons à interpréter les rapports numériques d’âges et de sexes respectifs des maîtres et des
élèves, certaines difficultés se dressent devant nous.
Et tout d’abord, la valeur des renseignements donnés | par les élèves sur les âges des maîtres. Ces données, en quelle mesure se rapprochent-elles des âges réels ? ; | D'une façon générale, l’élève ne connaît pas l’âge de
son maître et il doit l’estimer à sa tête. Or, rien de moins sûr que cette évaluation. Il faut, en effet, avoir déjà accu- - mulé une foule de renseignements, d'observations et de | comparaisons relatives à l’aspect extérieur de ceux dont on connaît habituellement l’âge réel pour pouvoir ensuite se prononcer sur l’âge probable de quelqu'un. Bien des adultes n’y excellent pas, à plus forte raison est-ce difficile pour des enfants dont la notion du temps et de son action sur l’aspect extérieur du corps humain ne peut pas
| 1 À encore être très développée. Ce n’est pas que la jeunesse n’observe pas les différences d'aspect ou d’allure des individus de son entourage. Seulement, la question d’âge, ou le rapport numérique de la durée d'existence de leur prochain, l’adulle (pas de leurs contemporains : amis, frères, sœurs, etc., où la question d’âge joue un rôle important que l’on sait), avec son aspect physique, ne les préoccupe pas. Il serait même assez intéressant d'étudier spécialement le développement, chez l'enfant, de cette notion d’âge. Ses évaluations doivent certainement pécher souvent par de graves erreurs (1). |
Si nous avons quand même pris note de l’âge du maître indiqué par l’élève, ce n’est qu’à titre de renseignements approximatifs et tout à fait relatifs. Il faut cependant noter qu’une grande partie des renseignements que nous avons pu réunir nous ont été fournis par des personnes ayant déjà franchi l’enfance. Or, une estimation d’âge faite rétrospectivement par un adulte, mérite d’être appréciée comme plus ou moins proche de la réalité. Dans ce cas, ce n’est pas naturellement le souvenir d’un chiffre qui réapparaît mais l’image de l’aspect physique de la personne en question ; l'estimation de l’âge est alors actuelle.
À examiner les rapports d’âges respectifs (v. Tableaux S et À, p. 247) on constate quelques agglomérations assez distinctes. Ainsi, pour les élèves des deux sexes entre 7 et 10 ans, les préférences vont surtout aux maîtres et aux maîtresses âgées de 21 à 30 ans, avec une légère accentuation en faveur de ces dernières ; au cours supérieur (11 à 14 ans), ce sont les hommes les plus favorisés, et l’âge « privilégié » s'étend jusqu’à 40 ans.
Au tableau des antipathies, les données sont plus éparpillées ; on trouve cependant, pour les antipathies d’élèves de 11 à 14 ans, une «gravitation » assez sensible autour des maîtres de 26 à 45 ans. Un fait curieux : alors que la sympathie va jusqu’au « plafond » des âges des maîtres, l’antipathie semble épargner l’âge avancé, cimmunisé » en quelque sorte contre une attitude négative de la part des élèves. La cause en est peut-être la sagesse, l’indulgence que l’âge apporte, la bonté qui vient à la suite de l’effacement de certaines ambitions, ce calme, cette sérénité d’âme qu’on aime tant chez les grands-parents et qui ont'tant d’attrait sur la jeunesse.
(1) Selon les indications de quelques institutrices, les enfants ont, jusqu’à un certain Âge, tendance à vieillir, c’est-à-dire à surévaluer l’âge de leur maître. Pour notre part, nous avons pu relever, dans les réponses d’enfants concernant le même maître (identifié d’après certains signalements), des variations allant parfois jusqu’à dix et quinze ans.