II. Aspect extérieur
Nous avons déjà vu en partie chez le maître la place :
que peut tenir, dans une attitude affective, l’aspect extérieur du sujet. Il est certain que ce facteur doit être beaucoup
joue
plus important chez l'élève, celui-ci étant, par suite de son
Jeune âge, enclin à céder à l’impression première et immédiate bien plus qu’au raisonnement sobre et objectif.
Pourtant il est souvent difficile de dire en quelle mesure l'aspect physique est cause ou effet de l'attitude affective que l’on a pour une personne donnée. Des considérations d’ordres divers peuvent teindre et modifier nos jugements esthétiques de façons très variées ou appeler ceux-ci à leur secours.
Mais examinons le tableau d’appréciations esthétiques de l'aspect physique du maître dans les deux groupes ($ — Sympathiques ; À — antipathiques) : |
Beaux BHO 30, 0 % MONTE 39, 7 % 25, 3 % Laids 5,270 44,7 % 100 % LOS
Dans le premier groupe, on le voit, plus de la moitié Sont déclarés beaux; les moyens tenant le milieu, les laids ne constituent qu’un très petit nombre — 5,3 %. Dans la deuxième groupe, la beauté occupe encore une place considérable, mais que dire de la laideur qui semble y faire ravage….
Cependant, les chiffres bruts sont loin d’exprimer l’extrême variété des commentaires qui accompagnent les jugements esthétiques dans les deux cas.
En S, la beauté médiocre et surtout la laideur manifeste sont habituellement suivies d’une sorte d’excuse, comme si l’on voulait atténuer la disgrâce naturelle, lui trouver une compensation dans l’expression « dynamique » de la figure ou dans l’allure générale :
— Physionomie intelligente ; — pas joli mais visage intéres- ‘sant ; — laid mais sympathique ; — laid mais devenant beau en parlant ; — laide mais gracieuse ; — charmante sans être belle.
En A, c’est au contraire la présence de la beauté qui requiert un «mais», en faisant encore appel à l’expression dynamique :
Assez jolie mais très nerveuse, mouvements saccadés; — très beau corps mais visage plutôt désagréable; — elle se faisait belle ; — beau mâle ; etc.
En revanche, la médiocrité physique et particulièrement la laideur et les déformations sont dénoncées presque avec uns sorte de satisfaction :
Figure quelconque, insignifiante, un peu campagne ; — visage | joufflu et rouge, yeux qu’elle savait rendre menaçants pour nous
inspirer de la crainte; — portait une perruque qu’elle arrangeait souvent et qui se déplaçait à la suite de ses mouvements répétés
car elle parlait toujours en levant les bras et en secouant la tête ; — laide, démarche comique ; — physique glacial ; — très forte, masculine ; — figure chevaline ; — laide comme un singe.
La mise du maître, sa tenue en général n’ont pas beaucoup de chances de déterminer une attitude affective prononcée. Il est pourtant sûr qu’ils peuvent, chez certains élèves, produire de l’effet, de l'intérêt, de l'admiration même. Surtout chez les filles, particulièrement sensibles sur ce chapitre. La mise du maître est souvent, elle aussi, sujette à des commentaires subjectifs en fonction du sentiment que l’on a pour celui-ci et dont elle subit le choc en retour plutôt qu'elle ne l’influence. Cela apparaît nettement lorsqu'on compare les jugements des élèves concernant l'élégance et la recherche. Alors que chez l’un celles-ci plaisent et sont approuvées, chez un autre elles s’attirent des réflexions peu bienveillantes :
—Souci de se rajeunir et de faire de l’effet ; — recherche quelquefois d’un goût douteux ; — recherche qui tournait souvent au ridicule ; — du luxe surtout, des bijoux nombreux, aux doigts, au cou et aux oreilles ; — elle manquait de goût malgré sa riche garde-robe ; — se pavanait ; beaucoup de rouge et de poudre ; etc.
Ajoutons à propos que le «chic » extérieur est beaucoup plus fréquemment noté en À qu’en S : 48,4 % contre 26,2 %. Par contre, le maître aimé l’emporte doublement sur l’autre pour ce qui est de la mise modeste, simple, correcte, soignée et propre : 70 % contre 35 %,. Du reste, il faut supposer, suivant les données des élèves, que le groupe A contient un nombre assez élevé de maîtres dont la tenue est peu soignée (16,5 %), alors qu’en S on n’en compte que 3,8 %.
Les élèves semblent donc rechercher chez leurs maîtres moins l’extraordinaire, l'effet éclatant, la course après la mode et le luxe, que la modestie, la simplicité, la propreté. et l’ordre, et surtout le bon goût. La raison en doit certainement être d'ordre social, — la mise trop luxueuse ou trop recherchée donne souvent une impression d’orgueil et témoigne d’un désir de se mettre au-dessus des autres, de les dédaigner. Or, si elle n’arrive pas, par certaines qualités réelles, à se faire admirer, elle devient inévitablement désagréable, comme chose factice, déplacée. Dans ce cas, la recherche excessive, loin d’imposer, n’arrive qu’à produire une mauvaise impression. En ce qui concerne le maître, on ajoutera encore, au manque de goût, d’autres défauts, tels que : absence de sérieux ou défaut de moralité... Il y a lieu de toute façon, d'ajouter que tous ces jugements sont conditionnés en grande partie par l’âge et le sexe (du maître aussi bien que celui des élèves) ainsi que par le milieu.