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LES PORTRAITS DE CH. MÉRYON

camarades, frappés d’admiration pour celte force surhumaine, lui apportaient régulièrement du navire. Ses mains, incapables de manier longtemps de lourds instruments, s’étaient dénudées jusqu’à l'os : il les enduisait de chandelle, les entortillait de «drapeaux », exactement comme Bernard Palissy raconte qu’il le faisait, et il travaillait sans relâche.

Gela dura trois mois.

Lorsque l’embarcation fut lancée, elle était si fine et si navigante, que le commandant Bérard se sentit touché jusqu’aux larmes. Il ordonna que lorsqu’on reviendrait en France, elle serait déposée dans un arsenal. Elle doit encore exister actuellement dans les mao-asins

de l’arsenal de Toulon.

Plus tard des actes d’une autre nature, des épanchements amers, inquiétèrent ses amis et leur firent prévoir qu’il quitterait quelque jour la marine.

Lorsque Méryon fut rentré dans la vie civile, il eut quelques années de tranquillité relative. C’est dans ces années-là que Bracquemond grava cette vivante eau-forte où Méryon, en redingote boutonnée, est assis sur une chaise, un bras appuyé au dossier. La physionomie est sérieuse ; les yeux ont un regard perçant, inquiet comme celui d’un fauve qui

s’aperçoit qu’on l’observe (1). — L’autre portrait, également par Bracquemond, simulait un médaillon sculpté dans la pierre. Il a été joint à quelques-unes des premières livraisons du Paris. Il est moins ressemblant que le précédent. Méryon avait les traits moins cahoteux La finesse de l’épiderme lui rendait le visage plus doux. Ces quatre vers dans la marge inférieure des épreuves sont de Méryon :

Messire Bracquemond A peint en cette image Le sombre Méryon Au grotesque visage.

Un jour Bracquemond se rendit chez lui pendant qu’il était absent. Méryon ne rentrant pas il prit un crayon et il dessina sur le mur un moineau, s’élançant sur une mouche. Il partit.

Cette innocente carte de visite fut lue tout à l’envers.

Quelques jours après, Delâtre voyait Méryon absolument sombre. Il lui demanda s’il avait à se plaindre de quelqu’un. « Que me demandez-vous là? lui répondit-il brusquement. Si cela vous intéresse, lisez sur ce mur l’image

(1) Le cuivre de cette eau-forte, tirée à quelques rares épreuves cl’essai, avait été détruit par Méryon lui-même. Mais M. Bracquemond l’a fait reproduire en fac-similé par le procédé Armand-Durand,

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