‹ Maîtres et petits maîtresChapitre 28 sur 40 · LES PORTRAITS DE GH. MERTON · texte numérisé non relu

LES PORTRAITS DE GH. MERTON

de 1858, et s’installa dans un petit hôtel de la me des Fossés-Saint-Jacques.

Là, Delâtre le soigna longtemps. Encore n’était-ce point facile. Méryon ne voulait plus quitter son lit. Il menaçait d’un pistolet ceux qui l’approchaient. Ses amis de bord, qui n’avaient cessé de veiller discrètement sur lui, prirent la résolution de le faire interner à la maison de santé de Charenton. Un soir, Léopold Flameng, qui ne pouvait se rassasier de cette étrange figure, vint avec un carton, une feuille de papier gris et des crayons noirs, et, quoique Méryon s’y prêtât peu, fit un portrait plein de caractère (1). Méryon en chemise, une large cravate nouée autour du col, est à demi assis sur un lit de fer ; un de ses genoux soulève la couverture et sert d’appui au bras droit qui soutient la tête; l’autre bras, tendu, arc-boute le corps; la silhouette de la chevelure, aux mèches roides et indociles, est vivement projetée sur le mur parla lumière oblique de la iampe ; le visage, aux traits aigus, émacié par le jeûne, est empreint de mélancolie et d’ironie.

Lorsque ce dessin pittoresque et bien observé

(1) Le dessin appartient aujourd’hui ou docteur Seymour Ha den. U a été reproduit en fac-similé par un procédé.

fut terminé, Méryon demanda à le voir. Brusquement il s’élança de son lit pour le- déchirer, et Flameng s’enfuit en renversant sa chaise.

Le lendemain, Méryon entrait à Charenton.

Il y fut calme, presque heureux. Il labourait la terre et s’était épris de cet exercice salutaire. Il grava même le fac-similé d’un dessin pittoresque de M. Viollet-le-Duc que lui porta Delâtre, les Ruines du château de Pierre fonds .

Malheureusement pour lui, des amis imprudents l’en retirèrent trop tôt. « Sa barque, ainsi que l’a dit sur sa tombe son ami M. Salicis, sa barque, à tout instant noyée, courait sans repos au naufrage.... » Son séjour dans un petit rez-de-chaussée de la rue Duperré (ce fut là que je le connus) fut bien agité. Il y retoucha ses cuivres au burin, puis les biffa. Par les froids les plus rigoureux de janvier, le matin, nu-pieds, il lavait à grande eau son petit appartement. Il vivait de poisson cuit dans du lait.

Peu à peu il redevint insociable.

On. sait sa tin. Il fallut, l’an dernier, le faire entrer de nouveau à Gharenton, et cette fois les médecins n’eurent plus un instant d’espoir. Il ne voulut ou plutôt ne put ni travailler ni se reposer. Il écrivait sans relâche de longs mémoires incohérents. 11 se laissa mourir de faim, se

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