‹ Maîtres et petits maîtresChapitre 35 sur 40 · PROPRIÉTÉ DE M. GAVARNI · texte numérisé non relu

PROPRIÉTÉ DE M. GAVARNI

« Depuis vingt ans, M. Gavarni a établi sa résidence dans la propriété qu’il possède sur le bord de la Seine, avec entrée sur la route de Versailles, n° 49.

« Ami des arts et artiste distingué, M. Gavarni a fait de cette demeure la retraite de sa vieillesse. Il l’a embellie avec goût et *a consacré à ces travaux des sommes considérables. Cette propriété se développe sur un terrain fort accidenté et en pente vers la Seine, en face d’un agréable horizon. Rien ne peut compenser aujourd’hui pour M. Gavarni, la dépossession de cette demeure favorite, presque entièrement créée par lui. L’expropriation de la maison

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d’habitation et d’une partie de l’enclos est l’anéantissement de la propriété entière.

« M. Gavarni a offert à la ville de Paris de lui vendre la totalité de son immeuble. Cette proposition na pas été acceptée. Aujourd’hui, l’expropriation autorisée par le jugement du 26 février 1863 comprend plus des trois quarts de la maison d’habitation, les porte et grille d’entrée sur la route de Versailles et une superficie totale de 1,788 mètres. Par suite d’une nouvelle décision administrative, l’expropriation devra avoir lieu sur une seconde zone de terrain, le long de la première zone, sur une largeur de 9 mètres. Cette superficie renferme 801 mètres de terrain, y compris le reste des bâtiments d’habitation.

On demandent M. Gavarni y consent) que la partie de la propriété qui serait plus tard l’objet d’une nouvelle expropriation, soit comprise dans l’expropriation actuelle, et que l’indemnité à régler par messieurs les jurés porte sur ces deux portions de l’immeuble.

« Il est offert, pour la première zone de l’expro^ priation formant une superficie de 1,788 mètres, y compris les trois quarts de la maison d’habitation, une indemnité de 70,000 francs. Une pareille offre, tant pour le jardin, richement orné, que pour l’habitation, est plus que dérisoire, ce n’est que 40 fr. par mètre bâti ou non bâti.

« Si la totalité de cette élégante résidence était vendue au prix courant de tous les terrains nus de cette localité, dans l’enceinte de la ville, près de la Seine, non loin du bois de Boulogne et en façade sur la grande route de Versailles, avec la maison, les

constructions diverses, les riches plantations, le prix ne pourrait pas être moindre de 800,000 trancs, le mètre ne lut-il estimé qu’à 00 francs. — La propriété comprend une superficie de 9,211 mètres.

« Mais il ne faut s’occuper que de ce qui est l'objet de la double expropriation aujourd’hui demandée.

« Les 2,589 mètres de superficie expropriée comprennent les 405 mètres de construction de la maison d’habitation; cette maison, solidement bâtie, est richement ornée à l’intérieur de boiseries, de peintures à fresque, de marbres de cheminée, de glaces immeubles par destination ; le reste du terrain exproprié renferme des terrasses ornées de balustres, de grands et hauts perrons en pierre de taille, des bassins en pierre, remplis d’eau vive, une canalisation pour la distribution des eaux dans l’habitation, et, dans le jardin, des kiosques, des arbres magniliques et un grand nombre d’arbustes rares, l’ensemble de ces 2,589 mètres, ornés de diverses constructions bien plantées avec pièces d’eau, ne peuvent pas être estimées à moins de 200 francs le mètre.

« Soit pour 2,589 mètres . 517,800 fr.

« Mais M. Gavarni ne doit pas être seulement indemnisé de la portion de sa propriété dont il subit l’expropriation. Il doit en outre être indemnisé de l’immense dépréciation de ce qui lui restera de cette charmante propriété.

« La partie non expropriée comprend une superficie de 6,622 mètres. Cette partie, désormais inhabitable, formée d’un terrain très-accidenté, n’est plus qu’un débris de jardin de luxe. Elle renferme une glacière monumentale estimée par les architectes à plus de 40,000 francs ; des terrains, des

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ponts, une basse-cour, un verger, un potager, des magasins construits sans voûte pour le service de la maison d’habitation qui n’existera plus. Cette partie se trouvera, par suite de la construction du chemin de fer, dans une situation déplorable. Le chemin de fer régnant sur toute la longueur, doit s’élever, pour les talus et routes à 3 mètres au-dessus du sol et, pour le viaduc à 11 mètres de hauteur au-dessus des routes ou boulevards, en sorte que ce terrain se trouvera dominé à l’est et dans toute sa longueur, par des remblais et des constructions s’élevant jusqu’à 16 mètres au-dessus de la propriété non expropriée, qui ne formera plus qu’un bas fond. Toutes les constructions et tous les ornements de ces 6,622 mètres, séparés de l’ensemble de la propriété, les terrassements disposés pour joindre la maison d’habitation, tout sera désormais sans objet, fans utilité, et certainement c’est être au-dessous de la vérité que de fixer la dépréciation à 23 francs par mètre de superficie.

« Soit pour 6,662 mètres à 23 francs, une somme de 163,330 francs.

« Au lieu de 70,000 francs dérisoirement offerts, M. Gavarni est donc matériellement en droit à titre d’indemnité :

1° Pour les parties expropriées. . . , 317,800 fr.

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