CHAPITRE SEPTIEME
A MOI LA pose!
Ce matin, j*ai reçu un petit bleu. Alors, j'ai envoyé, après déjeuner, Clarisse au Bon-Marchéy avec un crédit de deux louis, pour m'acheter trois lavallières. La voilà, la voilà bien, la relation de cause à effet I
Le petit bleu, d'une écriture ambitieusement godiche, disait :
« Votre ami Franz est un mufle. Mais mon orgueil me sauve. J'irai chercher demain mes paires de gants et mon outil pour les ongles^ chez vous, à quatre heures de l'après-midi,
a YSOLDE »
Et voilà. « De Taprès-midi » me plaît ; est-ce qu'elle craint que je ne confonde ?
Tel le belluaire aux yeux d'acier, n ais sans dolman soutaché et sans bottes, j'attends de pied ferme le choc de la bête fauve. J'ai le courage civique, je n'aurai pas la fausse modestie de vous le cacher.
Devant moi palpite une des pages les plus palpitantes de mon roman palpitant :
« Non ! » — s'écrie-t-elle, — « je ne veux pas que ma fille puisse dire un jour à son amant que sa mère couchait avec Pierre et Paul ». — « Je m'appelle Gontran », ré-
A MOI LA pose! 207
pond-il. — Alors c'est tout difTérent, » — murmure-t-elle amoureusement, — « déboutonnez-moi mes bottines! » — Et il s'agenouille
Il est agenouillé depuis hier soir. Sans doute c'est des bottines à plusieurs rangées de boutons. A moins que... oh! quelle inconvenante supposition !
Non, mais, c'est positif, il y a des jours où Ton n'a pas envie de travailler. Avezvous remarqué? Mon grave portrait, peint parVenceslas de Radwan, me regarda avec blâme.
Du bout de ma plume, avec soin, j'orne de courbes pointillées une feuille de papier buvard, sport paisible. Ça, c'est une parabole : la sous-normale est constante et égale au paramètre, c'est comme j'ai Thonneur de vous le dire ; ça c'est une conchoïde ; ça c'est, mon Dieu... c'est une Y majuscule!
Je contemple, au mur en face, deux pantins de Jossot, en complets violet-évêque et pourpre cardinalice, qui grimacent chacun de trouver l'autre plus contourné que lui; une pâle vierge d'Andhré des Gâchons, à laquelle on ne saurait trop recommander l'huile de foie de morue, baisse chastement les yeux devant un portrait de Schopenhauer qu'elle prend peut-être pour celui d'un vieux mandrille obscène ; elle est toute jeune, elle ne sait pas... Sous ses paupières pures guignerait-elle pas ce gros monsieur de Steinlen aguiché par une pierreuse, rouquine aux yeux de braise, tandis qu'audessous un Debucourt rose et tendre alanguit des linons et des gazes?
Biscuit-de- Reims saute sur la table, pose sa patte sur ma plume et me regarde.
— Oui, mon chat. C'est une Y majuscule.
Y.. .solde!
A MOI LA pose! 200
Que voltigent vers elle les flocons de pensée que je pourrai réunir 1
« Dès le début la question se pose... » comme s'expriment les petits manuels-àbachot d'Histoire; la question se pose': vais-je la flanquer à la porte poliment, ou pas poliment? Voilà the quouestionn! Il y a du pour et il y a du contre dans le contre, et il y a du contre et du pour dans le pour — et dire que toutes les questions qui se posent sont comme cela!
1» Il importe d'ancrer en son esprit, et ce en faisant appel s'il en est besoin à la mauvaise foi le plus carthaginoise et aux mensonges les plus odontagogiques, la conviction que « N, I, NI, c'est fini. »
2** Il importe de lui persuader que (et quoi qu'il en soit d'ailleurs) je suis résolu à trouver que c'est elle qui a raison — parce que, étant donné que lorsqu'un jeune
homme homme A, et une jeune personne de sexe complémentaire B viennent à se séparer, on doit toujours admettre qu'ils peuvent un jour reformer le produit AB (ou BA), et que, par conséquent, il est strictement préventif, si j'ose m'exprimer comme maître Mahaut de la Quérantonnais, d'agir de telle sorte que l'on ne soit pas, dans ce cas, en butte aux calomnies malévoles et vengeresses du facteur B, que je qualifierai grossièrement de réceptacle.
3° Les propositions 1*" et 2° étant à la fois contradictoires et simultanées, cette médiation dénonciative (soyons diplomate!) exige un flair tout particulier (soyons artilleur!) et des qualités spéciales de feintiste, de cautèle, d'astuce et d'obreption (soyons lexicologue 1) Ah ! mais!
« Vanité des vanités ! clamait un youpin de jadis, tout n'est que vanité! » Et Ysolde
A MOI LA pose! 211
surtout n'est que vanité. Je la prendrai par la main, et par son faible, pour lui dire... Quelle sotte manie de toujours vouloir préparer ce que l'on doit dire ! Non seulement ce que l'on a préparé ne sert pas, mais la préoccupation de placer dans la discussion les phrases dont on était le plus satisfait, il y a une heure — et qui n'ont plus, neuf fois sur dix, qu'y faire au moment décisif — vous retire tous vos moyens de riposte pour vous jeter à vau-la-bouillie des plus flasques arguments ; le monde appartient à ceux qu'aura pentecôtés de ses flammèches TEsprit d'à-propos. Si j'étais (musique d'Adam) le cinq-centième de roi qu'est un député, au lieu de prononcer de ces discours consciencieux et bourrés de faits que personne n'écoute ni ne lit, je m'arrangerais de façon à écoper deux rappels à l'ordre par séance, et à faire un bou-
can frénétique avec mon coupe-papier ; j'en acquerrais une notoriété époilante, et je pourrais faire palmer académiquement tous les concierges de mes amis. Ah I lire à ÏOfficiel : « M. Jim Smiley prononce au milieu du bruit quelques paroles que Ton n'entend pas ! »
Je m'égare... et c'est justement à ceux que j'aurai pour Ysolde — d'égards — que je songeais tout à l'heure. Faut-il ?...
D'zivg; d'zing-d'zing ; d'zing, d'zing I
La voilà! C'est la première fois que je l'entends ; mais je reconnais son coup de sonnette.
D'zingf, d'zingy d'zing!
Ah! mais elle va tout détraquer! Mes piles Leclanché n'y résisteront pas.
Je vais ouvrir. C'est elle.
Nous nous regardâmes sans tendresse.
Je lui indiquai d'un geste le divan. Sourires diplomatiques.
— Il y a longtemps que je ne vous avais vue.
— Ça va bien?
La conversation ne s'animait pas. Brusquement, des sentiments un peu personnels m'envahirent « Zut I Une scène par cette chaleur... Ah non I J'aime mieux lui donner l'adresse de Franz et aller boire quelque chose de frais. » Je ressentis quel-
que honte de ces sentiments quand je les constatai. C'étaient des sentiments detranspiration ; je les épongeai avec dignité.
— Ysolde m'écriai-je alors, Franz a été bien marri d'être obligé de partir sans vous dire adieu. Sa tante agonise, à Ostende, où elle suit le traitement du docteur Kneipp.
— Ah ! sa tante...
— Oui, sa tante qui l'a élevé.
— Ah ?
— Oui.
Ça ne prenait pas du tout. Au fait, je ne tenais pas autrement à ce que ça prît; mais il fallait bien entrer en matière. Les discussions qui traînent, qui refroidissent, qui s'aigrissent, je les abomine ; parlez-moi d'une bonne scène bien violente, à phrases raccourcies, v'îan ! v'ian ! Ysolde était de mon avis sans doute ; elle se leva :
— Franz est un salaud 1
A MOI LA pose! 215
— Vous êtes catéjiorique.
— Je ne sais pas ce que je suis, mais lui, c'est un fier cochon.
— Oh! fier?
Je la regardai, elle était cornélienne.
Belle à miracle, tout à coup, avec ses yeux étincelants et ses narines gonflées de petit animal rageur Ses cheveux croulaient et elle les relevait d'un geste brusque, J'oubliai l'autre Ysolde, ridicule, la vraie, — au fait, n'était-ce pas celle-là, la vraie? — Soudainement je compris comment Franz avait consenti à tant de réconciliations épuisantes.
— Le mufle ! Il n'aurait seulement pas eu le courage de me le dire lui-même ! Huître ! Fils de bourgeois ! Laquais d'art ! Individualité pourrie de banal! Espèce de moule à gaufres !
Elle souffla un peu. L'invective lui seyait
2iC MAÎTRESSE d'eSTHÈTBS
à ravir. Je me renversai dans mon fauteuil sans répondre.
— Il s'est dit : « Elle me servira de modèle et je lui monterai le bourrichon pour qu'elle me donne la pose ; et puis, quand ce sera fini, je la plaquerai sans même la prévenir. » Et vous trouvez cette conduite-là toute naturelle, vous ? Et vous vous chargez de la commission?
— Mon Dieu...
— Ah I la! la ! Eh bien, c'est un bon débarras, votre Franz ; vous pouvez le garder ! Quel raseur! M'en a-t-il assez bêlé, des refrains de romance ! Crétin fleuri 1 Douce âme de mouchard sentimental 1 Ah mais, au moins, je la lui ai fichue en morceaux, sa statue, et j'ai piétiné dessus. Haï Haï Ha!
Elle éclata de rire. Un peu convulsif, 1g rire, mais elle s'appuyait des poignets à la
A MOI LA POSEl 217
table devant moi avec un mouvement d'épaules épatant... Quelle viel Quelle vie méchante, mais tentante. Ah çà ! je n'étais pas là pour...
— C'est peut-être cette iconoclastie qui a lassé sa patience. Je l'ai trouvé exaspéré, et il y avait de quoi. Vous avez un peu abusé de la permission d être odieuse.
— De quoi?
Elle fit deux pas en arrière, une... deux... Vrai ! c'est une rosse, c'est une... c'est tout ce qu'on voudra, mais devant elle, comme cela, j'excuse Franz de plus en plus...
— Elle n'était pas à lui plus qu'à moi, sa
statue ; c'est moi qui l'avais posée, n'est-ce
pas ? Si elle était belle, c'est parce que je
suis belle, et il m'a répété cent fois qu'il
n'aurait jamais pu la créer sans moi ; alors
est-ce que je n'avais pas le droit... puisqu'il
en était indigne...
Cet « indigne » fut lancé d'une voix sauvage. Ysolde m'apparaissait supérieure et logique ; sa vanité grandie devenait de l'orgueil. Je me cramponnai à la conviction qu'elle étaiu ridicule et sotte. Mais je ne parvins pas à sourire avec autant dlronie que je l'aurais souhaité.
— Est-ce que vous croyez, vous aussi, que ma mère m'a mise au monde pour que les gens prennent du plaisir avec moi dès que ça leur chante ? Me prenez- vous pour une machine automatique à débit d'expression ? Tant pis pour ceux qui ne me comprennent pas; je les confonds avec la masse ignoble et je les méprise. Je me fous pas mal des uns et des autres I J'en aurai tant que j'en voudrai, des amants, et d'aussi bons que je voudrai ; je n'ai qu'à les regarder pour qu'ils me suivent. Mais je n'y fais pas attention. Quand je me prête à un ar-
A MOI LA POSEI 219
tiste pour servir son Art, ce n'est pas de riiorame que je m'occupe, c'est du Beau dont il est le prêtre, et que je sers, moi, par son entremise. Et je ne souffrirai pas qu'ils me traitent comme une prostituée quand c'est eux tous qui prostituent leurs saies âmes mendiantes à l'Or-Panthée et à la Gloire infâme I
Je m'étais levé. Je me pris au collet pour me répéter qu'elle jouait un personnage, un personnage ridicule, qui récitait avec emphase des phrases de violence et d'ineptie, et que Témotion dont je commençais à vibrer ressemblait à celle dont, en un rôle de prétentieux mélo, transfigurée par le mensonge de la rampe, une acteuse enthousiasme le spectateur qui, s'il la veut, l'aura demain pour dix louis. Mais quelle furie Tauréolait d'une extravagante beauté !
Le charme m'envahissait, malgré moi, si
fort que j'eus recours à la colère pour le rompre.
— Eh! allez donc!... Est-ce que vous croyez qu'avec moi aussi cela va prendre? Tenez, Ysolde, regardez mes épaules, je les hausse avec symétrie en votre honneur.
— Et vous, et votre ami Maugis, vous êtes aussi de sales mufles, joyeux de la honte d'étaler ce que le boulevard immonde appelle de l'esprit!...
(Celle-là, je la connais : c'est une phrase de Sotaukrack 1)
— Oh 1 quelles vilaines personnalités ! 1
— Et vous faites lever le cœur à mon ame!
— Ma chère, la pathologie de votre âme est sans doute très curieuse, mais je n'ai | pas à m'en occuper. C'était à arranger ou
à ne pas arranger entre vous et Franz. Dans les conditions où vous vous trouviez.
A MOI LA pose! 221
je n'avais qu'à m'en laver les mains, jusqu'au coude. Mais j'ai trouvé Franz malade, vanné par l'exagération stupide de vos, de vos... exigences, et il m'a semblé que votre âme, comme vous dites, avait le cœur situé juste à mi-corps et que vos aspirations idéales exigeaient d'autres expirations, trop essoufflantes.
Elle bondit comme mue par un ressort, ma chère ! Telle dut bondir Eurydice piquée par la classique vipère dans le mythologique vallon.
— Ah ! vous allez dire, vous aussi (cet aussi me parut délicieux), que je suis la destructive sorcière, la goule qui suce le sang des artistes, la strygeirrassasiable...
— Je ne vous donnerai pas tous ces noms d'oiseaux. Il n'y en a qu'un qui vous convienne : vous êtes une petite grue hystérique, et lorsque vous devenez dangereuse
pour ceux qui s'entichent de vous, il faut les enlever de vos pattes, et ça fait la rue Michel.
— Vous m'outragez...
— Voui, voui. Tenez, prenez vos paires de gants et votre lime à ongles, relevez vos cheveux de Mélissande furieuse, et filez!
Je l'aurais battue, logique réaction d'avoir été sur le point de la gober tout à rheure. Je t'en offrirai, moi, des goules et des stryges I
Elle marcha sur moi avec des airs de reine tragique, un pli entre les deux sourcils ; comme elle aurait voulu griffer !
— Eh bien quoi I Si j'aime mieux^ moi, les yeux battus de larges cernures I Si j'aime que les frissons fous et douloureux arrivent au râle, au râle aigu l Qu'est-ce que la pire souffrance des autres, si elle doit me donaer la moindre joie? Je ne me
A MOI LA. pose! 223
roule pas, moi, dans les plaisirs du vulgaire et je ne prostitue pas mes pieds et mes yeux dans leurs fêtes. Je puis dire comme Sotaukrack à la princesse de Sude : « J'ai trop le respect de mes pensées pour leur infliger une telle inconsidération... »
— Il a dit « inconsidération? »
— Oui! Mon plaisir à moi, et je m'en vante, n'existe qu à la constatation du plaisir ou de la souffrance d'autrui et je ne jouis que par réfraction.
— ... réflection...
— Mes amants, je les prends tant qu'ils peuvent servir parce que je les trouve moins laids, verdis et maigris par mon culte, que gras et bouffis comme des bourgeois idiots, moins laids quand ils souffrent que quand ils rient, et j'aime moi, comme la Rose- Croix, toute la Rose, tout ce qui est beau, et toute la Croix, tout ce qui pleure ! Ce
que je veux, Moi, c'est qu'ils fassent avec ma Beauté de belles œuvres pour que mon orgueil soit de voir ma Beauté, c'est que, pour mieux comprendre ma Beauté, ils la cherchent à travers les frémissements de leur chair contre la mienne. Tant pis pour ceux qui ne peuvent pas, tant pis pour les bécassines à la gelée dont les santés lymphatiques ne sont pas capables d'un élan vers l'Idéal I Moi je demeure lorsqu'ils sont tombés, moi, comme un Symbole de Vie Supérieure...
Je la regardais, vraiment, comme si j'eusse assisté à la représentation privée de quelqu'une de ces jobarderies symboliques où des sophismes de même qualité s'enchevêtrent en margouillis piteux — salade d'Egotisme mal mâché, de Nietszchianisme mai digéré et d'Erotisme mal cuit. Mais, cette fois encore, j'oubliais la mé-
A MOI LA. pose! 225
chanceté du rôle pour me contenter d'admirer l'interprète... C'étaient les mêmes narines gonflées, la même animation luisante des yeux, la même fébrilité trop vivante des mains, les mêmes gestes félins et rampants de la nuque, du menton et des hanches, la même transfiguration de la vaudevillesque Ysolde en un bel animal farouche et tentant.
Certes oui, celle-là plus qu'aucune autre doit attacher à sa chair vive, lâches et perdus, ceux qu'elle a enivrés une fois du philtre impur... oh! oh! attention à toi, Jim I
Elle me prit le poignet et se pencha sur moi... j'ai le parfum du corylopsis en horreur, mais vraiment, le dessin de ses lèvres prenait une extraordinaire fermeté.
— Est-ce que vous vous gênez, vous, pour vous servir des femmes sans vous oc-
cuper d'elles lorsqu'elles ont cessé de vous plaire? Si j'ai des amants, comme vous avez des maîtresses, j'ai bie!i le droit de les vanner, puisque je suis assez belle pour qu'ils se vannent.
Ses cheveux dénoués lui coulèrent le long de la joue et, sous leur caresse, elle crispa les lèvres.
— Tiens, toi, Smiley, je te tiendrais commfc les autres, si je voulais, et je n'aurais qu'à vouloir.
Elle arracha sa robe; je vis les purs contours de ses épaules. Est-ce que... Je n'eus pas le temps de m'appesantir sur des réflexions. A la fois les pensées que j'étais fou... qu'en somme l'incident n'aurait pas de lendemain... que je serais bien bête de... que moi ce ne serait pas la même chose que Franz... se heurtèrent dans ma cervelle avec un bruit de vaisselle brisée, et je me
A MOI LA poseI 227
trouvai sur le divan, balbutiant des phrases sans logique très près des lèvres d'Ysolde raidie en arrière; j'eus encore le temps de m'appeler « Crétin ! » mais je n'entendais déjà plus.
— Non!
— Sil
Que ne fis-je des réflexions belles sur le déferlement des instincts? Je vous les communiquerais. Mais je n'en fis pas. Je n'ai pas besoin, suivant les us, d'avoir ici recours à la coutumière ligne-de-pointsfeuille-de-vigne ; il n'y eut pas de détails scabreux à conter, rien qu'une sensation exaspérée d'emportement, et je me retrouvai, ma cravate arrachée, devant Ysolde, se mordant encore les lèvres. Et brusquement, avec une sorte de terreur, je constatai que je ressentais un désir fou de recommencer. Je me semblais une machine
lancée dont je n'étais pas assez fort pour redevenir maître, et ce fut malgré moi que je lui dis :
— Ysolde I tu reviendras demain, n'est-ce pas ?
Elle se glissa contre moi avec une étrange tendresse.
— Oui. Tu vois. Je ne suis pas méchante. Seulement il faut me comprendre. Je suis belle et inutile...
Je crois que je ne m'aperçus de ce qui s'était passé que lorsqu'elle fut partie.
Biscuit-de-Reims, qui s'était musse sous le divan, sortit avec précaution, souple et cauteleux comme une phrase d'Anatole France.