‹ Mal de VénusChapitre 6 sur 11 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Des symptômes ou signes de la vénusalgie.

Voici la description que Jérôme Fra-

castor fait de la maladie de Vénus ^ et des symptômes rjiii la caractérisent :

a Aussitôt tout le corps est criblé par » les pointes subtiles du virus; le visage B et la poitrine sont d’une difformité af- 19 freiise ; et par un effet particulier de » cette maladie , il se forme des pus- » tules semblables à de petits glands , « remplies d'une matière acre et épaisse^ » qui, venant peu à peu a crever , lais- » sent couler un pus glutineux , mêlé J) d’un sang corrompu. Bien plus, cernai )) pénètre dans le corps et le consume » d’une manière déplorable. Nous avons » vu souvent des malades dont les mem- B bres dépouillés dechair,n’offi aient à la B vue qu’un squelette hideux. Leur » bouche rongée par des ulcères , ^ét.^it )) devenue béante , et leur gosier ire U rendait que de frêles sons. Ce ma! a » coutume de répandre sur le corps une Il humeur qui se durcit , et forme une » espèce de callosité. »

inùi informai (otum per corpus

(tchores rnmpebant , faciem^ue horrendam et pectore fœdè turpabnnl :

species morhi nova : pusiula suminre glandis ad effigiem, et pituilà marcida pingui : Tempore quœ multb non pott *ddaperta dehiscens , mncosâ muhnm sanie , tahoque Jluebat. Quinetiarn erodens altè , et se fnndiths abdens corpora parcebat miserè : nam sapins ipsi carne siiâ exiitos ariits , sqnallentiaqueossavidimusxtfcedorosa ora dehiscere hiatii , ora, atque. exiles reddentia gnttura voces. \Jt sape ant cerasis, aut phylidi s arbore tr'isîi vidisti pinguem e.x ndis manare liquorem corcicibus , mox in lentiim dnrcsccre gnmmi haud secus hâc sub tabe solet per corpora inucor dijjiuere .* hinc de— mum in. turpein concrescere callum.

Jean Le Maire , poêle français , né en M73 , et mort en i524 , décrit ainsi la vénusalgie.

U Mais, en la fin , quand le Tcnin fui nieur ,

U 11 leur naissait de gros boulons sans Heur;

■» Si très-hideux, si laids et si énormes » Qu’on ne vit oiic visages si difformes,

» Ae onc reçut si très-morlelle injure » Nature humaine en sa belle figure.

» Au front, au col , au menton et au nez » Onc na vit-on tant de gens boutonnés.

» Mais le commun, quand il la rencontra J » La nommait gorre , on la vérole grosse ,

D Qui n’épargnait ni couronne , ni crosse;

X Poques . l’ont dit, les Flamands, les Picards; » Le mal français, l’appellent les Lombards.

» Si a encor d’antres noms plus de quatre;

B Les Allemands l’appellent grosse Blàtre ,

» Les Espagnols la Banne l’ont nom mée. »

Voilà en passant un échantillon de la poésie française du quinzième siècle.

M ais laissons ces descriptions poétiques que les malades de Vénus pourraient regarder comme des fictions, et traçons en médecin le tableau des signes ou symptômes de la vénusalgie. Ces symptômes sont ;

1° La blennorrhagie, de BAe»v^4 , mucwj.et dePsa).y?//o est un écoulement muqueux, f[uialieii par le canal de furèlre chez l’homme , et par le vagin chez l<i

femme , peu de jours après un coït impur. Cet écoulement est jaune ou verdâtre. C est ce que le vulgaire , fondé sur 1 autorité de Moïse , nomme encore gonorrhée , Jluxum seminis , écoulement de semence.

1° Les cliancres ou ulcères , sont de petits boutons dont le centre est blanchâtre, pleins d’une humeur corrosive, qui, peu de jours après un commerce impur, se manifestent entre le gland et le prépuce , quelquefois sur le frein , au sein , à la bouche , au fond du palais , I aux grandes et aux petites lèvres, à la fosse naviculaire , aux bords du canal de l’urètre.

3^ Les bubons ou poulains sont des tumeurs produites par rengorgement des glandes lymphatiques des aîues , des aisselles et du cou.

4^ Les rhagades ou fissures sont des gerçures de la peau à ra/rns, aux grandes lèvres, à la paume de la main.

5“ La céphalalgie ou mal de tète, qu’on

impute mal-à-propos au virus venusalgique, n’est le plus souvent que l’effet du iuercure dont on gorge les malades, sans savoir tirer parti de re demi-métal véhicule du remède du mal de Vénus. Le mercure pris à trop furie dose et sous toutes les formes, se porte avec impétuosité vers la tète, irrite les membranes du cerveau, cause le délire , l’apoplexie et la mort.

Un Anglais de distinction à qui je refusai d’administrer mon traitement , parce que ses forces vitales étaient épuisées par le mercure et les sudorifiques , est mort , rue du Cherche -Midi , vers la fin du mois de décembre dernier. Sa tête a fait explosion. Les deux pariétaux se sont séparés l’un de l’autre, après avoir souffert des maux de tète effroyables.

Je ne conseille pas néanmoins défaire trépaner les malades de Vénus , pour guérir la céphalalgie , quoique ce moyen ail réussi quelquefois dans des cas désespérés ^ dit M. Swediaur , qui soulage

aussi ses malades cephiilalgi<{iies en le» faisant coucher sur le crin et par terre , sans couvrir la tête, en évitant d’ échatiffeT le corps pendant le som~ meil. Ces moyens tout iunocens qu'ils sont , ne l’emporteront jamais sur un traitement méthodique et raisonné.

6“ La consomption chez les malades de Vénus , provient presque toujours de l’abus des femmes , de la masturbation»

de la salivation excitée par le mercure » des sueurs provoquées par l’usage des tisanes des quatre bois exotiques; d’une diète rigoureuse , de la multiplicité des traitemens. C’est faire acheter bien cher la guérison d’une maladie quelconque, que d’épuiser les forces vitales, de délabrer l’estomac , ce roi dqs viscères , et de réduire les malades à un état de marasme.

7° L:i surdité chez les malades^ de Vénus est l’etTel de la métastase du virus surrorgane de l’ouïe. Si l’àcreté de l'hu- • meur vénusalgique a détruit Forgane ,

la surdité est sans remède. Dans le cas contraire, un traitement régulier, un exutoire , des fumigations, des injections émollientes seront très-propres à soulager les malades , et même à opérer avec le temps, la guérison radicale.

8“^ L’ophtalmie vénusalgique est un des symptômes les plus fâcheux, et qu’on ne guérit que par un traitement méthodique , un régime adoucissant, et les anti-phlogistiques. L’ophtalmie est moins dangereuse et moins rebelle , lorsqu’elle provient du contact extérieur du virus , porté à l’œil imprudemment avec le doigt.

go La fi-tule lacrymale, qui produit l’écoulement d’une humeur fétide et sameuse , plus ou moins jaune, ou verdâtre , annonce ordinairement que les os spongieux du nez, et notamment l’elhmoïde , sont affectés de carie. C’est un symptôme fâcheux, qui seul démontre la

nécessité du traitement complet et bien

dirigé, pour prévenir , s’il est temps encore 5 la chute du nez.

10" La lèpre vénusalginue est une éruption sur toute la surface du corps,de taches rougeâtres , livides , dures au toucher, et d’une sécheresse exlréme. Lorsque ces taches se couvrent de boutons, au sommet desquels d s’établit une suppuration sanieuse, on leur donne le nom de gale.

11° Le virus vénusalgique a souvent son siège dans les narines, où il est poussé principalement, par l’abus que les malades font du vin , du café , de liqueurs fermentées et de femmes. La matière qui découle alors des narines a beaucoup d’acrimonie et de fétidité. Si les malades négligent de se faire traiter, ou s’ils ne reçoivent pas à temps des secours efficaces , rimmeur attaque les os du nez , et la cloison nasale , que la carie ronge. De là , la chute du uez, en totalité ou eu partie ; accident plus fréquent dans les Villes maritimes, patrie des yénusalgies

les plus iavétéiées, à raison de leur complication avec le scorbut, auquel les gens de mer sont plus sujets.

es maux de dents , chez les malades de Vénus, proviennent ou de la présence du virus même , poussé par le mercure, dans toutes les glandes de la bouche, ou du seul effet du mercure qui les carie. C’est au praticien expérimenté à bien discerner l une et l’autre cause, afin d’api)!i<[uer à f liacuae la modification convenable daji.i le traitement.

Les os sont souvent le siège de la vénusalgie , mais ils ne sont ordinairement affectés que chez les personnes qui ont eu plusieurs fois la maladie de Vénus, et dont les Iraitemens n’ont été que palliatifs , ou mauvais. Ces affections prennent divers noms, à la faveur desquels les auteurs ont désigné leur siège, ou le degré d’altération que les os ont subi ; telles .sont les dénominations de périostose ,à.‘exosi()se , Ô.Q tophus , denodus, de giimmi , etc.

Le périostose est le gonflement du périoste. Uexostose , le gonflement d’un os. Le cophus, une tumeur dure. Le nodiis une tumeur moins dure. Le giimmi , une tumeur mollasse , à laquelle les anciens ont trouvé une ressemblance telle qu’elle, avec la consistance de la gomme.

En général, les malades de Vénus, dont les os sont affectés , éprouvent uue faim plus ou moins dévorante. 3’en ai traité deux , qui faisaient cinq à six repas copieux , chaque jour , sans pouvoir se rassasier. Ce mal est un feu qui dévore les substances animales.

i4“ phimosis est le gonflement du prépuce , et l’étranglement du gland qu’il recouvre, soit qu’il y ait inflammation,soit qu’il n’y ait que boursoufflement œdémateux. Plus d’enfansqu’on ne pense, viennent au monde avec le phimosis- Les païens devraient être plus attentifs, à faire corriger en eux ce vice de conformation , qui s’oppose à l’entretien de la

propreté , et nu pansement des ulcères situés entre le pré])uce et le gland, quand ils pjeniient uti mal, dont ils ne sont pas plus exempts que d’autres.

i5® l.e paraphiniüsis est formé par le gonflement du prépuce et sa rétraction au-dessous de la couronne du gland , avec étranglement de celte partie.

i6® Les dartres sont desenfans de Vénus malade , et 4,es enfans si rebelles a tous les traitemons, qu’on ne vient à bout de les doirqilcr , qn’en purifiant le sang et lo...humcurs , de manière à faire pour ainsi «lire un corps neuf.

l'y® Les excroissances vénusalgiqnes sont en quelque sorte des productions animales dontie[)rincipe végétatif estdans l’àcreté du virus éminemment putride et dans la vitalité de l’oxygène, qui les fait pulluler à la surface des parties affectées. On a donne à ces diverses excroissances les noms des objets avec lesquels elles ont une ressemblance plus ou moins sensible : de i'a , les dénominations

bizarres de poireaux , de verrues , de crêtes , de fies , de mûres , de chouxfleurs , etc., donnés à des symptômes qu’il ne faut extirper par la ligature , l’amputation , ou les caustiques , que lorsqu’on a détruit la maladie, dont ils ne sont que les signes.

Les limites trop resserrées de cette instruction , ne nous permettent pas de donner ici le traitement de chacun des symptômes dont nous venons de faire l’énumération; mais dans une consultation 2)articulière,nous indiquerons àchaque malade qui voudra bien nous honorer de sa confiance , le mode de traitement analogue 'a chacun des symptômes caractéristiques de sa maladie.

Je terminerai ce chapitre, en donnant un conseil aux malades des deux sexes , surtout aux femmes enceintes , celui de ne point se familiariser avec un mal qui a l’activité dévorante du feu et la rage implacable du lion , dont il porte les

noms.

C’est surtout aux malades de Vénus que s’adresse ce précepte de l’école de Salerne ; « Arrêtez le mal dans son prinj) cipe ; le remède arrive trop tard quand » la maladie a fait trop de progrès. » .

Principiis ohsta. Serb mediciria paratur cuni mala , per longas inva~ Inere moras.

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