‹ Mal de VénusChapitre 7 sur 11 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Du mercure. Des dangers de l'usagée de ce demi-métal, soit extérieurement, soit intérieurement.

Le mercure est une substance métallique fluide, qui peut devenir dure et ductile comme les autres niélaux. C’est cette substance qu’on a r^ganlée jusqu’à ce jour, comme le remeda sj écirique du ma 1 de V émis, tandis que ce demi-métal n'est que le véhicule de l’oxygène, [lar la divisibilité infinie de scs molécules, et

( Go )

que Poxygène est le seul , le véritable remède du mal de Vénus. Sous quelque forme qu’on l’introduise dans le corps, le mercure rcpierid son état mèlallique et sort par les premières voies , tel qu'il était avant sa décomposition.

Pour démontrer , en deux mots , les dangers du tnercuic, il suffirait de dire qu’on n'emploieà l’exploitationdesinines de ce demi -métal que les Jioi,?mes condamnés à la peine capitale , et qu’après quelques mois de ce travail forcé, ces malheureux sont perclus de louj leurs membres, et aciiètent bien clier , par V les douleurs qu’ils éprouvent, une vie plus cruelle que la mort.

Pour inspirer une juste horreur de l’usage du mercure , il suffit de lire l’observation faite par le chimiste Fourcroi , appelé au secours d’un artiste doreur sur métaux.

Tous les miroitiers dont la profession estd’élamer les glaces , ne se préservent des coliques causées par Is mercure ,

qu’en buvant tous les jours du petitlait.

Tous les praticiens judicieux et impartiaux ne désavoueront pas que même les frictions mercurielles, ne peuvent être administrées sans danger, en automne et en hiver, à moins que les malades ne gardent la chambre. Or, ce mode de traitement ne saurait convenir qu’à des personnes riches et désoeuvrées, a qui lafortune et le défaut absolu d’occujiations , permettent de taire au moins la quarantaine de retraite et d’absliueuce.

* Tant de dangers d’une part , tant d’obstacle d« l’autre, avaient décrié le mercure a tel point au commencement du dix-huitième siècle , qu’il ne se trouvait pas un seul praticien qui se periuu de l’employer dans cette mcinc Bologne, où Béranger de Carpi se rendit anlrofois célèbre par la métliode des frictions qu’il Inventa. Ceux qui nous disent que le mercure guérit toujours la vérole , nous trompent, dit Yau-Swieten, d'après

Boerliaave. J'ai vu Barthez, Fouquet, Farjon faire passer jusqu’à cinq fois des malades par les grands remèdes, sans les guérir , à Montpellier, sous le ciel le plus propice au traitement de la vénusalgic.

Le mercure marche toujours escortédes quatreboissudorifiquesexotiques, comme si la nature avait placé dans une autre hémisphère le remède à un mal qui faisait des ravages en Europe, plusieurs siècle^ avant la découverte du nouveau monde.

Je crois qu’en ceci , comme en bien d’autres choses , on a consulté l’intérêt du commerce , plutôt que l’intérêt de la santé. En effet , les sueurs tje sont point dans la nature , et les provoquer dans toute maladie putride , c’est diminuer la somme des forces vitales et développer la putridité. Provoquer les sueurs dans le traitement de la vénusalgie , c’est s’opposer évidemment aux heureux effets, de son remède anti-putride , puisque l'oxygène est le principe de l’acidité. Ce n’est pas tout encore , le mercure s’op-

pose à l’effet des sudorifiques: i° Par les émauatious glaciales du plus froid des métaux, qui enchaîne leur action; a” par l’excipient graisseux dans lequel on l’éteint , pour composer l’onguent avec lequel on intercepte les sueurs , en bou- ' chant tous les pores. Que résulte-t-il de cette pratique vicieuse , consacrée par la routine ? De deux choses l’une , ou le virus vénusalgique est coagulé dans les glandes , ainsi qu’il est aisé de s’en convaincre par le toucher, chez certains malades , dontlesglandes plus ou moins gorgées, roulent sous le doigt, recouvertes par les tégumens ; ou le virus vénusalgique fait explosion, et, poussé pable mercure et les sudorifiques, il couvre le crâne de tumeurs douloureuses, et remplit la bouche d’ulcéres. Or, tous les praticiens savent que les chancres qui ont leursiége * aux gencives, aux lèvres, aux amygdales, à la voûte palatine et dans le fond de la gorge, ne sont, ni les moins rebelles , ni les plus faciles à guérir.

EnTm, si mes observations, fruit d'une ongiie expérience , ne suffisaient pa* pour convaincre les médecins judicieux el impartiaux des dangers et de l’insuffisance du mercure , dans le traitement de la vénusalgie , je les prie de venir se convaincre delà vérité de mes assertions, par la lecture d’un petit recueil d'ordonnances signées des grands maîtres les plus renommés dans la pratique de cette branche de l'art, dont les clieirs désespérés , sont venus se jeter dans les bras de ma Diane , après avoir subi plusieurs Iraitemcns infructueux par le mercure et les sudorifiques.

« Gardons-nous donc d’écouter , s’é- » crie Peyrilbe , ces hommes futiles et » tranchaiis, qui décident de tout sans » rien approfondir , nuisent aux progrès n de l’art, avilissent leurs connaissances, ,1 insultent ’a la raison, et contredisent

rexpérience qui les dément, lorsqu’ils » prononcent qu’un remède quelconque » ne peut guérir la vénusalgie sans le sen cours du mercure, «

Cependant , croirait-on que les partisans de ce demi-métal, lequel, de l’aveu même de IVJ. iiweàvêLUT, fj rodait souvent des ejfets pernicieux , sans guérir la vérole, puisqu" on ignore , ajoule-t-il , en quoi consiste son action ; croiraiton, dis-je, que les docteurs Jiydrargiriens, ^nt précisément ceux qui prenant en main l’arme du ridicule , se permettent d’appeler blanchisseurs de Vénus, ceux qui traitent leurs malades sans inercnre.

11 faut apjtrendre à ces messieurs , quelle est l’origine et l’acception du mot blanchisseur , dans la langue de Cytlicre.

Lorsque les médecins observateurs eurent reconnu l’Impuissance et le danger du mercure , dans lo trailouient do la vénusalgie , ils eur< rit re''onrs aux sudorifiques iridigèiies et exotiques , aux ba-ns de vapeurs, aux fumigations , etc. Ils appelèren'i ce imnveau mode de guérison , 77ietho)lp par extinciio7i ; et en

effets ils faisaient sur leurs cliens, jusqu'à extinction du mal , ou du malade. Les partisans dii mercure critiquèrent amèrement cette nouvelle méthode; et pour se venger des sarcasmes de leurs antagonistes , les guérisseurs par extinction, donnèrent aux prôneurs du mercure , le snrnom de blanchisseurs parce qu’en effet , iis blanchissent les malades , exlérieurement et intérieurement avec le mercure, comme les metteurs en œuvre blanchissent les métaux.

Les blanchisseurs de Vénus ne se contentent pas de mettre en œuvre leurs malades , ils les emplissent à l’envi de ce demi-métal , sans lui donner Timpulsion nécessaire et propre à disséminer l’oxygène dans les dernières ramifications des vaisseaux lymphatiques et des glandes où va se cantonner le virus vénusalgique, avant d'infecter la masse du sang et des humeurs.

Une comparaison aussi |uste que sensible, va démontrer aux pe'sonaes les pi us

étrangères à la science médicale , la vérité des deux assertions que je viens d’emettre sur l’inefficacité du mercure, véhiculé passif de l’oxygène , et sur le defaut absolu d’agent propre à faire jouer a ce demi-iuétal son véritable rôle dans 1 économie.

Une bouteille sale, dans laquelle asé'journé long-temps une huile fétide , une liqueur corrompue , se rince avec des grains de plomb. Que doit faire celui qui veut nétoyer cette bouteille ? Il doit d’abord y introduire la quantité nécessaire de grains de plomb et d’eau ; ensuite boucher la bouteille, pour y retenir l’air; enfin , agiter en tous sens le plomb dans la bouteille, afin de lui rendre, à la faveur de Toxygène et du plomb, sa pureté, sa propreté, sa transparence, en un mot la rendre inodore.

Combien grande serait à vos yeux la stupidité de celui qui se contenterait d’emplir, jusqu’au goulot, de grains de plomb J la bouteille sale, et de la laisser

dans un coin sans l'agiter , parce qu'il aurait ouï dire , que le plomb a la propriété de nettoyer les bouteilles saies.

Miicato nomine j de vobis fabula narratur hydrargyri laudalores. Vous gorgez vos malades, l® de mercure, sous forme métallique, et sous forme saline j 7.° de tisanes sudorifiques ; 3” enfin, de tous les remèdes dont se compose la pharmacopée syphilitique ( l’auteur a voulu dire , anti - syphilitique ) du traite complet. Cependant , que résulte-t-il de cette pratique incomplète ? que le mercure produit souvent des effets pernicieux , sans guérir la vérole , dit l’auteur.

Il est vrai que dans les cas désespérés et qui ont résisté au mercure , M. Swediaur a recours 'a la décoction ultramoutaine de Poulini; décoction merveilleuse, qui , pour se rendre de Milan à Paris, franchit impunément les Alpes en toutes saisons , et après s’étre délassée de ses fatigues , chez Milouart , pharmacien ,

rue Coqtiiüére , guérit, dit l’auteur, des ulcères opiniâtres et désespérés , des exostoses y des caries, des maladies de peau , des douleurs dans les os ou autres parties du corps, qxâ avaient résisté au mercure ; il est bien sûr , ajoute l’auteur , qu il n entre pas de mercure dans sa composition.

Pourquoi donc se donner la peine de composer une pharmacopée syphilitique , si In décoction de Poiiluii, (’Viérit sans mercure, des sytnplôines opiniâtres et désespérés ?

Cependant les fanatiques partisans du mercure, vont jusqu’à dire que la sagesse de la nature a placé une mine de mercure sous les murs de Montpellier , dans le dessein d’accroitre la célébrité de cette moderne Epidatire. C’est du moiusce que donne à entendre DesboiS de Rochefop.t dans sa matière médicale , quand il dit : Op p'ètend que Montpellier est bâti sur une mine de mereure.

Pendant mon séjour à Montpellier on

fit en 1781 des réparations considérables à 1 école de cliirurgie , qui nécessilêrenl des recrcusemens pour de nouvelles fondations. Lorsque les ouvriers furent parvenus au tuf ou terrain ferme , ils y trouvèrent une si grande quantité de mercure , que j'ai vu des enfans le puiser à coups de chapeaux.

Je puis certifier que le mercure entassé derrière l’école de cliirurgie, provenait des excréinens que le public venait déposer tous les jours , depuis un temps immémorial , dans cet impasse. Qu’on creuse encore aujourd’hui dans tous les endroits destinés au même usage, et l’on se convaincra de la vérité de mon observation. Mais revenons à mon sujet. Si le mercure influe d’une manière si pernicieuse sur l’économie par ses émanations et par son seul contact avec les partiescxtérieures, je laisse à penser quels doivent être les ravages qu’il produit intérieurement,lorsque, nouveau Protée,onl’administre sous toutes les formesPraais n e ar-

loniici que de la liqueur de Van-S wieten.

Cette préparation dont l'usage est le plus familier, u’est-elle pas des plus dangereuses et des plus perfides ? Et d’abord des plus dangereuses, puisque le ubliiné - corrosif est un des |poisons les plus actifs , qu’il est toujours iin. prudent de confier aux jeunes gens qui croient pouvoir doubler et tripler impunément la dose d’un remède aussi limpide que l’eau la pins clarifiée. Cette liqueur est encore la jiliis perfide , en ce que l’eau distillée ne tient (pie très-imparfaitement en dissolution celte substance saline, quoique déjà divisée par l alkool. Elle se précipite au fond de la bouteille, en soi leque les premières cuillerées de cette liqueur sont presque sans effet, tandis ([ue les dernières eu produisent de très funestes. Du reste , voici ce ([ne Cai^heuser , célèbre auteur de matière médicale , pense du inuriateoxygéné de mercure.

« J’exhorte, dit-il , tout médecin , de

» proscrire l'usa ge de ce rernéde corro- » sif , interne, s'il vent n’avoir rien à se » reprocher, et conserver sa réputation»

» car les funestes effets de ce médica- » ment , ne se manifestent pas toujours » immédiatement après qu’on l’a pris , » mais le plus souvent long-temps après » qu’on en a fait usage. » Ununi quem~ que !:o'ior medicnm , ut ab usu hujus concreti corrosivi inierno,semper abslineat , si alias conscientiam salvain.

et fainam illibatam servare -velit.

Noxœ eni/n quas prodactum hoc inieniè usai patum infert , non semper post primant statim ad s umplionern , sed perscepà poit notabile demùm tempus sen tiantur .Ÿ\\zx . in-4”pag. lyi- JNous ne passerons donc point en revue les innombrables préparations mercurielles qui composentlap//urmaco/;e'esypbilUiqne KVii. complet, parce

qu’elles ne sont que des variétés des deux préparations premières du mercure ; l’une sous forme mélallique, éteint dans

un excipient ; l’autre sous forme saline et d'ailleurs, n’admertant qu’une maladie de Vénus, nous n’avons pas besoin d’un, si grand luxe pharmaceulique. Nous ne réimprimerons pas ici les formules des tisanes , des robs , des sirops , des pou-^ dres , des bols , des pilules , des dragées dont la mode a fait ou fera justice, parce que leur base est le mercure qui n’aja^ mais guéri , et qui ne guérira jamais le mal (le Vénus , dont voici le vrai re* méde.

Page 1