‹ Mal de VénusChapitre 8 sur 11 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

De 1‘ oxygène, seul et vrai spécificjue de la vénusalgie.

L’oxygène est un des agens les plus puissans de la nature. 11 forme la partie respirable de l’air, et entre pour un tiers dans le poids de l’atmosphère. Priesti.ey qui 1 a découvert le premier, lui a donné la nom d’air déllogistique. Le gaz oxygène

est invisible , inodore , élastique et pesant. Sa base est le principe de l’acidité. Les propriétés chimiques qui distinguent le gaz oxygène de tout autre fluide élastique sont , de hâter la combustion des corps qui en sont susceptibles, et de favoriser la respiration des animaux.

L’atmosphère est donc composée de deux parties de gaz azotique , ou d’azote ; et d’une partie de gaz oxygène , ou d’air déflogistiqué , suivant Priestley ; d’air de feu , suivant Scheele , ou d’air pur, suivant Delame'tekrie.

Les corps qui brûlent et les animaux qui respirent , enlèvent continuellement le gaz oxygène à l’atmosphère, et ne lui en restituent jamais, ensorte que l’air serait bientôt épuisé de ce principe de la vie, si la nature n’avait pourvu au moyen de le renouveler a tout instant.

Le gaz oxygène qui entre dans nos poumons , s’y décompose , et en sort tout différent. Il ne peut plus être respiré. Il éteint les bougies , et suftoque les

aniinaus. C’est un autre gaz , connu sous le nom d'acide carbonique. La combustion opère) les mémes^ phénomènes , et décompose l’air atmosphérique , en lui enlevant le gaz oxygène.

Lavoisier a déterminé, lepreraier^quels changeniens chaque respiration apporte dans la proportion de ces gaz. Lavoisier est le premier qui a expliqué d’uue manière satisfaisante , ce qui se passe pendant l’oxydation des métaux. Lorsqu’on fait passer l’oxygène dans un corps, celte opération se nomme oxygénation, ou oxydation. On peut, par l’action du calorique et de la lumière, transmettre l’oxygène d’un corps dans un autre. Mais avant de nous occuper des minéraux , parlons des végétaux.

Nous venons de voir le gaz oxygène consommé par la combustion et par la respiration des animaux , comme aliment du feu et de la vie; le contraire a lieu dans les végétaux. Loin d’enlever l’oxygène à l’atmosphère, les végétaux lui

en fournissent continuellement, et le renouvellent sans cesse en le purifiant. De là vient que l’air de la campagne est si pur au printemps, saison où l’oxygene^ s’échappe par Ilots du sein des végétaux ; époque où la végétation est dans toute sa force 5 où la sève de la vie circule avec plus de rapidité dans tous les corps organisés : temps heureux , où tout aime j tout pousse tout se reproduit dans les règnes de la nature. De Ih, cet amour instinctif, ce goût inné que nous avons tous pour les fleurs , dont les gens du peupie même , parent à grands frais leur modeste réduit. Qu’on nous dise après cela qu’un minéral froid , pesant, le plus funeste des métaux , a plus d’analogie avec le seul remède du mal de Vénus, que les végétaux saturés d’oxygène !

Lavoisier prit une quantité déterminée de mercure , le plus oxydable de tous les métaux , et l’exposa à l’action de la chaleur , dans un appareil convenable. Il s’apperçul qu’après l’ébullition , le métal

se recouvrait d’une poussière brune , qui devenait rouge a mesure qu’elle augmentait. 11 parvint, par ce procédé , à convertir tout le merfcüre en poudre rouge, connue des cliimisles sous le nom d’oxyde rouge de mercure. 11 pesa celte poudre, et vil que le mêlai, en changeant de nature , avait augmenté de poids. I! soumit ensuite cet oxyde rouge à une forte chaleur, dans un vaisseau convenable, qui communifjuaitsous une cloche a raj)pareil pneumalo-chimique. Bienlôt le métal rejîrit sa première forme , redevint du mercure coulant, et la cloche se remplit d’ail'. Cet air bien examiné se trouva du gaz oxygène, mêlé avec une très-petite quantité de gaz azotique. La portion du gaz oxygène ayant été pesée, se trouva égale au poids qu’avait acquis le métal , pendant sa calcination.

J 1 est évident que, durant cette opéra tioii , le mercure décompose le gaz oxygène , en absorbe la base , qui augmente

ion poids , et qu’en restituant du calo-

rique et de la lumière à la base du gaz oxygène, elle reprend son état élastique et abandonne le ^étal, qui revient alors à sa première fôïme.

De ces faits incontestables, je conclus ;

1° Que le mercure seul, administré soit extérieurement, soit intérieurement, sous forme métallique, ou sous forme saline , ne peut être le remède d’un virus avec lequel il n’a aucune analogie , etcontre lequel il n’a d’action ni connue, ni probable.

2° Que le virus vénusàlgique essentiellement putride , ainsi que ses effets le démontrent, n’a pas de remède plusspé- * cifique que l’oxygène , principe de l’acidité.

3° Que dans l’état actuel de la science, l’oxygène manquait d’un véhicule homogène, d’un agent assez actif, assez énergique , pour le pousser dans les dernières ramifications des vaisseaux artériels , veiiieux et lymphatiques, siège de la vé-

Kusalgie; et c’est ce véhicule , cet agent héroïque , que J’ai découvert dans la Diane, et dont les succès d’une pratique journalière démontrent l’efficacité.

CflAPlTRE VI.

De la Diane y et de ses effets dans le traitement de la venus algie.

II existe dans le règne végétal une plante , que les botanistes ont classée , par analogie , dans une famille étrangère à sa propriété spécifique , faute d’avoir, dans leur science, un moyen analytique pour reconnaître la vertu médicale de chaque végétal. Mais faut-il s’en étonner, quand dans le régne animal , tant d’individus se trouvent classés , par le hasard de la naissance , dans des familles , dont ils n’ont ni les vertus, ni les talens.

J’ai donné à celte plante le nom de l’animal qui déco uvrit par instinct sa vertn vénusalgique , afin de m’assurer la gro-

prîété d’une découverte précieuse - à riiumanité souffrante.

La diane n’est point le remède de la 'Vèiiusalgie. Ce végétal n’est que le véhicule et l’agent de l'oxygène. 11 remplace avec avantage le mercure, sans avoir aucun des dangers , aucune des propriétés malfaisantes de ce demi-métal. Voici ce qui a donné lieu à cette découverte.

En 1804, je m’inoculai moi-inéine involontairement la vénusalgie , en accouchant, dans mon amphithéâtre , sous les yeux de mes éléves, une femme infectée de cette peste au plus haut degré. Ce jour JL , je m’étais fait une égratignure assez profonde Lia main gauche, et, faute de précaution, je m’inoculai le virus, qui peu de jours après se manifesta L la partie interne et moyenne de l’avant-bras.

Il me suffira de dire, pour donner une idée de la gravité du mal, que j'.h vu , que j’ai touché le périoste de Vhiiweruj> La cicatrice actuelle, avec déperdition de. substapce , ne diffère aucunement Jô

celle qui alieu par l’effet d’une brûlure.

. La saignée , les bains , les tisanes , les frictions mercurielles sagement admi" nislrés de quatre en quatre jours, une diète rigoureuse , rien ne fut omisj mais le mercure ayant porté le virus vénusalgique à la bouche, malgré les doux purgatifs employés pour le repousser , il y manifesta sa présence par la salivation , et par un ulcère qui affecta la partie antérieure de la mâchoire supérieure. Les deux dents incisives et la canine du côté droit de cette mâchoire commencèrent à vaciller dans leurs alvéoles, et à force de les porter tantôt en avant, tantôt en arrière , je sentis que la portion de la mâchoire supérieure qui embrassait les trois alvéoles, se détacherait entièrement avec les trois dents déjà ébranlées.

Après en avoir acquis la certitude par le mouvement de ginglyme, ou de charnière que je faisais exécuter à cette portion d’os, a la faveur des deux dents incisives et de la canine , je me déterminai

à en faire l’extraction, quelque douloureuse qu’elle pût être, pour ne pas donner au virus le temps d’attaquer les os du palais et du nez. Voici comment je procédai à cette extraction.

Je me renfermai dans ma chambre avec une personne de confiance intelligente , pour me donner tous les secours dont j’aurais besoin; et après m’être assis devant une glace, je coupai d’abord longitudinalement les gencives avec la pointe d’un bistouri. Je séparai ensuite des deux côtés la portion antérieure et mobile de la mâchoire supérieure, des deux portions latérales fixes, et rassemblant toutes mes forces , je fis l’extraction de la portion de la mâchoire affectée , et des trois dents renfermées dans leurs alvéoles , et parfaitement saines.

Il sortit de la plaie une grande quantité de sang noir et fétide , dont je favorisai l’écoulemeiit avec l’eau chaude ; ensuite je détergeai laplaieavec l’oxycrat et le miel rosat.

Les deux portions d’os de la mâchoire supérieure restèrent unies par leur'lien nature], et les alvéoles de la portion d’os affectée se séparèrent des alvéoles voisines aussi régulièrement que si la nature eût fait de chacune d’elles une pièce distincte de l’arcade alvéolaire. Enfin, ce qui étonne les gens de l’art les plus expérimentés qui ont vérifié le fait, c’est que l’extraction de toute la partie antérieure de l’os de cette mâchoire ait pu être faite impunément, je veux dire sans la moindre altération , soit de l’organe de la voix , soit de la prononciation distincte des mots; et conséquemment sans la moindre lésion de la voûte palatine , ainsi que peuvent l’attester les personnes qui m’ont entendu plaider au trihunal de première instance du département de la Seine.

Contre un mille orateur dont les talens naissans Ont remporté le prix à soixante et dix ans.

Cependant les funestes effets du mer-

cure, m’avaient inspiré une telle horreur pour ce demi - métal ,• que j’embrassai d'abord avec transport les méthodes végétales de Mitié et de Poli de Blanchet , puisées dans le régne végétal, le plus riche en oxygène. Mais tant de tisanes chaudes, en délabrant de Jour en jour mon estomac , me faisaient acheter bien cher une guérison incertaine. J’abandonnai donc leur mode de traitement , pour aller chercher aux sommets du Jura, des rnonts rie l’Helvétie et des Alpes , patrie des végétaux , cet agent si nécessaire au spécifif[ue du mal de Vénus et qui mieux que le mercure pût servir de véhicule à l’oxygéne , et le disséminer clans les dernières ramifications des vaisseaux capillaires.

Je ne retracerai point ici l’histoire de la découverte de la Diane , dont j’ai donné le détail dans mon Traité de la vÉxuSALGiE et dans ma Vénüsalgiade, poome en vers français et en quatre

chants (i). Je ne me suis proposé dans cette courte instrucliou que d’exposer ma méthode curative , et c’est ce que je vais faire en peu de mots.

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