CHAPITRE IV
Pathogénie
Les premiers faits de résorption progressive des arcades alvéolaires, ayant été observés chez des syphilitiques, il était naturel de rattacher cette affection à la syphihis. Et cependant, on ne le fit qu'avec une certaine réserve et si l’on admit cette hypothèse, c'est que l’on n’en'trouvait pas de meilleure. Néanmoins M. le professeur Duplay faisait déjà remarquer les différences capitales qui séparent ces perforations de celles que la syphilis engendrent ordinairement à la voûte palatine. Notre maître admettait, avec beaucoup de restrictions du reste, que la syphilis créait, sous l'influence de prédispositions inconnues, une lésion particulière du tissu osseux ; qu'il s'agissait peut-être d’un processus analogue à la carie sèche des os du crâne. Cette hypothèse, nous devons aujourd'hui l’abandonner. ;
Remarquons d’abord que tous les malades ne sont pas syphilitiques. Ceux de Dolbeau, Dubrueil, notre premier malade ne l’étaient pas.
Remarquons en outre que nous avons à faire à une lésion très rare et que les syphilitiques sont très nombreux. Quand la syphilis frappe les dents, les lésions dentaires de la syphilis sont très reconnaissables à leur début. Ici les dents tombent avant tout stigmate extérieur, pour ainsi dire avant d'être frappées. Quand la syphilis frappe le maxillaire supérieur, elle le fait au niveau de son apophyse palatine. Ici, au contraire, c'est au niveau du rebord alvéolaire que les lésions se trouvent et quand la perforation s’agrandit, c’est la portion horizontale qui résiste.
Enfin les perforations syphilitiques s'arrêtent, sinon guérissent par un traitement approprié. Ici rien de tel, les perforations
progressent malgré ce traitement, et leur marche extensive ou leurs arrêts temporaires n’ont rien à voir avec la médication anti-syphilitique.
La théorie infectieuse estuniquement soutenueparM. Galippe, depuis 1882. Ses premiers travaux ont passé inaperçus.Et M a n oha en 1885, Carrière en 1892 n'en font pas mention. Depuis cette époque, M.Galippeest revenu sur cette question, à propos des malades observés par M. le professeur Fournier. Ses idées méritent mieux que l’oubli.
Pour cet auteur, le mal perforant buccal est une simple complication de la pyorrhée alvéolaire ou maladie de Fauchard, se terminant par nécrose du bord alvéolaire. Mais cette complicalion ne se produit que dans des conditions spéciales, principalement lorsque la pyorrhée se déclare chez des ataxiques.
—+ Je prétends démontrer, dit M. Galippe, que les lésions, considé- « rées par M. Fournier comme tabétiques, ne sont que des lésions « de la pyorrhée alvéolaire aggravées par le Tabes ».
« Dans la pyôrrhée, chez un malade non ataxique, il y a répara- « tion plus ou moins active et certainement une résistance plus ou « moins efficace des tissus à l’envahissement microbien. Chez les « ataxiques, au contraire, ce processus de réparation, cette résis- « tance n'existent pas. De sorte que tous les phénomènes d'ordre « destructif sont amplifiés, les sequestres sont plus gros, le bord « alvéolaire comme le corps du maxillaire peuvent être envahis ».
Nous ne nous refusons pas d'admettre que les malades étudiés par M. Galippe fussent atteints de pyorrhée alvéolaire. Il s’agit là de cas étudiés uniquement par un auteur dont nous reconnaissons la compétence. Mais il est moins évident que le malade de Dolbeau, que les nôtres, eussent la maladie de Fauchard.:
Dans cette maladie, les dents avant de tomber présentent de la rougeur au niveau du liseré gingival, et un léger suintement purulent au niveau de leur sertissure — telle est la règle. Il y à des exceptions et quelques dents peuvent tomber sans présen- “ter ces signes. |
Mais, quand la chute est aussi générale, ce qui du reste est
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très rare, on n'a pas encore observé de cas, où ces symptômes primordiaux manquaient. Et cependant dans les cas de mal perforant buccal, les affirmations des auteurs sont très nettes. Il n’y a qu'à relire les observations de Dolbeau et les nôtres, pour se convaincre que les malades n'ont pas présenté les signes de la pyorrhée alvéolaire. Bien mieux, notre deuxième malade, adressé à nous par un spécialiste de nos amis, [M. Touchard, professeur suppléant à l’école dentaire, qui s’occupe spécialement de la maladie de Fauchard, au sujet de laquelle il a beaucoup publié, M. Touchard continue à observer avec nous le malade de l’observation XVII], nous a maintes fois affirmé que l’on ne pouvait pas le déclarer atteint de pyorrhée alvéolaire. Ce qui frappait, en effet, les personnes les moins au courant de la question, c'est que nos deux malades avaient des dents remarquablement saines et solides. Et quelques jours aprés, on assistait à leur chute.
Nous avons pu ainsi dans nos deux cas en recueillir quelques unés, qui paraissaient fort belles. Enfin, d’après le récit de trois malades, celui de Dolbeau et les deux nôtres, la dentition n'avait jamais paru défectueuse (le malade de Dolbeau cassait 150 noyaux d’abricot). <
Aussi leur étonnement avait-il été grand lorsque les premières dents tombèrent. Du reste, ce qui a frappé les observateurs depuis M. Labbé jusqu’à nos jours, c’est l’intégrité apparente du système dentaire, contrastant avec la chute subite des dents. Cela est noté dans tous les cas. Voilà les objections que la clinique suggère, et si le malade de M. Galippe est atteint de pyorrhée alvéolaire, nous ne pouvons admettre que les autres le soient.
La bactériologie elle-même, cette science qui le plus souvent peut seule juger les diagnostics en dernier ressort, la bactériologie ne peut répondre.
M. Galippe a fait cultiver quelques dents, et Es {ous les cas, il à trouvé le même microbe ; mais quel est ce microbe ? Ce microbe est-il pathogène et engendre-t-il la maladie de Fauchard ? C’est ce que M.Galippe ne peut dire. Alors, et jusqu'à plus ample informé, nous considèrerons ce microbe- comme un