‹ Mal Perforant BuccalChapitre 18 sur 30 · OT · texte numérisé non relu

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ce que l’on voit dans la plupart des affections qui s’accompagnent de chute des dents, la sénilité, la pyorrhée alvéolaire. C’est ce qui arrive chez les gens, qui à la suite de névralgies faciales rebelles, arrivent à faire arracher toutes leurs dents.

Si nous considérons le mode d'implantation des dents comme une sorte d’articulation, tout dans le processus de départ, nous rappelle une arthropathie tabétique. L’usure de l’alvéole a pour analogue l’usure des extrémités osseuses articulaires. La distension, lamincissement ligamenteux des arthropathies, se retrouvent ici sous forme de disposition du périoste alvéolo-dentaire, ou ligament alvéolo-dentaire. Sous l’influence du double travail de régression, qui frappe l'os et les ligaments, les dents tombent, elles elles se luxent pour ainsi dire, comme se luxent quelquefois les os, dans certaines arthropathies nerveuses trèsavancées.

= Nous ne voulons pas pousser trop loin nos comparaisons. Mais, ce que nous voulons établir catégoriquement, c’est que la lésion primitive de l'affection qui nous occupe, c’est la régression de l’avéole et du ligament alvéolo-dentaire, déterminant la chute de la dent et que tout se passe comme dans une arthropathie tabétique, où l’on voit les extrémités osseuses usées, jusqu’à la disparition ; les ligaments distendus et extrêmement amincis, ayant perdu leur rôle dans la limitation des mouvements (mem-

-bres de polichinelle) ; les luxations enfin qui se produisent dans certains Cas. : —

- L'altération alvéolaire, l’arthropathie alvéolo-dentaire, si on veut, étant première en date, la conception du mal perforant buccal devient au premier abord un peu différente de celle du mal perforant plantaire. En réalité, cette différence n'existe pas. L’analogie même du processus va nous paraître plus frappante

encore, quandnous aurons montré, comment leslésions évoluent à la plante du pied. :

Nous allons appliquer aux lésions buccales la théorie que M. Gilles de la Tourette, soutient pour les lésions plantaires :

- dans le tabes.

Dans le mal perforant plantaire, en effet, si le durillon nous paraît premier en date, c'est qu’il se trouve suc le tégument ex-

terne, et que l’œil le voit sans être obligé de le chercher. Mais a-t-on le droit de dire pour cela que la peau soit frappée la première ? Pour pouvoir l’affirmer, il faudrait connaître auparavant l’état de l'articulation sous-jacente et s'assurer qu’elle est indemne. On néglige souvent cet examen ; ou bien cet examen ne se fait pas, parce que le malade ne viént pas consulter. Quand on a pu le faire,comme M. Gilles de la Tourette l’a fait, on a constaté maintes fois des craquements dans l’article sousjacent au durillon. On se convainc ainsi que l'arthropathie est contemporaine de la lésion cutanée, si elle ne la précède pas.

Et lorsque plus tard, les ulcérations se forment, et les perforations s’établissent, c'est qu'un nouvel élément s'est greffé — l'infection. Celle-ci trouve tout un territoire frappé par la névrite, qui laisse son empreinte sur tous les tissus à la fois, sa marque sur la peau, c’est le durillon : sa marque sur l’articulation, c’est l’arthropathie. Puis sous l'influence d’une cause quelconque, la peau s'ouvre, les germes infectieux pénètrent. L'inflammation s'étend aux tissus mous et se marque par un suintement plus ou moins sanieux : elle s'étend aux tendons, qui s’exfolient : aux os, qui primitivement frappés par le tabes, sont alors atteints d’ostéite raréfiante et de nécrose. Mais est-ce à dire pour cela que la progression suivie par la névrite soit la même que celle qui à été suivie par l'infection ? Non. L'infeetion est allée de la peau à la profondeur. Mais la névropathie a frappé d'emblée tout le territoire du nerf incriminé. C’est ainsi que la névrite procède toujours.

Voilà comment nous comprenons, avec M. Gilles de la Tourette, la progression des lésions; — apphiquons ces données au mal perforant buccal. |

Le trijumeau étant primitivement frappé par la névrite, tout un territoire buccal, correspondant aux branches nerveuses malades, est atteint de trouble trophique — la muqueuse et ses annexes, Le périoste et los. Mais les altérations sont inégales : et celle qui nous frappe d'abord, c'est la lésion articulo-dentaire, c’est l’'ébranlement de la dent et sa chute. Puis le bord alvéolaire se résorbe, la muqueuse prend un aspect cicatriciel et devient le siège d'anesthésies. Mais à ce degré là, on ne peut pas

dire que la lésion dentaire ait déterminé les lésions de la muqueuse, pas plus qu'il n’est légitime de dire que les lésions muqueuses se soient étendues à l’alvéole et à la dent. Toutes ces lésions sont contemporaines.

Mais bientôt vont apparaitre les fistules et les perforations. Au pied, les communications cutanéo-articulaires s’établissent, avons-nous dit, par l'infection. Il en est quelquefois de même aux maxillaires. Les dents, en tombant, laissent des cavités ouvertes où les aliments peuvent déterminer des excoriations. Cest à ce moment que les germes infectieux vont faire leur apparition. C’est ainsi qu'on peut expliquer les faits invoqués par M. Galippe, et que ses idées peuvent se concilier avec les nôtres.

À partir du jour où les microbes s'introduisent dans les maxillaires, la résorption alvéolaire entre dans une nouvelle phase. On voit survenir alors les phénomènes d’ostéite raréfiante, les suppurations qu'il faut ouvrir, les séquestres qui tombent d’euxmêmes, ou que le chirurgien est-obligé d'extraire. C’est alors que lesinus maxillaire s'ouvrira. Si les séquestres sont petits, on aura une simple fistule : volumineux, une large perforation. Est-ce à dire cependant, que la résorption osseuse primitive, celle qui creuse et élargit l’alvéole, ne puisse seule amener l’ouverture du sinus, sans avoir recours à l'infection ? Nous pensons qu'il ne faut pas être trop exclusif. L’usure osseuse que l'on voit dans les artropathies ordinaires des tabétiques est bien plus accentuée qu'elle ne l’est aux maxillaires. Et cependant elle se produit en dehors de l'infection. — Il peut en être de même à la voûte palatine. Et dans quelques observations (Labbé, Baudet, etc.), il semble que cela fut ainsi. La chute des dents se poursuivit sans suppuration, sans la moindre élimination des parties osseuses.

Les malades étaient très affirmatifs à se ot La résorption osseuse fut, pour ainsi dire, invisible jusqu’au jour où le sinus fut ouvert. Et la tropho-névrose seule a suffi à amener la perforation.

Nous croyons donc, en tenant compte de l’analyse des faits, pouvoir terminer ce chapitre de pathogénie en disant que : le

LL Aie

mal perforant buccal est une affection que l'on trouve certainement dans le tabes, et qu'on ne peut, dans l’état actuel de nos connaissances, l’attribuer à aucune autre cause connue, que le tabes. Que cependant, il existe des malades qui présentent des perforations d'ordre trophique et qui ne sont pas à ce moment des tabétiques. Le deviendront-ils ? Ont-ils des lésions névritiques mal connues, dues par exemple à la syphilis ? Nous n'en savons rien, et l'on ne peut encore répondre catégoriquement.

Ce qu'il y a de certain, c’est que, quelle que soit sa cause, la névrite du trijumeau existe; elle affaiblit et trouble la nutrition de tout un territoire alvéolo-dentaire, le symptôme qui frappe à ce moment, la lésion qui nous apparaît en premier, c’est l'arthropathie alvéolaire. Puis, soit que la résorption osseuse se continue sous l'influence de la trophonévrose seule, soit qu’il s’y mêle une infection secondaire avec ostéite el séquestres (les deux pro-

cessus pouvant coexister mais l'infection restant au second plan), le bord alvéolaire disparait, le sinus s’ouvre : le mal pèrforant buccal est créé.

GHAPITRE V

Traitement.

Le traitement du mal perforant buccal à été jusqu'ici un traitement palliatif. >

Nous avons fait construire à notre 2° malade un dentier un peu spécial, dont nous avons confié la fabrication à notre ami M. Touchard. — Ce dentier a suffi à obturer la perforation.

Nepourrait-on pas aller plus loin et essayer de comblerles perforations par une opération curative ?

Cette opération pourrait à la rigueurréussir, maisest-elle bien utile ? : $

Il ne faut pas oublier que les malades sont des ataxiques, du moins.la plupart, et que l’obturation de leur perforation ne les dispensera pas de porter un dentier, pour remédier à la chute plus ou moins complète des dents.

Aussi,tout en admettant qu'une opération autoplastique peut avoir quelque succès, conseillerons-nous seulement à nos malades de porter un appareil prothétique.

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