‹ Mal Perforant BuccalChapitre 23 sur 30 · PERTE · texte numérisé non relu

PERTE

éprouvait particulièrement la sensation d’un corps étranger qui se seraitintroduit entre les dents prémolaires de la mâchoire inférieure à gauche; dans les tentatives qu'il faisait à chaque instant pour se débarrasser de ce corps étranger imaginaire, il constata bientôt que les dents de cette région s'ébranlaient, se déchaussaient sans douleur bien marquée, et il les cueillit en quelque sorte sans difficulté ; cette chute des dents se propagea bientôt aux deux côtés du maxillaire inférieur, au maxillaire supérieur, et le malade s’enleva ainsi en quelques semaines quatorze dents aux deux mâächoires.

Au commencement de septembre 1892, il se développa sur la branche horizontale du maxillaire inférieur, à gauche, une tuméfaction qui augmenta d’une manière aiguë, assez douloureuse, avec un état fébrile modéré.

Au bout d’une douzaine de jours, la tumeur était fluctuante, et s’ouvrait à la peau, à deux travers de doigt en avant du menton, par un orifice fistuleux, donnant issue à une assez grande quantité de pus. Le malade entra alors (fin septembre) à l'hôpital Saint-Antoine, dans le service de M. Monod. On pensa alors à un ostéo-sarcome, à une ostéo-péritonite du maxillaire. En sondant la plaie extérieure, on constata une nécrose sous-jacente de l'os, et l’on retira 3 ou 4 séquestres, après l’ablation desquels, on put refermer la plaie, qui guérit au bout d’un mois; en même temps, l’on arracha du maxillaire inférieur gauche quelques dents qui tenaient mal, on les gratta, on les réimplanta avec succès, mais elles devaient tomber bientôt toutes seules. On constata à ce moment, sur la partie droite du maxillaire supérieur, un ulcère dont le malade ne soupçonnait pas lui-même l’existence. En janvier 1893, le malade fait un séjour de six jours dans un service de chirurgie, où, en raison de ses antécédents syphilitiques, on lui fait subir un traitement ioduré.

Lorsqu'il entra dans notre et nous constatâämes les lésions suivantes.

Chute de toutes les dents, à l'exception des deux dernières molaires inférieures droites, et des trois dernières molaires inférieures gauches. Si l’on suit avec le doigt le bord alvéolaire du maxillaire inférieur recouvert par la muqueuse gingivale, on sent ce bord irrégulier, déchiqueté, sans traces bien nettes des cavités alvéolaires. L'os est abrasé à ce niveau.Surla face antérieure de la branche horizontale, à gauche, on sent une saillie volumineuse, dure, indolente.

Au niveau du bord alvéolaire, à droite, on constate une ulcéra-

tion persistante, longue de 5 cent., large de 8 à 10 millim., limitée

en arrière par la molaire non tombée encore, latéralement par des

replis de la muqueuse gingivo-buccale, décollée des faces de l'os, et

en avant par un bourrelet de la muqueuse adhérent au maxillaire.

Cette ulcération, à peu près rectangulaire, présente un fond bourk geonnant, fongueux, d'un gris jaunâtre, donnant issue continueliement à une certaine quantité de matière hémato-puriforme, un peu fétide.

Depuis son entrée à l'hôpital, le malade a éliminé, par le fond de cette ulcération, 3 sequestres: avec le doigt, on sent sous la surface fongueuse l’os nécrosé, et l'exploration au stylet fait sentir parfaitement des surfaces osseuses mortifiées. [I s’agit donc d’une ulcération de la muqueuse du maxillaire, ayant déterminé après la chute des dents, la nécrose l’exfoliation du bord alvéolaire..

C’est sur le maxillaire supérieur droit que l’on constate une autre ulcération toute particulière. Ici l’ulcération intéresse en surface le bord alvéolaire sur une longueur de 5 cent. environ d’arrière en 2 avant, mais transversalement elle déborde en dedans du bord alvéo- 2e laire sur la surface palatine de l'os, sur une étendue de 2 à 3 cent. Rlle présente ainsi un contour à peu près elliptique ; elle intéresse la muqueuse, sans entamer l'os sous-jacent; elle présente un fond bourgeonnant, fongueux, grisätre, peu déprimé, donnant issue à une sécrétion puriforme, fétide. On sent par le doigt, comme par le stylet, que le fond de lulcération, recouvre des surfaces osseuses un peu irrégulières. Le malade n’a jamais rendu de fragment d’os par cet ulcère.

Cette ulcération est absolument indolente et est le siège d’une Ë anesthésie absolue à la piqûre, on peut, comme dans les maux perforants, pénétrer jusqu’à l’os,: sans que le malade éprouve aucune sensation douloureuse.

L'examen nous a montré qu'il était un tabétique des mieux caractérisés, dont l'affection a débuté, il y à cinq ans environ, par un affaiblissement marqué de la vue, puis des douleurs fulgurantes dans les jambes, des douleurs constrictives en ceinture; depuis un an, un peu d'incertitude dans la marche.

Aujourd'hui on constate, avec les douleurs dans les membres, l’abolition des réflexes rotuliens, le signe d’Argyll-Robertson, une anesthésie généralisée, en placards, prédominante à la face ; le signe de Romberg très net, du giving nay of the legs. de lnodetéien) d'urine passagère, de l'impuissance génitale.

. Ce tabès est surtout un tabès supérieur, car il s'accompagne de

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detroubles cérébraux marqués : perte de la mémoire, céphalée, mofications du caractère, un peu d’hésitation de la parole, quelques vertiges.

Le malade a eu la syphilis à l’âge de 18 ans. Soumis au traite ment ioduré, à l’hydrothérapie sulfureuse, depuis son entrée dans le service, le malade est un peu amélioré et particulièrement ses ul cères se sont détergés. Il semble même qu'il y ait pour l’ulcère supérieur un commencement de cicatrisation.

OBsERvATION XIV. — UWicerations buccales tabétiques. — Par Louis WicxkHAM Annales de dermatologie, janvier 1894. — M.X.. 53 ans, mécanicien, entré salle Saint-Louis en décembre 1898.

Antécédents personnels. — Blennorrhagie légère à 22 ans. Pas ‘de syphilis.

Etat tabétique. — Dès l’âge de an ou 2 ans, douleurs à Éiraoisee fulgurant dans les membres inférieurs. Depuis un an, mictions involontaires. Pas de crises gastriques, rien dans les bras. Abolition des réflexes rotuliens.

Pas d’atrophie de la langue. Parole très lente, trainante, aspect intelligent, compréhension pénible. Réponses lentes et embrouillées rendant l'enquête difficile.

Les troubles de laparole sont peut être consécutifs à la perte des dents et d’une partie du maxillaire.

Etat dentaire. — 1] ne reste plus de dents à la mâchoire supérieure. Au maxillaire inférieur, ilne reste: à droite, que les deux : incisives et la deuxième grosse molaire sous forme de chicot. Toutes les dents sont très abimées : leur extrémité est usée, formant pla-teaux. La troisième et quatrième molaires droites sont cariées, irrégulières ; au niveau de la troisième molaire, un bord aigu, tranchant a déterminé la production d'un petit ulcère de la muqueuse gingivo-labirale.

Déformation des maæillaires. — Partout où les dents manquent le doigt promené sur les maxillaires se rend compte d’ irrégularités osseuses ; la muqueuce y est le siège de cicatrices difformes. Le malade ne peut dire s’il y a eu perte d'os; en tout cas, il semble que le rebord alvéolaire des maxillaires ait été détruit, car au niveau des alvéoles dentaires, les maxillaires sont fortement déprimés. Ces dépressions donnent au maxillaire, particulièrement à la voûte palatine, un aspect d'irrégularité tout à fait particulier. Les centres

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