CHAPITRE PREMIER
Symptomatologie
Le premier symptôme bien net de cette affection, c'est l’ébranlement des dents, c’est leur chûte. Elle survient le plus souvent sans être précédée d’aucun signe subjectif. Cependant, on a noté dans quelques cas, des sensations de battements dans les gencives, d’agacement, de corps étranger qui écarte les dents ; ou bien encore de véritables phénomènes névralgiques, comme les douleurs lancinantes, fulgurantes, en coup de canif ; dans certains cas même, un véritable tic douloureux de la face avec spasme de l’orbiculaire des paupières et des muscles du cou.
Malgré la possibilité de pareils prodromes, il n’en reste pas moins acquis que très souvent le premier symptôme de l’affection, c’est la chûte des dents.
Avant d'arriver à l’époque chirurgicale de la maladie, c’est-àdire à celle des perforalions, les malades traversent une période ‘intermédiaire, que quelques-uns mêmes ne dépassent pas ; c’est le stade de résorption alvéolaire.
Résorption alvéolaire. — À ce moment un grand nombre des dents sont déjàa-tombées, et le malade se présente avec un air assez spécial. La mâchoire supérieure paraît rentrée, l’infé-
-rieure, au contraire, déborde en avant, et la lèvre inférieure recouvre la supérieure. La face prend un aspect assez étrange qui frappe d'emblée l'observateur, un air étonné et rieur. (obs.16 et17 Baudet). ve :
Le nombre des dents tombées aux maxillaires inférieur et supérieur est variable. C'est sur ce dernier que les lésions sont toujours les plus avancées.
On peut établir plusieurs catégories.
LE AÛ CES
1° [1 ya des cas où les dents sont complètement tombées et cela aux deux maxillaires, C’est ce que l’on observe en effet chez les deux malades de Vallin (obs. 4 et 2).
2 I1 y a des cas où toutes les dents sont tombées au maxillaire supérieur, elles sont conservées intégralement sur linférieur. Tels le malade de Demange, celui de Vickham, un des nôtres (obs. 3-14-17).
30 Il y a des cas où Les dents tombent en nombre variable. — Ces cas échappent àltoute deseriptlion. Chez certains, la chute est trèsavancée. Un de nos malades n’avait plus que deux molaires de chaque côté au maxillaire inférieur. — D’autres, au contraire en ont perdu relativement peu. Celui de Demangen’avait perdu que les dents de la mâchoire supérieure du côté gauche.
4° La chute peut être unilatérale. Mais cela n'existe qu'à l’un des maxillaires ; tel le malade précédent.
5° Les lésions sont toujours plus avancées au maxillaire supérieur qu’à l'inférieur, c’est toujours par le supérieur qu’elles débutent.
Les dents présentent des lésions très variables. Les unes sont cariées ; leur couronne est usée jusqu’à la cavité pulpaire, et l'examen microscopique présente des altérations étudiées par M.Galippeet signalées dans l’observation 15.
Mais dans la grande majorité des cas, les lésions macroscopiques sont nulles, les dents sont saines et remarquablement s0lides. Le système dentaire est frappé en pleine vigueur. Nos prédécesseurs ont insisté sur ce fait. Labbé, Dolbeau ont relaté qne leurs malades avaient des dents absolument intactes, celui de Dolbeau, dans les jours qui précédèrent sa maladie, cassa 150 noyaux d’'abricot.
Pendant que nos propres malades étaient en cours d’observation, nous examinions leurs dents tous les jours ; elles étaient saines. Et cependant, quelque temps après, dans lamême se-. maine, nous assistions à leur chute. On peut donc conclure que dans quelques cas très rares, la carie dentaire, les, suppurations alvéolaires peuvent exister: mais que les dents tombent en général tout en conservant leur structure normale.
En même temps que les dents tombent, le rebord alvéolaire, qui les supportait, se résorbe, et cela aux deux maxillaires.
Résorption du maxillaire supérieur. — Le rebord alvéolaire disparaît ; il est réduit à sa portion horizontale. Dansles cas avancés, on ne trouve plus qu'une lame triangulaire à sommet antérieur, plane, et dont la périphérie, bordée par les joues et les lèvres, forme saillie au-dessous du cul-de-sac gingivo-buccal.
Lorsqu'il existe encore quelques dents, le rebord alvéolaire est moins résorbé. Il l’est cependant à un certain degré puisque les dents sont déchaussées et paraissent allongées, mais la résorption n’est pas complète, car la portion du rebord alvéolaire qui les supporte dépasse le niveau du bord libre correspondant aux dents tombées : elle forme là une légère saillie, comme un petit tubercule.
Résorption du maxillaire inférieur. — Au maxillaire inférieur, les lésions de résorption prennent un autre aspect. Le corps de l’os est diminué de hauteur. Les alvéoles ont disparu et laissent à leur place un-bord libre mince et tranchant.
Au maxillaire supérieur done, la résorption rapetisse l'os dans le sens antéro-postérieur : au maxillaire inférieur, elle le rapetisse dans le sens vertical.
Mais cette différence dans la destruction tient à la: “différence de direction des deux rebords alvéolaires, et la façon dont ils se
continuent avec les corps osseux qui les supportent. On comprend que les lèvres, qui sont en contact avec les os et quiles suivent dans leur retrait, ne conservent plus leurs rapports respeclifs. La lèvre inférieure ne saurait bouger ; la supérieure se retire en arrière avec le maxillaire supérieur. De là, l’aspect particulier de la face que nous décrivions plus haut.
Il existe à ce moment une gêne particulière de la mastication, sur laquelle il est inutile d’insister.
Du reste, les différents troubles fonctionnels vont se retrouver plus nets encore dans la période suivante.
Perforations du maxillaire supérieur. — Les perforations