‹ Maladie du sommeilChapitre 4 sur 11 · BTE MY AB 2 EST · texte numérisé non relu

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Aloïs J.

— 2e Observation.

Le 5 mai 1906, ie malade reçoit une première injection de 0,50 d'atoxyl, qui parait bien supportée : il n’y a pas de diarrhée, pas de vomissements. Mais 3 jours après l’injection, le pouls, qui depuis l’entrée du malade était petit, rapide, battant 100 à 110 fois, tombe à 60, avec irrégularité, battant 2 blanches, 2 noires, 3 blanches, 2 noires, 2 blanches, 3 noires; le pouls devient petit, à peine perceptible, et on est obligé de donner de la caféine et de la spartéine. Cet état dure trois jours *.

Onze jours après la première injection, on donne 0,50 d ses toxyl.

"- Le malade s'améliore assez rapidement.

La température reste au voisinage de 37°, mais le pouls est à 100-110.

Les ganglions diminuent de volume.

L'œædème des jambes persiste, mais diminue.

Il n'a plus été possible de trouver de trypanosomes dans le. sang centrifugé.

. Le malade retourne à la maison-mère de la communauté et il continue des injections d'atoxyl, 0,50 tous les 15 jours.

Atteint de broncho-pneumonie 1l est soigné par le D' Coffin, qui suspend l’atoxyl pendant sa maladie ; il est très malade, mais revient à la santé et entre pour la deuxième fois à l’hôpital Pasteur, le 16 août 1906.

La dernière injection d’ atoxyl remontait au 7 juillet, soit à 6 semaines, et cependant le sang, examiné par plusieurs personnes après centrifugation, ne He > voir qu'un seul trypanosome; le liquide céphalo-rachidien ne contient pas de trypanosomes, et, à la chaleur, ce liquide se trouble très peu.

Le 40 quitte encore l hôpital pour revenir le 10 octobre, assez fatigué et très oppressé.

Tout en continuant à lui injecter tous les 10 jours 0,50 d'atoxyl, on le traite comme un cardiaque, en alternant la théobromine, la digitale, la spartéine, en usant du régime déchloruré ou du régime lacté. Le malade baisse de poids; de

1. On a vu, par l’autopsie du malade 1, que le muscle cardiaque est dégénéré. OF, M. Vaquez, à la Société Médicale des Hôpitaux, janvier 1907, a montré que des malades atteints de myocardite ont des pouls lents et irréguliers: nous pensons que chez notre malade, c’est surtout la myocardite qu'il faut incriminer:

66,500, 11 descend à 58 kilos et se maintient finalement à 60 kilos. Il est très amélioré et pendant les mois de janvier et février 1907, sa température ne dépasse pas 37 et son pouls reste entre 80 et 90. Jusque à ce jour (4 mars) son état demeure satisfaisant.

Ce qui est intéressant dans cette observation, c’est que, malgré un très mauvais état général, malgré que l’atoxyl ait été administré à faible dose, 0,50, et à intervalles espacés (tous les 15 jours), ce malade s’est amélioré et les trypanosomes ont disparu du sang et du liquide céphalo-rachidien. Ces doses étaient toutefois trop faibles, car les œdèmes persistaient et l’état général ne s’améliorait pas ; aussi, lors de son troisième séjour, nous avons rapproché les injections d’atoxyl, sans augmenter le dose : nous avons donné tous les 10 jours 0,50 d’atoxyl et l’état du malade s’est amélioré très rapidement.

Ce malade a eu des suppurations de l’oreille; sont-elles dues -

acer - pi Ep fone au trypanosome? Nous ne le pensons pas et croyons qu'il est

préférable de penser aux filaires ou plus simplement à un otite

/ par infection, quoique dans les antécédents du malade, rien ne rt plgigues nous autorise à émettre cette dernière hypothèse.

[Peut-on mettre les complications cardiaques sur le compte

1x PDevrent-

! de Ia trypanosomiase? Étant donnée la grande amélioration du

furtee 1408. | malade à la suite du traitement, nous inclinons fort à accuser | les trypanosomes: ce qui paraît certain, c’est que ce malade * est actuellement porteur d’une lésion myocardique bien établie et qu'il n’est plus possible de le rétablir complètement; malgré qu'il soit dans toute la force de l’âge (32 éns); il est difficile de songer à le renvoyer aux colonies, tandis qu’en France, avec des soins, il pourra encore vivre et être utile.K” } DÉRUUE Par

ro 3° Observation. — Joseph B., 33 ans. Missionnaire des Pères

du Saint-Esprit. Malade envoyé par le D' Goffin de Paris.

Parti de Bordeaux le 10 septembre 1898, il arrivait à Brazzaville le 13 octobre, et, quinze jours après, gagnait la mission de Saint-Paul-des-Rapides, à Bangui.

Pendant les trois premières années, il fut très éprouvé par fièvres qui revenaient à périodes fixes, d’abord tous les

5 jours et ensuite toutes les trois semaines, puis tous les mois.

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Au bout de la deuxième année ileut une « bilieuse hématurique » qui le rendit très malade. A partir de ce moment, les fièvres devinrent plus rares; toutefois il ne passa jamais 3 moie sans quelques jours de fièvre. La troisième année, nouvells bilieuse qui l’oblige à garder le lit dix jours. Puis sa santé va en s’améliorant. Il est mieux acclimaté. Il a encore de temps en temps des fièvres, mais pas très fortes.

Au bout de la 7° année, fin juillet 1905, les fièvres reparaissent et deviennent fréquentes; au commencement d'août, il entreprend dans l’intérieur un voyage qu’il doit interrompre ; il est obligé par la fièvre de rentrer à Bangui. Une nouvelle bilieuse (la 3°) se déclare et dure 3 semaines. La fièvre est plus tenace que de coutume. À partir de cette époque, la fièvre fait son apparition presque tous les soirs, vers les 4 heures. En même temps se produit une poussée furonculeuse qui ne se termine qu'au mois de février 1906,

Vers le mois d'octobre 1905, le malade sent des fourmillements dans les pieds; 1l croit toujours avoir des cailloux dans les souliers, il lui est impossible de rester longtemps debout. A partir de ce moment, ses forces diminuent, les ganglions du cou enflent, sans le faire souffrir cependant. Il en est ainsi jusqu’au mois de décembre, les fièvres ne cessent pas et le mal des pieds augmente ; cet état est attribué à l’anémie.

Après Noël, le malade descend au poste de Libenghé (poste belge). À peine a-t-il débarqué que le D' Rodhain remarque ses ganglions du cou et se demande s'il n'aurait pas la maladie du sommeil. Dès le lendemain de son arrivée, il lui prend du sang au doigt. Il découvre 3 trypanosomes. Pendant 4 jours, il recommence léxamen et chaque fois 1l trouve des trypanosomes. |

Le diagnostic était dès lors établi. Immédiatement le D' Rodhain décidait Le malade à rentrer en France et, en attendant, ordonnait de la liqueur de Fowler, le seul remède qu’on a vait alors en Afrique. |

Réellement très malade depuis le mois d'août 1905, le missionnaire quittait Brazzaville le 15 janvier, et arrivait en France le 18 mars, après avoir fait naufrage et avair été débarqué d’un paquebot comme suspect de imnaladie contagieuse.

Le 21 mars 1906, quand Joseph B. se présente à lhôpita Pasteur, il est très fatigué, marche difficilement, le éorps plié en deux, et ne peut monter quelques marches sans être soutenu. Ce qui frappe, c’est sa päleur et son amaigrissement; sous sa peau trop làche, en arrière, à la nuque, de chaque côté de la ligne médiane, deux ganglions font saillie : celui de gauche est le plus développé et de la grosseur d’une noisette; à l'examen, on trouve tous les autres ganglions volumineux.

On retrouve chez lui l’existence des principaux symptômes classiques : fatigue générale, douleurs dans les pieds, œdème des jambes, transpirations *ottrte il n'y a pas de rougeurs. pas de démangeaisons.

Il se plaint d'accès de fièvre survenant tous les jours, et quand la température tombe, le pouls reste à 110-120.

Le malade a depuis quelque temps des épistaxis qui se sont renouvelées presque chaque jour dans les premiers temps de son séjour à l’hôpital. |

A l'examen, on trouve un gros foie, une grosse rate. :

I n’y a pas d’albumine dans les urines.

L'examen du sang, pratiqué par M. Besredka, donne :

Globules rouges Tee ee 4.060.000:

Globules-blaness 2e ee 12.700 dont

Polynucléares. rares 51 0/0

Mononucléaires ous 40 0/0

Dans les polynucléaires, 1l y à 12 0/0 d’éosinophiles.

Coinme le docteur Rodhain, nous trouvons des trypanosomes dans les ganglions, dans le sang et dans le liquide céphalorachidien.

Sur les indications de M. Laveran, ce malade est soumis au traitement mixte : arsenic et trypanroth.

Du 25 mars au 28 mai 1906, il reçoit sous la peau, en différentes Imjections, 34 c. c. de solution arsenicale représentant 155 milligrammes d'acide arsénieux et de 28,60 de trypanroth.

Ces Imjections sont bien supportées etle rialade devient après 5 jours uniformément rouge. 3

Le malade, tout en restant très faible, s'améliore cependant

et les ganglions diminuent de volume, les accès de fièvre s’espacent mais persistent, enfin les épistaxis reviennent presque chaque jour. Du reste le malade se plaint fréquemment d’une douleur dans le nez et dans le front.

Le 19 avril, il a un zona thoracique.

Le 30 avril, 1l accuse une violente douleur dans le nez et les sinus, puis le lendemain une très forte douleur dans la gorge, le tout accompagné d’une grande fièvre: la température oscille entre 38° et 40°. Le malade est vu par le D' Collinet, qui constate une ulcération sur les cornets, pense à une sinusite et ordonne des lavages du nez.

A partir du 1° mai, le malade a manifestement un érysipèle de la face qu'on ne peut diagnostiquer que par le bourrelet qui circonscrit la tuméfaction de la plaque érvsipélateuse; car le malade étant tout rouge par le fait du trypanroth, il est impossible de se baser sur la rougeur de la peau pour faire le diagnostic.

Nous avons insisté sur l’évolution de cette rhino-sinusite avec érysipèle conséeutif, car nous pensons que cette lésion était ancienne et causait pour une grande part la fièvre du malade. Ce qui est bien certain, c’est qu'après la guérison de son érysipèle et de sa rhinite, sous l'influence des lavages pres- | crits parle D' Collinet, on n’a plus revu d’épistaxis et les accès | de fièvre ont été moins importants et moins fréquents.

Faut-il attribuer cette lésion à la trypanosomiase ?

C'est possible ; mais 1l ne faut pas oublier que le malade est aussi porteur de filaires, et la filaire peut donner de pareilles lésions.

A voir la courbe thermique de notre malade, on devait porter un pronostic des plus graves *, si vraiment la fièvre avait été la conséquence de l'infection trypanosomique. Si la fièvre, au contraire, était liée à l’état local de la muqueuse nasale, on pouvait espérer une amélioration. Nous pensons que la lésion locale était la cause principale de la fièvre et que par suite notre observation, tout en présentant un très réel intérêt, ne peut pas nous fixer d’une façon absolue sur Paction des médications dans les cas graves.

4, Le D: Broden, qui a vu notre courbe, a jugé que, d'après les autres cas qu'il a étudiés, ce malade aurait dû mourir en trois mois.

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