OBSERVATIONS
OgsErvarTioN I (personnelle.)
Recueillie à Lariboisière dans le service de M. LANDRIEUX.
Mme X..., 72 ans, entre en juillet 1903 dans le service de M. Landrieux où elle se trouve encore actuellement.
Elle n’a jamais exercé que la profession d’institutrice.
Elle à connu ses parents. Le père, qui avait toujours joui d’une excellente santé et qui ne présentait aucune tare nerveuse ou toxique, a succombé, à 68 ans, à une hémorrhagie cérébrale.
La mère est morte à 67 ans d’une cause ignorée.
La famille se composait de six enfants. L’aîné est mort à 22 ans à la suite d’un accident. Un autre a succombé à une affection hépatique, une cirrhose alcoolique vraisemblablement, à 59 ans ; une sœur, à 60 ans, de paralysie, et un troisième frère, à 38 ans, d’une affection cérébrale.
Un oncle du côté maternel était atteint d’une maladie osseuse qui le faisait cruellement souffrir et qui l'enleva pendant son service militaire.
Un autre oncle du côté paternel est mort fou.
Née le 14 janvier 1832, notre malade fit, dans sa prime
rt it — enfance, la rougeole et la coqueluche. Elle ne fit pas la scarlatine et n'eut jamais ni rhumalisme, ni convulsions.
Elle commença à marcher dans son onzième mois.
De tempérament nerveux, elle eut, à 12 ans, plusieurs crises de somnambulisme qui obligea ses maîtresses à la séparer de ses compagnes.
Durant toute sa jeunesse, notre malade n’a présenté aucun signe qui pouvait faire supposer qu’elle souffrait d'une affection du cœur; elle marchait, courait, jouait comme toutes les enfants de son âge sans éprouver d’essoufflement, de dyspnée, de palpitations, de cyanose ou d’œdème.
Réglée à quinze ans, elle le fut jusqu’à cinquante-deux sans incidents.
Vers la vingt-cinquième année elle ressentit, au niveau de la cheville droite, de violentes douleurs qui l’ont complètement empêchée de marcher; elles n'étaient accompagnées d'aucun phénomène inflammatoire et prirent fin après buit à dix jours de repos.
Mariée à 33 ans elle eut une seule grossesse qui n'offrit rien d’anormal, si ce n’est toutefois un léger œdème malléolaire sans albumine dans les urinés et qui disparut sitôt après l'accouchement. Ce dernier fut long et pénible. Après un travail de trois jours, on dut extraire l'enfant au forceps. Les suites de couches furent longues sans, toutefois, aucun phénomène d'infection.
L'enfant eut des convulsions. Dans la suite il fui atteint d’une atrophie de la jambe droite dont il était en voie de guérison lorsqu'il fut enlevé par le croup à 2 ans et demi.
Le mari était bien portant quand, à la suite d'un violent traumatisme, il eut des hématémèses; il mourut à 38 ans d'une affection diagnostiquée cancer de l'estomac.
La ménopause se passa sans accrocs à 52 ans. Un an après, ses règles reparurent pendant quelque temps.
Début. — Le début de son affection actuelle semble remonter à l’époque de son accouchement, bien qu’elle ait ressenti
LNAUT VE pendant sa grossesse les premières douleurs aux membres inférieurs, douleur qu'elle mettait sur le compte de son æœdème.
Après l'accouchement, la malade ressentit à la jambe droite, surtout à la partie inférieure, des douleurs sourdes avec exacerbations passagères et sensalion constante de lourdeur et de tension. Elle se plaignait en outre de vives démangeai- Sons que rien n’arrivait à calmer. Tous ces phénomènes douloureux étaient spontanés ; mais la fatigue les augmentait comme le repos et la position horizontale les calmaient.
Ce n'est qu’à l’âge de 53 ans, après la ménopause, que les douleurs se localisèrent franchement au tibia droit qui présentait alors ses premières déformations. La jambe droite se mit à augmenter de volume, d’abord à sa partie inférieure, puis lentement et progressivement dans toute son étendue; enfin elle commença à s’incurver.
C'est alors et pour la première fois qu’elle vit un médecin. Elle consulta M. Verneuil qui, après l’avoir étudiée, insista sur la rareté de l'affection et sembla attacher une grande importance à quelques taches purpuriques aperçues sur le tronc. |
Une dizaine d’années après ce début la malade vit apparaître, au niveau de l’avant-bras droit, les mêmes phénomènes qu’à la jambe. Après quelques démangeaisons plus ou moins intenses, de la pesanteur, de la tension et des douleurs, le membre augmenta de volume peu à peu pour s'incurver ensuite. Mais elle n’observa ni du côté de la peau, ni de ses annexes, aucun phénomène trophique qui püt faire penser à un trouble de l’innervation.
Tous ces accidents, douleurs, déformations et gonflements osseux n'étaient alors accompagnés du moindre trouble dans l'état général. Notre malade vaquait à ses occupations, marchait et jouissait d’une bonne santé.
Ce n’est que vers 1902 qu'apparaissent les premiers troubles généraux. La malade est prise de nausées, de vomissements avec perte d’appétit et de l'amaigrissement.
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En janvier 1903 elle eut une leucorrhé abondante et légèrement fétide qui dura jusqu’en juin; à cette date elle ressentit de vives douleurs dans le bas-ventre s’irradiant du côté des reins et des membres inférieurs. En outre, elle s’essoufilait au moindre mouvement, éprouvait parfois de légers vertiges et des douleurs précordiales s’étendant à tout le bras gauche.
Vers le mois de juin de cette même année la jambe gauche, à son tour, se mit à augmenter de volume avec tout le cortège symptomatique qui avait précédé et accompagné les déformations antérieures. L
De plus la malade ressentit dans le thorax et ke long des côtes de fortes douleurs paroxystiques. C'est également à cette époque qu’elle souffrit violemment de la tête.
L'ensemble de tous ces symptômes la détermina à entrer à l'hôpital Lariboissière le 25 juillet 1903 dans le service de M. Landrieux.
État actuel. — Notre malade est maigre mais non cachectique et se plaint de douleurs par tout le corps.
La face est symétrique ; la mâchoire inférieure est légèrement saillante ; mais les bosses frontales et malaires ne proéminent pas plus qu’à l’état normal.
Si l’on découvre la malade on est aussitôt frappé de l'énorme augmentation de volume des jambes, tandis que la simple inspection des cuisses et des pieds n'y fait rien découvrir d’anormal.
La jambe droite est hypertrophiée dans toute son étendue; elle est incurvée en arrière et en dedans. La jambe gauche est moins volumineuse, mais la cheville est grosse et l’incurvation est surtout marquée à la partie supérieure et moyenne du tibia,
Ces membres si remarquablement volumineux présentent, un aspect irrégulier, légèrement bosselé. La peau qui les recouvre est parsemée de fines veinosités. A la partie inférieure et intérne de la jambe droite on voit une large plaque érythémateuse qu’un pansement ouaté a bientôt fait disparaître.