II. — Complications nerveuses
Il existe dans la science des observations qui démontrent que l'infection blennorrhagique peut atteindre le cerveau, la moelle ou le système nerveux périphérique.
Complications
cérébrales
de la
Blennorrbagle
Leur rareté est extrême et leur nature réelle, encore discutée. Il semble néanmoins possible d'incriminer le gonocoque, au moins dans quelques cas. Un fait, cité par un auteur russe, le docteur Biek, semble très suggestif à cet égard.
Il s'agissait d'un homme de 48 ans, atteint de gonorrhée datant d'un an. Depuis six jours, cette gonorrhée avait subi une recrudescence, lorsque tout à coup le malade présenta un délire furieux, suivi à courte échéance de coma et de mort.
A l'autopsie, dans les exsudats qui tapissaient la pie-mère, on découvrit des gonocoques.
Quoiqu'il en soit, on a cité, dans le cours de blennorrhagies,
coinruNEs aux deux sexes 201
des cas de délire vésanique, d'ictus apoplectique avec hémiplégie consécutive, enfin l'apparition de névroses, qui n'existaient pas auparavant, telles que : la neurasthénie et l'hystérie.
J'accorde que la plupart de ces obser\'ations auraient besoin d'être révisées. En leur donnant, comme point de départ, l'infection gonococcique, on n'a peut-être pas suffisamment pensé à l'influence de l'alcoolisme, à la prédisposition nerveuse héréditaire. Cependant, il est rationnel de supposer que, sous l'influence de la blennorrhagie, les accidents qui dérivent de ces tares ont été déclanchés, en supposant que l'action directe du gonocoque doive être écartée.
Bref, la nature réelle de tous les troubles cérébraux cités par les auteurs ne pourra être affirmée que dans les cas où des autopsies, heureusement rares, auront révélé la présence du microbe de Neisser.
Nous pouvons répéter, pour les complications médullaires Complications ce que nous avons dit des ccmplicaticns cérébrales de la médullaires. Blennorrhagie. Là encore, il s'agit d'une localisation très exceptionnelle. Cependant le nombre des observ^ations, que l'on considère comme authentiques, est un peu plus élevé que celui des prétendus accidents cérébraux.
Dans les faits rapportés par les auteurs, c'est en général au cours de la quatrième semaine que la répercussion médullaire s'est pro'duite.
Elle a consisté en phénomènes de méningo-myélite vulgaire, décelés par des troubles sensitifs, moteurs et trophiques.
Les malades accusaient des douleurs lombaires, accompagnées de douleurs en ceinture plus ou moins violentes.
Puis la paraplégie s'installait, avec perte de sensibilité des membres inférieurs, rétention ou incontinence des urines et des fèces, exagération des réflexes rotuliens, enfin atrophie musculaire.
Quoiqu'il en soit, le pronostic doit être très réservé. Il a été grave dans les cas où les muscles avaient subi une atrophie considérable. On a ^ni des malades succomber. Ils ont guéri au contraire lorsque les troubles trophiques ont été légers et que le fonctionnement vésico-rectal est resté intact.
202 COMP1.ICATIONS DE I.A BI^ENNORRHAGIE
En dehors de la myélite, il y aurait eu des cas de méningite cérébro-spinale. Mais ceux-ci sont encore plus exceptionnels.
Traitement Quel doit être le traitement de la méningo-myélite blennorrhagique ?
Pendant la phase aiguë, nous sommes pour ainsi dire désarmés. Nous ne possédons pas de moyens capables d'agir efficacement contre la paraplégie et la perte complète de la sensibilité, non plus que pour prévenir Tatrophie musculaire. On soutiendra le malade par des préparations toniques. S'il existe de la rétention d'urine, on évacuera, matin et soir et même plus souvent s'il est nécessaire, la vessie, en se servant d'ime sonde molle en caoutchouc et prenant les précautions d'asepsie les plus minutieuses; car chez ces malades, la tendance à l'infection doit tenir constamment l'esprit en éveil. On luttera contre la constipation, qui accompagne ordinairement l'inertie vésicale à l'aide de lavements d'eau bouillie, additionnée ou non d'une cuillerée à soupe d'huile ou de glycérine. Si, au contraire, les sphincters de la vessie et de l'anus ne remplissent plus leur rôle, une propreté rigoureuse sera l'indication essentielle.
Ce n'est que plus tard, contre les séquelles de la maladie, c'est-à-dire la paresse des mouvements, l'atrophie musculaire que l'aide du médecin sera réellement efficace. Les frictions stimulantes avec, par exemple, le baume de Fioraventi, mélangé d'acide salicylique dans la proportion de 2 o/o de baume, le massage, l'électricité seront mis en œuvre. Il ne faudra pas oublier surtout de traiter la blennorrhagie, auteur apparemment responsable de l'orage médullaire.
Est-on en droit de l'affirmer ? Voici la double raison qui milite en faveur de cette hypothèse.
La première, celle de la coïncidence avec une blennorrhagie, n'est pas concluante. On ne peut cependant méconnaître tout à fait la valeur de cet argument, attendu que, dans la plupart des observations publiées, c'est de la troisième à la sixième semaine de l'écoulement que les accidents médullaires ont éclaté.
Le second en revanche est indiscutable. On trouve en effet dans le journal de Ricklin un fait du docteur Rombach,
OÙ le gonocoque fut découvert dans le liquide céphado-rachidien et un autre semblable de ^lorelli (Riv. di clin. med. 1911).
Il est encore rationnel de supposer, qu'en Tabsence du germe de Neisser, les toxines qu'il élabore adultèrent les éléments médullaires et produisent les foyers de myélite, révélés par certaines autopsies.
Les complications nerveuses périphériques de la Bien- compUcatlons norrhagie sont de deux sortes. Elles consistent en né\Talgies nerveuses ou névrites. périphériques.
Les premières sont relativement fréquentes ; les secondes, rares.
Dans les névralgies, le nerf le plus souvent atteint est le sciatique. Les douleurs, qui en résultent, coïncident avec le rhumatisme blennorrhagique. La fréquence de cette névralgie est relativement élevée, puisque ^l. le professeur Fournier Ta constatée six fois sur 39 cas d'arthrites gonococciques.
Elle apparaît ordinairement dans le cours du deuxième ou troisième mois de la blennorrhagie.
Sa symptomatologie ressemble à celle de la sciatique vulgaire.
C'est dans le mode d'évolution qu'elle présente quelques difiérences.
L'apparition est soudaine et les signes atteignent d'emblée leur maximum d'intensité.
Mais la durée est relativement courte ; elle dépasse rarement quinze à vingt jours. On la voit cependant dans certains cas se montrer très rebelle.
Le traitement de la sciatique blennorrhagique ne diffère pas de celui de la sciatique ordinaire. On aura recours au repos, aux sédatifs de la douleur, à l'enveloppement ouatée, aux révulsifs ; mais on s'occupera surtout de l'écoulement uréthral. Car certaines observations démontrent que la maladie peut être jugulée, par les moyens qui suppriment la blennorrhagie.
C'est là un des arguments les plus convaincants de la nature gonococcique de cette névralgie.
NÉVRALGIE SCL\TIQUE
204 COMPLICATIONS DE IvA BI^ENNORRHAGIË
Mais il y en a d'autres : son retour coïncidant avec chaque blennorrhagie nouvelle, son évolution spéciale, enfin ses exacerbations accompagnant celles de la phlegmasie uréthrale.
Autres On a signalé encore, à titre exceptionnel : la névralgie
NÉVRALGIES cruralc, caractérisée par des douleurs occupant la face antérieure de la cuisse et le scrotum. Quelquefois Thyperalgésie se prolonge jusqu'au pied, en suivant le trajet du nerf saphène interne, qui innerve, comme Ton sait, les téguments de la partie interne du genou, de la jambe et du pied.
Citons enfin la névralgie intercostale, avec ses trois foyers douloureux, postérieur, latéral et antérieur.
NÉVRITES Bien que les névrites soient rarissimes, nous devons néan-
moins les mentionner, car il en existe quelques observations qui semblent indéniables.
lyC type clinique le plus souvent rencontré a été la névrite, localisée aux membres inférieurs.
Puis on a constaté quelques faits de névrites généralisées ou de névro-tabès.
Les symptômes de ces lésions nerveuses ressemblent à ceux qui appartiennent aux névrites vulgaires.
Quand il s'est agi de névrites généralisées, on s'est trouvé en présence de paralysies sensitives et motrices plus ou moins étendues, d'atrophies musculaires, de réactions de dégénérescences nerveuses.
Dans les cas de névro-tabès, les signes de Romberg et de Westphal, les phénomènes d'ataxie ont prédominé.
Pendant la phase aiguë, les indications thérapeutiques ne diffèrent pas de celles qui s'appliquent à la méningomyélite. Comme dans cette dernière aiîection, on ne peut agir que sur les séquelles et par les mêmes moyens. Mais il importe surtout de traiter la Blennorrhagie, .dont la guérison ne manque pas de seconder l'efficacité des autres remèdes.
m, — Complications auriculaires.
Sauf erreur de ma part, il n'existe dans la science que quelques observations d'otites moyennes ou profondes.
attribuables à la Blennorrhagie. La preuve en a été fournis par la découverte du gonocoque dans le pus des oreilles.
Je me borne à indiquer cette complication, tant elle est rare.